Réforme fédérale des langues officielles: Et l’Acadie dans tout ça?

On l’attendait depuis longtemps, c’est maintenant chose faite: la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, a enfin dévoilé son plan de réforme des langues officielles fédérales, vendredi dernier. Alors que plusieurs organismes de la société civile acadienne ont salué cette nouvelle avancée vers une modernisation en bonne et due forme de la Loi sur les langues officielles, d’autres ont souligné qu’on était encore loin de la coupe aux lèvres et qu’il faudrait s’armer de patience avant de voir cette proposition devenir réalité.

Or, certains aspects ayant trait à l’Acadie et à son statut particulier comme nation francophone au sein du Canada auraient pu, il me semble, être mieux arrimés aux intentions de la ministre, tant au plan national qu’au plan international.

D’une part, on doit saluer l’intention de la ministre de promouvoir le français comme langue de travail au sein des entreprises de compétence fédérale dans les régions à forte concentration francophone – régions dont la location reste à déterminer par un comité d’experts, mais qui devra absolument englober une partie du nord du Nouveau-Brunswick.

Par contre, que fera-t-on de la région de Moncton, où habitent près du tiers des francophones de la province? Pourrait-on imaginer toutes les banques de la ville instaurer un environnement de travail français? De plus, la ministre semble faire peu de cas des demandes expresses des organismes de la société civile acadienne de prendre en considération la spécificité de cette communauté tant dans les principes que la mise en œuvre de la réforme, notamment en matière d’immigration. Le souhait de la ministre d’encourager l’immigration francophone afin d’atteindre 4,4% d’immigrants francophones ne convient simplement pas au Nouveau-Brunswick, qui dépasse depuis longtemps cette cible.

D’autre part, l’Acadie est la seule région du pays, avec le Québec, qui détient une personnalité internationale reconnue. D’ailleurs, elle ne l’a pas volée; c’est bien la SNA qui, en 1968, a organisé de son propre chef l’envoi d’une délégation acadienne à Paris pour rencontrer le Général de Gaulle.

Or, ce rayonnement de l’Acadie dans le monde a été sérieusement mis à mal dans les dernières années, que ce soit par les actions tant du gouvernement fédéral (par les compressions dans les budgets de représentation d’organismes comme la SNA) que de la province (nul besoin, je crois, de revenir sur la saga des Jeux de la Francophonie). Ce n’est pas une coïncidence que le bureau du Consulat Général de France en Acadie ait passé à un cheveu de fermer, en 2019. Pour que le Canada puisse projeter à l’international l’image d’un pays qui n’a pas de français que le Québec, il faut mettre l’Acadie à profit et lui donner les moyens de ranimer et de maintenir ses relations outre-mer.

Heureusement, le plan déposé par la ministre n’est qu’une étape vers l’adoption d’une loi modernisée. Il est encore temps de se faire entendre à Ottawa et d’assurer qu’on reconnaisse à la nation acadienne la place qui lui revient dans cette réforme.