Coming 2 America: totalement inutile

Il y a de ces suites qui ne sont pas à la hauteur de l’original. Il y a aussi celles qui sont totalement inutiles. Coming 2 America (Amazon Prime) est une de celles-là.

Il y a 32 ans, alors qu’il était au sommet de sa gloire, Eddie Murphy a écrit et joué dans Coming to America, un classique dont de nombreuses répliques sont depuis devenues cultes.

Au cours des trois décennies suivantes, la carrière de Murphy a connu beaucoup plus de bas (Norbit, I Spy, The Nutty Professor, Dr Dolittle) que de hauts (Shrek, Dolemite is My Name).

On ne se surprend donc pas que le comédien qui fêtera bientôt ses 60 ans ait senti le besoin de revisiter un vieux classique, question de revenir sous les feux de la rampe.

Murphy reprend donc le rôle d’Akeem, l’héritier au trône du royaume africain de Zamunda.

Après avoir trouvé la femme de ses rêves à New York dans le premier film, Akeem est maintenant père de trois filles et règne sur son pays depuis la mort de son père, Jaffe.

Quand le dictateur militaire du royaume de Nexdoria menace de prendre Zamunda par les armes, Akeem se tournera vers le fils new-yorkais illégitime dont il a récemment appris l’existence pour d’obtenir de l’aide.

Du réchauffé

Après la lecture du synopsis, vous conviendrez avec moi que ce film n’est qu’un triste prétexte pour remettre en scène des personnages très aimés comme Semmi, Lisa, Oha et la joyeuse bande qui traîne au salon de coiffure.

Il faut toutefois plus que des répliques cultes dépoussiérées pour faire un bon film. À commencer par un scénario qui ne ressemble pas à un copier-coller du film précédent…

Preuve du manque d’inspiration des scénaristes, le «message» est aussi le même que dans le film original. Une performance motivée de Murphy – qui joue beaucoup trop gros, surtout au début – n’aurait pas non plus nui.

Trente ans plus tard, l’Afrique y est de plus encore présentée d’une façon très stéréotypée, ce qui est extrêmement gênant.

Tout n’est toutefois pas décevant.

Wesley Snipes est méconnaissable et tordant dans le rôle du militaire manipulateur, tout comme Arsenio Hall dans la peau du sorcier Baba et du révérend sexiste.

La scène des funérailles du roi Jaffe est aussi réussie, surtout en raison des apparitions des groupes En Vogue et Salt n’Peppa.

Rien cependant pour faire de Coming 2 America un film à voir absolument… même si vous avez raffolé de l’original.

(Deux étoiles sur cinq)

 

Moxie: drôle et nuancé, mais un peu trop superficiel

Si, pour certains, les luttes féministes sont futiles à notre époque, Moxie (Netflix) nous démontre que l’égalité des sexes est loin d’être atteinte. Un film au sujet très à propos, mais qui n’aura toutefois probablement pas l’impact souhaité.

Vivian (Hadley Robinson), comme plusieurs adolescentes de 16 ans, se cherche.

Elle ignore ce qui l’inspire, si ce n’est que son amitié avec Claudia (Lauren Tsai).

Ce que Vivian sait, toutefois, c’est qu’elle en a assez de voir ses camarades de classe être traitées comme des objets sexuels par la majorité de leurs confrères.

Inspirée par le passé revendicateur de sa mère (Amy Poeheler) et l’arrivée à son école d’une étudiante allumée, Vivian lancera Moxie, un petit magazine féministe.

La révolution rêvée par la jeune femme ne se fera toutefois pas sans heurt…

Drôle

Tourné par Amy Poehler (des séries Parks and Recreation et Saturday Night Live) Moxie porte la marque de l’humour extrêmement cynique de sa cinéaste.

On ne rit pas vraiment à gorge déployée. Et les amateurs d’humour au premier degré seront déçus – ce qui n’est jamais une mauvaise chose.

On a plutôt droit à des petites répliques cinglantes pleines d’esprit sur l’état de la société.

Poehler et la grande Marcia Gay Harden (Into the Wild, The Mist), dans le rôle de la directrice, s’amusent d’ailleurs énormément à titre de têtes d’affiche de la génération dépassée. Dommage qu’on les voie si peu…

Nuancé

Ce que j’ai aimé de Moxie, c’est qu’il s’agit d’un film nuancé.

On est loin de Disney ici. Le combat des adolescentes ne se gagne en effet pas d’un coup de baguette magique.

Le film est donc représentatif du long combat que mènent les femmes. En effet, la chose la plus élémentaire pour la société serait d’atteindre l’égalité des genres. Et pourtant…

Superficiel

Malgré toutes ses qualités, Moxie a un gros défaut: il manque de mordant. Il aborde plusieurs aspects de l’inégalité des sexes à l’école, sans jamais vraiment les développer.

Donc, au lieu de suivre un cours accéléré et percutant sur #MeToo, on a plutôt droit à ce qui ressemble à un long épisode de Degrassi.

Un peu plus d’audace et de focus n’auraient vraiment pas fait de tort.

Le message de Moxie devrait de plus être transmis à tous les jeunes hommes. Après tout, c’est par eux que passe le changement social souhaité. Or, son intrigue, un peu à l’eau de rose, risque de trouver écho presque exclusivement chez un public féminin. Dommage.

(Trois étoiles et demi sur cinq)