Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les Alpines (sans jamais oser le demander)

Mon distingué collègue François Gravel, qui se veut un grand amateur de hockey junior, m’a récemment mis au défi de vous raconter l’histoire des Alpines de Moncton dans la LHJMQ.

L’idée lui est venue après avoir lu celle des Scouts de Kansas City, une équipe d’expansion de la LNH en 1974 qui deviendra ensuite à tour de rôle les Rockies du Colorado, puis enfin les Devils du New Jersey.

Toujours est-il que les médiocres Scouts n’ont remporté que 27 de leurs 160 rencontres à Kansas City. C’est sans doute ce qui lui a fait rappeler la tristounette campagne de 14 gains des Alpines en 1995-1996.

Pour ceux et celles qui l’auraient oublié, avant que Robert Irving ne se porte acquéreur de l’équipe le 28 mai 1996, les Wildcats ont dans un premier temps été les Alpines pendant une saison pour le moins rock’n’roll. J’avais moi-même oublié à quel point il s’en était passé des choses pendant cette première saison.

J’ai eu la chance au cours de la dernière semaine d’avoir de longues conversations avec plusieurs acteurs de cette première campagne, à commencer par le directeur-général et entraîneur-chef Lucien DeBlois et son adjoint Roland Collette. J’ai aussi discuté avec le premier capitaine de l’équipe Martin Latulippe, les deux meilleurs buteurs du club, David-Alexandre Beauregard et Pierre Dagenais, de même qu’avec Sébastien Roger, Martin Villeneuve, Jeff LeBlanc et Danny Dupont.

Tous ont été d’une grande générosité et ils m’ont permis d’apprendre, via une série de faits et d’anecdotes, à peu près tous les trucs qui ont marqué cette première saison pour le moins historique.

Vous allez découvrir tout cela à votre tour dans les prochains jours.

Mais d’abord, question de vous mettre dans le contexte, je crois important de vous résumer comment a démarré ce projet que l’on doit en quelque sorte à l’actuel commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau.

Prêt, pas prêt, on y va.

La vision de Gilles Courteau

Le 26 mars 1994, dans une entrevue accordée au quotidien Le Nouvelliste de Trois-Rivières, le commissaire de la LHJMQ Gilles Courteau, affublé à l’époque du titre de président du circuit québécois, faisait part de son projet d’ajouter d’autres franchises dans les Maritimes après l’entrée en scène des Mooseheads de Halifax, qui eux sont sur le point de tenir leur repêchage d’expansion.

Gilles Courteau souhaite ainsi voir l’ajout d’équipes à Moncton et à Bathurst, en plus d’obtenir l’exclusivité des joueurs en provenance des Maritimes que la LHJMQ doit pour l’instant partager avec l’OHL et la WHL.

Le projet de Gilles Courteau n’est pas tombé dans l’oreille de sourds puisque moins de deux mois plus tard, le Laser de Saint-Hyacinthe se dit soudainement favorable à déménager son équipe à Moncton s’il peut obtenir des conditions favorables pour la location du Colisée.

C’est tellement sérieux que les copropriétaires du Laser, Michel Gaudette et Claude Lemieux se rendent à Moncton pour négocier avec les autorités de la ville et les Hawks de la Ligue américaine.

Le projet n’aboutira toutefois jamais, mais il n’empêche que la décision des Jets de Winnipeg de laisser tomber son club-école, quelques semaines plus tard, apporte encore plus d’eau au moulin en faveur de Moncton.

Quelques mois plus tard, dans un court texte publié le 27 octobre dans Le Soleil de Québec, la LHJMQ fait connaître son intention d’implanter un club à Moncton. Nouvelle qui sera d’ailleurs officialisée dès la mi-décembre.

Rapidement, des noms très connus commencent à circuler pour le poste d’entraîneur de l’équipe. Jean Perron, Pierre Pagé et Orval Tessier sont du lot. Tous trois ont déjà dirigé des clubs à Moncton.

Perron a mené les Aigles Bleus à deux championnats canadiens universitaires au début des années 1980, alors que Tessier était derrière le banc des Hawks du Nouveau-Brunswick pour la conquête de la coupe Calder dans la Ligue américaine au printemps de 1982. Pagé, lui, a dirigé les Golden Flames, toujours dans la AHL, en 1984-1985.

