Bon vent Père Maurice

J’ai rencontré pour la première fois le Père Maurice Leblanc dans les années 80 à la Baie Sainte-Marie et dès qu’il a su que j’étais native de Saint-Pierre et Miquelon, il m’a dit: «J’ai connu quelqu’un des îles autrefois, on était à Saint-Anne ensemble. Il s’appelait Jean Reux.» J’ai éclaté de rire et j’ai répondu «c’est mon père».

Ça nous a rapprochés, mais personne n’avait vraiment besoin de ça pour se sentir proche de Père Maurice. Il était un des êtres les plus approchables que j’aie jamais rencontrés, souriant, affable, simple, curieux de tout et de tout le monde. Il parlait avec animation et son accent, le roulement de ses «r», sa diction, étaient, à eux seuls, une fête.

Nous partagions le goût de la musique, il était un infatigable chef de choeur qui avait suscité bien des vocations. J’admirais ses talents de peintre aussi, ses aquarelles surtout qui étaient, à son image, délicates, colorées et pleines d’élan. Lors d’une visite au Collège de Bathurst l’an dernier, j’ai été ravie de découvrir une salle d’exposition portant son nom, modeste témoignage de son impact sur toute une génération d’élèves qui, grâce à lui, découvrirent l’art sous toutes ses formes.

Et puis, le Père Maurice avait l’Acadie chevillée au cœur. Revenu vivre à la Baie pour enseigner à Sainte-Anne et exercer son ministère, nous nous sommes souvent vus pendant les journées de Grand-Pré où il disait la messe, émouvant moment de communion avec le terroir-même de nos ancêtres.

Il y a un an et demi environ, je me suis rendue brièvement Par-en-bas. J’aurais bien aimé lui dire bonjour mais il ne sortait plus beaucoup de chez lui où il vivait encore, seul. «Il ouvre les rideaux de sa chambre le matin vers 7 heures, comme ça, on sait qu’il est levé et que tout va bien», m’ont expliqué les voisins qui veillaient sur lui avec une touchante dévotion.

À 96 ans, celui qui croyait en Dieu et en sa bonté est parti le retrouver. «Bonne continuation Père Maurice et saluez Jean Reux pour moi.»