Les gens de par chez nous

Les gens de par chez nous sont riches de leur originalité. Ils sont les témoins vivants de notre façon d’être. Ils sont le gars à machine, la fille à chose. La p’tite pirate, le gros bedou, pis le grand fanal.

Y’a ceux qui font de grands commérages et ceux qui en font partie. Y’a celles qui les font voyager au bingo autour du «N» free. Ceux qui les radotent au bureau de poste en passant, pis ceux qui les boivent autour d’un café réconfortant. Ceux qui les inventent sans trop y croire et ceux qui les arrêtent en grand désespoir. Y’a ceux que ça dérange et ceux que ça arrange. Ceux qui les regardent passer en se disant: «Ben, il avait seulement à pas faire ça!» Y’ a ceux qui savent tout, mais ne disent rien. Ceux qui disent tout, mais ne savent rien. Ceux qui savent tout, mais ne gardent rien. Pis y a ceux qui r’gardent tout, mais ne voient rien.

Y’a ceux qui font leur petite promenade sur le quai, les dimanches après-midi en écoutant du country. Au cas où quelqu’un saurait d’quoi qu’eux ne connaîtraient pas. Y’a ceux qui l’ont déjà fait, une p’tite frette entre les cuisses, sans jamais se faire pogner par la police.

Y’a aussi ceux qui font du parking sur le quai de Cap-aux-Meules, après s’être arrêtés à la crème molle. Eux autres, y comptent les Winnebagos qui sortent du traversier. Ils regardent dans chaque char, voir qui est à bord. Généralement, ces gens-là attendent personne, mais accueillent tout le monde comme de vrais amis. C’est aussi ça les gens de par chez nous.

Y’a ceux qui passent leur après-midi dans l’salon à zieuter à travers le châssis. Au moindre pet, ils commentent, ils s’inquiètent. Si une sirène se fait entendre, ils se lèvent, vite, et cherchent à comprendre. Ils suivent l’ambulance, du salon jusqu’à la dépense, pour essayer de voir les lumières rouges le plus loin possible, aussi longtemps que ça bouge.

Y’a ceux qui vont même jusqu’à appeler partout sur l’archipel pour savoir si quelqu’un manquerait pas à l’appel. «L’ambulance vient d’passer par ici pour aller par chez vous. Ça s’rait pas pour le gars à machine? La fille à chose? La p’tite pirate, le gros bedou, ou bien le grand fanal?» Et y a même l’extrémiste, celui qui prend son char pis qui part, qui piste. Il veut être le premier à être informé. Voir de ses yeux qui a eu besoin d’être secouru.

Y’a ceux qui traînent sur la Grave tout l’été pis qu’on ne voit jamais nulle part le restant de l’année. Y’a ceux qui ne se rendent jamais à Grande-Entrée comme s’ils avaient peur que le rond-point finisse par les aspirer. Ceux qui regardent souvent vers l’Île-d’Entrée en rêvant d’y aller, mais n’y mettront pourtant jamais les pieds. Y’a ceux pour qui le Cap-aux-Meules c’est la grande ville, pis ceux qui ont besoin d’aller à Moncton pour respirer. C’est aussi ça les gens de par chez nous.

Y’a ceux qui vous connaissent, ceux qui pensent vous connaître parce qu’ils connaissent votre grand-père pis ceux qui aimeraient donc ça vous connaître. C’est ce qui fait que cinq minutes à la COOP pour toutes sortes de bébelles peuvent facilement devenir 45 minutes à la COOP pour toutes sortes de nouvelles… à propos du gars à machine ou de la fille à chose. De la p’tite pirate, du gros bedou, ou du grand fanal.

Y’a les constructeurs de châteaux, les constructeurs de p’tits bateaux. Y’a les violoneux, les steppeux. Y’a les buveux de bagosse qui sont tout le temps un peu sur la brosse. Y’a les joueurs de cartes et de OKO qui espèrent souvent de la neige de Miss météo.

Y’a celles qui remplissent leur congélateur de tartes, de pâtés à la viande pis de pot en pot au cas où d’la visite débarquerait sans même frapper à la porte. Le plat de mix est prêt, on sait jamais. C’est aussi ça les gens de par chez nous.

Les gens de par chez nous sont riches de leur originalité. Ils sont les témoins vivants de notre façon d’être. Ils sont le gars à machine, la fille à chose. La p’tite pirate, le gros bedou, pis le grand fanal. Tous ces gens-là, je les aime d’amour. Parce que sans eux, les Îles n’auraient pas la même couleur, la même odeur, la même grandeur.

On se r’parle!