Perron est cependant le candidat le plus sérieux. L’un des propriétaires de la nouvelle concession, Greg Turner confirme l’intérêt de l’équipe en déclarant à La Presse canadienne: «Nous avons rencontré Jean il y a quelques semaines. Il détient une longueur d’avance sur les autres candidats en lice. Les gens n’ont pas oublié les succès qu’il a remportés à la barre des Aigles Bleus. La population locale l’apprécie et le respecte, tant les anglophones que les francophones. C’est un aspect important pour nous».

Turner ajoute que l’argent n’est pas un problème et que l’organisation tient mordicus à s’offrir un entraîneur de prestige.

«Nous sommes prêts à payer le prix. Nous voulons être une organisation crédible et de première classe», a révélé Turner, qui est aujourd’hui député provincial pour la circonscription de Moncton-Sud.

L’entrée en scène de Lucien

Le 7 avril, on apprend finalement que c’est Lucien Deblois qui obtient le poste, lui qui cumule les fonctions de recruteur pour les Nordiques de Québec depuis sa retraite comme joueur au terme de la saison 1991-1992.

Quelques semaines plus tard, l’organisation annonce en grande pompe que l’équipe portera le nom des Alpines. Le houblon avait alors la cote dans les Maritimes avec les Mooseheads à Halifax.

Le 3 mai 1995, les Alpines font connaître l’identité de leurs premiers joueurs dans le cadre d’un repêchage regroupant les meilleurs espoirs des Provinces maritimes et des États-Unis. Le premier joueur dans l’histoire du club devient donc le défenseur Jeff LeBlanc, qui évoluait pour les Flyers de Moncton.

Trois semaines plus tard, le repêchage d’expansion permet l’acquisition, entre autres, de David-Alexandre Beauregard (Saint-Hyacinthe), de Martin Latulippe (Granby), de Martin Villeneuve (Laval), de Luc Bélanger (Sherbrooke), de Patrick Charbonneau (Saint-Jean) et du Néo-Brunswickois de Bathurst Roddie MacKenzie (Hull).

Dans le cas de Beauregard, ce dernier a surtout été victime du fait qu’il a perdu un œil lors d’un malheureux incident survenu la saison précédente.

Dans une entrevue accordée au quotidien La Voix de l’Est de Granby, Lucien DeBlois déclare: «C’est pas facile de monter un club comme cela. Nous aurons des défenseurs expérimentés. Et si nous avons choisi David-Alexandre Beauregard, ce n’est pas un coup de publicité. Il est un très bon joueur de caractère qui nous aidera tout de suite».

Le samedi 3 juin, à l’occasion du repêchage midget, les Alpines ont le premier choix de la séance de sélection et ils arrêtent leur choix sur l’ailier gauche Pierre Dagenais. Les Foreurs de Val-d’Or et les Tigres de Victoriaville suivent avec les gardiens Roberto Luongo et Mathieu Garon.

Parmi les autres joueurs de premier plan réclamés en première ronde, notons Jérôme Tremblay, Martin Moise, Jasmin Gélinas, Jean-François Fortin, Mathieu Benoit, Philippe Plante et Didier Tremblay.

Avec leur choix de deuxième tour, le recruteur-chef Peter Nevin fait montre de flair en sélectionnant Sébastien Roger.

Vincent Scalzo (3e), Jeff Dooks (4e), Patrick Savard (5e), Jonathan Coursol (6e), Stephen Quirk (7e), Benoit Lampron (8e), Weston Fader (9e), Jason Mikula (10e), Frédéric Larouche (11e), Pierre Gilbert (12e), Jarrod Thomas (13e) et Frédéric Deschamps (14e), seront les autres joueurs réclamés lors de cet encan.

Demain, je débuterai ma série de textes avec le premier joueur de l’histoire de la concession, l’Acadien Jeff LeBlanc. En passant, saviez-vous que Jeff était en 1995-1996 le plus jeune joueur de la ligue? Il avait justement une anecdote croustillante à me raconter à ce sujet.

À demain donc.