I Care a Lot: délicieusement retors

Il y a de ces films qui sont si bien écrits qu’ils parviennent à nous faire identifier avec des personnages fondamentalement mauvais. L’excellent et déroutant I Care a Lot (Amazon Prime) est un de ces films.

Marla Grayson (Rosamund Pike) est une tutrice professionnelle.

Elle est déléguée par la Cour pour prendre les décisions essentielles concernant le bien-être de personnes âgées dont les facultés cognitives sont altérées.

Sauf que Marla sait profiter du système. Elle cible les aînés sans famille et riches et procède ensuite à la liquidation de leurs biens – tout en se payant une gigantesque commission.

Un jour, une amie médecin lui réfère une riche femme âgée apparemment sans histoire. Marla est convaincue d’avoir gagné le gros lot. Jusqu’à ce qu’il s’avère que la femme en question est la mère d’un gangster sadique (Peter Dinklage) qui refuse d’être dépouillé de son héritage…

Profondément gris

En plus d’être un très bon divertissement – même s’il aurait pu être facilement amputé d’une quinzaine de minutes -, I Care a Lot est profondément teinté de gris.

Dans l’oeuvre de J Blakeson (The 5th Wave), les frontières entre le bien et le mal sont diaboliquement floues.

Blakeson, qui signe également le scénario, nous met dans une position où on souhaite ce qu’il y a de mieux à une fraudeuse dépourvue de toute morale et qui abuse des plus démunis de notre société. C’est génialement malsain.

D’un autre côté, les motifs du gangster n’ont absolument rien d’abominable. Il souhaite simplement tirer sa pauvre mère des griffes d’une prédatrice aveuglée par l’agent.

Bien sûr, les méthodes du personnage de Dinklage sont assez radicales – menaces, violence, enlèvement, torture, assassinat. Mais est-il vraiment le véritable méchant de cette histoire?

Parlez-moi d’une comédie noire diaboliquement retorse et dégoulinante d’ironie!

Solides performances

On a appris au début du mois que Pike (Gone Girl, Jack Reacher) était en nomination pour un Golden Globe pour son travail dans I Care a Lot. C’est pleinement mérité.

En début de film, Marla explique qu’elle se voit comme une lionne et Pike le joue à la perfection. Son sourire donne froid dans le dos…

Dinklage (Tyrion Lannister dans Game of Thrones) est lui aussi excellent. Même si son personnage aurait pu être davantage développé, il nous offre un gangster plein d’ambiguïtés, fait assez rare ces dernières années au cinéma.

Bref, comme divertissement, il est très facile de trouver pire que I Care a Lot.

(Quatre étoiles sur cinq)

 

Flora & Ulysses: totalement quelconque

Ça ne m’arrive presque jamais. Je n’ai pris aucune note pendant mon visionnement de Flora & Ulysses, le plus récent film familial mis en ligne sur Disney+. Pas que je ne voulais pas. Je n’avais juste rien à écrire tellement ce film est beige.

Flora (la très correcte Mathilda Lawler) vit seule en compagnie de sa mère (Alyson Hannigan), une auteure un peu bizarre, depuis que leur père (Ben Schwartz), un bédéiste tombé en disgrâce, a quitté le foyer.

Flora se qualifie de cynique (pas mal pour une enfant…), refusant de croire aux superhéros et à leurs exploits qui sont racontés dans les bandes dessinées.

Un jour, l’aspirateur robot de sa voisine s’emballe et capture un écureuil. L’animal est mal en point, mais Flora le ressuscite en lui administrant les premiers soins.

La petite bête, que Flora baptiste Ulysses, commence alors à exhiber des habiletés étonnantes. Elle peut par exemple taper de la poésie sur un ordinateur et voler, en plus d’afficher une force spectaculaire.

Convaincu qu’Ulysses souffre de la rage et qu’il est un danger pour la population, un vétérinaire zélé (Danny Pudi) tente de le capturer.

Il en revient donc à Flora et à sa famille de protéger ce nouveau héros.

Beige

Pour moi, un film beige, c’est un film qui n’est ni bon, ni mauvais. C’est un film qui n’a pas beaucoup de qualités, mais dont les défauts ne sont pas si apparents non plus. C’est un peu comme manger du spaghetti sans sauce: ça fait le travail, sans pour autant constituer une expérience remarquable ou fantastique.

C’est exactement ce qu’est Flora & Ulysses. Le scénario est simple et prévisible, les comédiens sont corrects, les effets spéciaux passent le test, mais l’ensemble manque d’impact.

J’ai écouté le film avec mon garçon âgé de 9 ans. L’oeuvre de Lena Khan ne nous a pas vraiment ennuyés, mais elle ne nous a pas fait rire aux éclats non plus.

En fait, je crois avoir compris la stratégie derrière Flora & Ulysses.

Quelqu’un chez Disney s’est dit: «pourquoi ne pas tourner un film avec un mignon petit écureuil doté de pouvoirs? Les jeunes vont adorer.»

Et pour attirer leurs parents?

«On leur propose des comédiens venus de leurs séries télévisées préférées, comme How I Met Your Mother (Hannigan), Parks and Recreaction (Schwartz) et Community (Pudi).

Le piège est parfait. Dommage que l’appât n’ait absolument aucun goût…

(Deux étoiles et demi sur cinq)