Quand les artistes s’inspirent de la crise environnementale

À la fois personnelles et universelles, les deux œuvres que je vous présente cette semaine explorent d’une certaine façon l’avenir de l’humanité. Dans le collectif En cas d’incendie, prière de ne pas sauver ce livre, la crise écologique a inspiré 12 auteurs qui soulèvent des réflexions pertinentes. Inspirée par l’amour, la chanteuse Kelly Bado lance un appel à la planète pour un monde meilleur.

En cas d’incendie, prière de ne pas sauver ce livre, collectif d’écrivains

Pollution, récupération, surconsommation, environnement, capacité d’action… Des auteurs de la francophonie canadienne ont utilisé leur plume pour explorer de façon personnelle la crise écologique et ses contradictions.

Ce recueil de 12 essais narratifs invite à la réflexion sur cet enjeu d’actualité. Les styles d’écriture sont variés: poétiques, incisifs, intimistes, légers, enflammés. Ce ne sont pas nécessairement des militants écologistes ou des scientifiques, mais des écrivains, des êtres humains qui réfléchissent aux questions environnementales dans leur vie. Chacun présente son point de vue en livrant ses angoisses et ses préoccupations, témoignant ainsi de la complexité du sujet. Dans certains textes, la pandémie se faufile en filigrane.

Catherine Voyer-Léger qui signe la préface admet que lorsque les Éditions Prise de Parole l’ont contactée pour travailler avec leur équipe à cet ouvrage, elle a eu des doutes, n’étant pas une militante écologique. «Je me sens toujours étouffée sous la tâche à accomplir pour des devenirs plus heureux. Je change régulièrement mes habitudes pour me sentir toujours plus verte, mais je crains comme la peste les concours de citoyens vertueux», confie l’auteure. Celle-ci pose la question: «Où se loge la panique en vous?» Les auteurs ont répondu chacun à leur façon.

Avec le mordant qu’on lui connaît, Céleste Godin, qui répète tel un mantra qu’elle n’a jamais «drivé un car», se confesse habilement sur ses incohérences par rapport à la crise environnementale. «Ma liste de péchés climatiques est longue», avoue-t-elle.

Ce qui nous touche dans cet ouvrage, c’est l’approche personnelle et unique. La nature et les étoiles occupent évidemment une grande place dans ce livre. Certains récits sont particulièrement inspirants comme dans Un monde où tout se transforme qui raconte le parcours du rappeur Le R Premier depuis le Bénin et son rapport aux biens matériels. Le poète acadien Jonathan Roy veut pour sa part se libérer de la culpabilité, tandis que Sébastien Lord-Émard témoigne de son épuisement. Dans son essai, Ouanessa Younsi écrit à son fils sur cette période étrange que nous traversons. Parmi les textes les plus troublants, celui de Gisèle Villeneuve qui lance un appel au réveil collectif dans Homo procrastinus au carnaval ou encore Mishka Lavigne qui conclut le recueil en dressant l’inventaire impressionnant de tous ses biens. En cas d’incendie, que faut-il sauver absolument? Bref, un recueil qui suscite une belle réflexion sans censure sur les enjeux environnementaux. On y retrouve aussi des textes de Dave Jenniss, Sonya Malaborza, Laurent Poliquin, Ying Chen et Charlotte L’Orage. Cet ouvrage inaugure la nouvelle collection Katal chez Prise de parole. (Éditions Prise de Parole, 2021) ♥♥♥½

Hey Terre, Kelly Bado

«Hey Terre tu es tout un mystère revêtu des aurores boréales, forte comme une montagne et pourtant si fragile, tu n’as jamais baissé les bras, alors éveille l’étincelle en moi», chante Kelly Bado. Après avoir sorti un premier EP en 2016, Kelly Bado a fait paraître un album complet à l’automne 2020. L’auteure-compositrice-interprète franco-manitobaine d’origine ivoirienne chante les beautés de la terre et l’amour sous différentes facettes. Ses chansons sont porteuses d’espoir.

Hey Terre rassemble huit chansons en français et en anglais inspirées par l’amour et le rêve d’un monde plus équitable. Dans un style pop, soul, aux influences des musiques du monde, elle nous offre des airs aux rythmes latins et africains pleins de soleil. Ses compositions et sa poésie dégagent beaucoup de candeur et de fraîcheur. À certains égards, on pourrait y voir un mix entre Marie-Mai et Caracol. J’estime que certaines pièces sont mieux réussies que d’autres. J’aurais aimé entendre encore plus d’influences des musiques du monde avec des instruments traditionnels. Le meilleur est certainement à venir pour cette jeune auteure-compositrice-interprète qui a été candidate à l’émission La Voix en 2018. Si vous aimez la musique pop, voilà un album à inclure dans votre discothèque. ♥♥♥