«La fonction du milieu n’est pas de former l’enfant, mais de lui permettre de se révéler.» – Maria Montessori

Lors de mes grossesses, je n’ai jamais voulu connaître le sexe des bébés. Filles ou garçons, je désirais leur inculquer les mêmes valeurs, les aimer de la même façon et les exposer à des activités variées. L’égalité entre les sexes était importante pour moi et je voulais leur permettre d’exprimer leur individualité, quelle qu’elle soit.

Le premier bébé était une fille. Je savais dépasser les stéréotypes de genre avec elle. C’était une fille: je m’y connaissais et je pouvais l’épauler. Enfant, on disait de moi que j’étais un garçon manqué. (Quelle affreuse expression!) Je voulais toujours faire du sport, j’étais téméraire, je méprisais les robes et j’avais les cheveux courts. Je me suis fracturé plusieurs os, mais ma confiance est restée intacte; je me sentais libre d’être qui j’étais. Je voulais que ma fille goûte à cette même liberté.

Mais que faire avec un fils?

Est venu s’ajouter à la famille un deuxième bébé: un garçon. Je ne m’y connaissais pas aussi bien (lire: pas du tout). Ma façon de l’élever était parsemée de biais sexistes et de socialisation de genre; inconsciemment, il m’arrivait de suivre la norme sociale qui dicte de former des garçons forts et virils. S’il m’arrivait de vêtir ma fillette de bleu pâle et de lui offrir des camions, j’évitais d’envelopper mon bébé garçon dans du linge rose bonbon et de lui proposer une poupée pour jouer au papa.

Aurélia Blanc (2018), auteure qui expose l’impact du sexisme et de la domination masculine sur les jeunes garçons, souligne: «Sommés dès leur plus tendre enfance de se comporter comme des hommes, des vrais, ces derniers doivent sans cesse donner des gages de leur virilité. Parce que nous attendons d’eux qu’ils soient forts, durs (et surtout pas des femmelettes!), nous leur dénions le droit à la vulnérabilité et à la sensibilité.»

Pas à pas

Il y a quelques semaines, mon benjamin de dix ans (le troisième bébé), s’est acheté une paire de pantoufles rose bonbon. Il a réfléchi quelques secondes – ce n’était pas dans ses habitudes de se parer de rose bonbon, mais il n’y en avait pas d’autres couleurs – et a décidé de se les procurer. Je confesse que, secrètement, j’avais tenté de dénicher des pantoufles d’une couleur plus «appropriée».

Au fait, il adore ses pantoufles et les porte fièrement. Je suis fière aussi. Fière de déconstruire les stéréotypes de genre, un tout petit pas à la fois.

Bien que le question des couleurs semble banale, elle est symbolique de problèmes importants: une fille qui peine à se voir comme électricienne, un garçon qui refoule ses émotions, une adolescente obsédée par le culte de la minceur, un adolescent qui regarde des spectacles de danse en rêvant d’y participer, une femme qui se retient de briguer la direction d’un parti politique provincial, un homme qui étouffe sa passion pour le tricot, une mère qui fait bien plus que sa part de tâches ménagères, un père au foyer qui se sent jugé, une personne qui craint de révéler qu’elle s’identifie comme non binaire, et ainsi de suite.

Lorsque nous nous limitons à une éducation strictement genrée pour nos enfants, nous risquons de nier leur être. Nous risquons de les pousser à se conformer. Nous risquons de perpétrer l’inégalité.

Évoluons avec les enfants!

Défi de la semaine

Remettez en cause les rôles sociaux attribués aux filles et aux garçons. Encouragez un enfant de votre entourage à s’exprimer et à s’amuser comme bon lui semble.

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