La poésie sans filtre de Shayne Michael

Je vous propose deux œuvres qui ont du tonus, soit le premier recueil de Shayne Michael de la Première nation malécite du Madawaska et la musique inspirante du duo franco-ontarien De Flore.

Fif et sauvage, Shayne Michael

«C’est risqué d’être autochtone homosexuel…», écrit Shayne Michaël. Si le titre de ce recueil peut paraître péjoratif, ce sont pourtant des mots que le poète a souvent entendus dans son quotidien. Il les utilise pour dénoncer les stéréotypes.

Il s’est inspiré de son vécu, de son environnement et des nombreux obstacles qu’il a traversés dans sa vie. Il reconnaît que la langue est crue, mais elle exprime son passé difficile. Victime d’intimidation, celui qui est atteint de la maladie de Crohn a accompagné sa mère, décédée d’un cancer. Il jette un regard sur sa vie et son environnement avec honnêteté.

«Je voulais mettre un peu de couleurs dans mes textes. J’aime dire les vraies choses, j’ai jamais filtré ce que je disais, donc j’ai toujours dit les vraies choses. Je trouve qu’il faut en parler justement», commente-t-il.

Son vécu, ses traditions, la culture autochtone, l’amour et le milieu gai ont inspiré la construction de ce recueil. Les femmes occupent aussi une belle place dans sa poésie avec un segment consacré à sa mère et à sa grand-mère reflétant ainsi ses racines. «Sous la terre, ma grand-mère m’entend marcher/ses mains m’enracinent, me guident vers la rivière…» (extrait du poème La voix).

Sa poésie qui se présente tel un cri du cœur est probablement enfouie depuis longtemps. Établi depuis quelques années à Québec, le poète qui œuvre aussi en théâtre admet que l’écriture est venue assez tard. En discutant, il confie qu’il gardait ça à l’intérieur. «Je ne suis pas une personne qui parle beaucoup», me dit-il.

Peu d’ouvrages littéraires francophones ont été publiés par des auteurs des Premières nations au Nouveau-Brunswick. Il a été épaulé par le poète Sébastien Bérubé dans le cadre d’un programme de mentorat développé par les Éditions Perce-Neige. Le mentor apprécie particulièrement l’ironie de l’écriture de Shayne Michael qui permet de provoquer un dialogue. On constate aussi qu’il cherche à se réapproprier sa propre culture.

Même si le recueil n’est pas très volumineux, il se dégage de ces courts poèmes une force qui nous amène au cœur du sujet. Il ne prend pas de détour pour exposer certaines blessures. C’est touchant, inspirant, personnel et son écriture suscite une réflexion qui oblige le lecteur à faire face à la réalité même si elle n’est pas toujours rose. (Perce-Neige, 2020) ♥♥♥½

Figure déserte, De Flore

J’ai découvert ce duo en parcourant la liste des nominations aux prix Trille Or. Apparu dans le paysage musical en 2020 avec un premier mini-album, De Flore est formé de Sarah Lacombe et Mathieu Gauthier, aussi partenaires dans la vie. Le groupe offre un heureux mélange de pop-soul-électronique chaleureuse influencée par les musiques du monde, sur des airs gitans, reggae saupoudrés de couleurs jazz. Figure déserte nous arrive tel un souffle chaud invitant au voyage sur une route à faire rêver. C’est tout simplement ravissant. Cette fusion entre des éléments modernes et des musiques folk du monde est très réussi. Cela me rappelle à certains égards le groupe alternatif californien Rupa and the April fishes qui chante en plusieurs langues.

En l’espace des quatre pièces qui se trouvent sur ce premier opus, le duo parvient à nous envoûter en créant des ambiances et un son qui lui est propre et très organique. De Flore qualifie sa musique d’électro-roots. On ressent bien la complicité entre les deux artistes. Quinze minutes, c’est trop court et on souhaiterait en avoir davantage. Cette belle aventure musicale a été coréalisée par François Lalonde (Lhasa de Sala, Dobacaracol et Jean Leloup). Vivement un album complet. Le groupe a récolté quatre nominations au Gala Trille Or. ♥♥♥♥

Le duo De Flore. – Gracieuseté: DaniElle