Des mots qui touchent par leur vérité

Fin observateur de la vie, Raymond Lévesque nous a quittés cette semaine et j’ai eu envie de revenir un peu sur son œuvre à la fois engagée et humaniste. Je vous invite aussi à traverser l’Atlantique, afin de découvrir la voix du poète-slameur ivoirien Placide Konan qui offre une vision audacieuse et critique sur le monde.

J’écris de profil, Placide Konan

Le Festival international de Slam/poésie en Acadie bat son plein et dans le cadre de cet événement, j’ai découvert la poésie d’un champion national de slam de la Côte d’Ivoire, Placide Konan. Lauréat de plusieurs distinctions, le poète-slameur et animateur, membre de l’École des poètes de son pays, a été couronné du prix littéraire Horizon 2019 pour son recueil J’écris de profil paru aussi en livre audio. En parcourant cette œuvre engagée, on découvre la force du slam et des mots. Ne vous fiez pas à son prénom, car sa poésie est loin d’être douce et tranquille. Il jette à la fois un regard tendre et critique sur l’Afrique. Il se sert du slam comme une arme puissante, mais aussi pacifique.

Le Dr Alain Tailly qui signe la préface du livre compare la poésie de Placide Konan à un volcan: «… l’eau dormante qui sait devenir un volcan impétueux», ainsi s’exprime le Dr Alain Tailly en parlant de l’œuvre du poète ivoirien. Ce qui est tout à fait juste. La poésie de Placide Konan n’est pas inoffensive. Il ne cherche pas nécessairement les plus beaux vers ou la rime, mais il cherche à provoquer une réflexion sur le monde qui nous entoure.

«Ne cherchez pas de beauté dans ces vers, il n’y en a pas, on ne rime pas un texte qui parle d’un monde mal ordonné», écrit le poète en ouverture de recueil.

Dans un mot envoyé par courriel, il explique que son œuvre écrite dans un style particulier remet en cause toutes les vérités existentielles, l’histoire de l’Afrique façonnée, racontée par des imposteurs. Il brandit la fierté qu’il y a à appartenir à la race noire sans pour autant manquer de pointer du doigt les tares qui minent les sociétés africaines actuelles. J’ai été profondément touchée par son œuvre qui s’ouvre sur Pourquoi je suis noir. «Je sais qu’un jour Dieu me dira pourquoi je suis noir, pourquoi j’ai tout le soleil de la terre et que mon soleil est une étoile qui tarde à briller dans l’Ombre blanc ciel.», écrit-il.

À la fin de ce poème-fleuve, on comprend pourquoi il écrit de profil.

La version audio du recueil nous permet d’entendre la voix enveloppante du slameur qui déclame ses textes, apportant ainsi un autre éclairage à son œuvre. Pas étonnant que Placide Konan ait remporté autant de prix. Pendant le Festival, vous pourrez l’entendre lors d’un entretien virtuel avec déclamations ce dimanche 21 février. ♥♥♥

Chapeau Monsieur Lévesque!, artistes variés

Cette semaine, le monde de la chanson francophone a perdu l’un de ses plus grands créateurs. En parcourant l’œuvre de Raymond Lévesque, on découvre que derrière la magnifique pièce, Quand les hommes vivront d’amour, qui trône au sommet de son répertoire, se révèle une multitude de petits bijoux. Pour mieux saisir l’ampleur de son parcours, je vous propose d’écouter l’album Chapeau Monsieur Lévesque!. Paru en 2016, ce disque hommage réalisé par Simon Godin rassemble quelques-unes des plus belles chansons et monologues de Raymond Lévesque réinterprétés par 18 artistes.

Les producteurs ont eu la bonne idée de diviser l’album en trois segments: l’humaniste, l’engagé et le fantaisiste. Ce qui décrit assez bien l’univers de l’auteur-compositeur-interprète, dont la poésie sensible nous renvoie inévitablement à la vérité et à certaines des grandes questions existentielles. Il y a de très belles revisites sur ce disque, allant de la chanson Les trottoirs interprétée tout en délicatesse par Marie-Pierre Arthur jusqu’à La famille avec Yves Lambert en passant par les percutantes On se fait voler sa vie avec Koriass et Cinq milliards d’hommes interprétée par David Goudreault.

«Il n’y a pas cinq milliards d’hommes, il n’y en a qu’un, un homme responsable, responsable de la malhonnêteté, car un homme malhonnête, c’est toute la société qui est malhonnête…» (extrait de Cinq milliards d’hommes). Parmi les interprètes, on retrouve notamment Luce Dufault, Antoine Gratton, Paul Piché, Richard Séguin et Stéphane Archambault. ♥♥♥½