Depuis une dizaine de jours, le carême est recommencé. Destination: Pâques! Pour marcher la distance qui sépare de cette fête-sommet, les chrétiens sont conviés au désert. Juste la pensée de pouvoir aller ailleurs, ça fait du bien. Confinés à notre pays d’abord, ensuite à la bulle Atlantique, ensuite à notre province, et enfin à notre zone, la pandémie nous oblige à voyager dans notre imaginaire.

Même si le carême évoque de moins en moins de choses à la majorité, il y a des thèmes qui sont récurrents. Le temps des privations et des tentations. Les tempêtes autour de la St-Patrick. L’attente des premiers signes du printemps. Le temps du désert… c’est l’arrière-scène où tout se joue!

Le fondement évangélique du carême, ce sont les quarante jours de Jésus au désert. Après son baptême, l’Esprit pousse le Nazaréen vers les grandes étendues désertiques pour une mise à l’épreuve. C’est là qu’Il va approfondir sa mission. Des aspects de la vie, de sa vie, vont devenir plus limpides. Parce que dans le désert, notre regard voit loin. Plus loin que l’horizon parfois. Au-delà des frontières qu’on érige et qui nous font piétiner dans un trop petit espace.

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En Israël, les déserts ne sont jamais loin. Le Christ a développé ce goût des grands espaces et du silence. Pendant ses années de vie active, les évangiles nous apprennent qu’il cherchera souvent ces lieux. Après avoir été au milieu de la foule et harassé par de multiples activités, Jésus aimait se retirer dans un endroit désert. Pour prier. Pour se reposer. Pour se retrouver.

Pour prier, il allait parfois à la synagogue de Capharnaüm et au temple de Jérusalem. Mais il avait aussi besoin de plus grand et de plus large. Les grands espaces lui permettaient de respirer le grand air de la vie, le grand air de Dieu.

Il se plaît là où l’horizon ne connaît pas de limite. Là où le moindre signe captive notre attention: un oiseau qui passe, le vent qui chatouille la peau, une bête qui surprend. Il se sent bien au désert. Ce n’est peut-être pas seulement par ascèse qu’il y est resté 40 jours. C’est parce qu’il était en harmonie avec lui-même et avec ce qu’Il portait.

Dans la nature, Jésus entend clairement Dieu lui parler, même à travers une brise légère comme pour Élie avant lui. Dans cette chapelle à ciel ouvert, Il médite sur un autre monde à faire advenir. Et lorsqu’il prendra la parole pour parler du Royaume, c’est souvent avec des images tirées de ses expériences en plein air. Il dira que le Royaume est comme une vigne. Il ressemble aussi à un filet qu’on jette dans la mer. Ou encore à un arbre qui donne du bon fruit.

Il se laisse enseigner par les oiseaux du ciel et les fleurs des champs. Sans travailler ou se soucier du lendemain, ces créatures sont habillées des plus beaux vêtements et nourris quotidiennement. Pourquoi donc se soucier du lendemain? À chaque jour suffit sa peine (Matthieu 6, 34).

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Nous sommes plusieurs à prendre le chemin de la nature pour aller rencontrer Dieu. Comme d’autres, j’aime aller dans une église, entrer dans une chapelle ou prier dans une cathédrale. Je me sens enveloppé par les murs et réconforté autant par la lumière des lampions et la musique du silence. Mais j’ai aussi besoin de plus vaste, de plus grand. Il arrive que je me sente à l’étroit dans une église. Ma prière a besoin de s’élargir. J’aime sortir pour entrer dans la grande Église. Là où le cœur bat au rythme de celui de Dieu.

Dans la nature, je me rapproche de Dieu. Je m’ouvre à Lui. Les grandes décisions de ma vie, je les ai prises en plein air. Avant son ordination, chaque prêtre doit faire une retraite préparatoire. Lorsque mon supérieur m’avait demandé dans quel monastère j’irais pour ma retraite, il avait été surpris de ma réponse: «Je vais aller dans un camp» en haut de la rivière Tracadie». C’est là que Dieu m’attendait: avec frère feu, sœur eau, mère terre.

C’est la semaine de relâche qui commence. Le temps pour le plein air! Pour goûter aux bienfaits de l’activité physique. Mais aussi pour se ressourcer spirituellement. S’im­merger dans la nature, ou la contempler de l’autre côté de la fenêtre, c’est le premier pas à faire pour vivre une retraite de carême. Celle-ci est essentielle pour retrouver sa forme spirituelle et accorder son cœur à celui de Dieu. Pour savourer un moment de joie intense qui rapproche du meilleur en soi. Vu ainsi, qui oserait encore faire rimer le carême avec pénitence et tristesse?