Quand le vieillissement devient notre unique moteur de croissance

Les centres urbains – particulièrement les trois grands centres du sud – sont souvent qualifiés de moteurs de la croissance du Nouveau-Brunswick, ce qui laisse entendre que le reste de la province se contenterait de se faire tirer vers l’avant par ceux-ci. Or, comme c’est le cas pour la plupart des formules que l’on répète sans trop réfléchir, la réalité est bien plus complexe.

Tout d’abord, il faut rappeler que la région métropolitaine de recensement (RMR) de Saint-Jean bât de l’aile depuis déjà belle lurette. Entre 2009 et 2019, celle-ci a vu l’emploi dans son secteur privé diminuer de six pour cent.

Ensuite, en économie comme dans tout autre domaine, il ne faut pas confondre cause et effet. Ce n’est pas parce que la croissance se produit dans un grand centre que ce dernier en est automatiquement la cause.

Un bon nombre d’industries rurales sont tournées vers l’exportation, générant des revenus qui permettent de financer les produits importés dans la région. En revanche, une ville dont la croissance est alimentée par des services locaux comme le commerce au détail ou les soins de santé ne propulse généralement pas l’économie vers l’avant. Elle tire plutôt simplement profit des besoins croissants de la population locale.

Prenons l’exemple de la RMR de Moncton, que l’on qualifie souvent de principal moteur de l’économie provinciale. Il est vrai que celle-ci tire bien son épingle du jeu. Entre 2009 et 2019, sa population a augmenté de 14% et l’emploi y a fait un bond de quelque 12%.

Des tendances plus troublantes se cachent cependant sous la surface. Des 8800 emplois ajoutés entre 2009 et 2019, plus de deux sur cinq se trouvaient dans le secteur public et à peu près tout le reste dans des industries qui desservent surtout une clientèle locale ou régionale comme le commerce au détail. Pendant ce temps, l’industrie manufacturière et celle qui renferme la plupart des centres d’appels ont perdu plus de 2000 emplois.

Qu’est ce qui explique que même Moncton, notre soi-disant «pôle de croissance», ait vu son tissu industriel et exportateur s’effriter?

En deux mots: le vieillissement démographique. Au fur et à mesure que les baby-boomers vieillissent, il reste de moins en moins de Néo-Brunswickois en âge de travailler et la demande pour les soins aux aînés ne cesse d’augmenter. Entre 2009 et 2019, le secteur des entreprises de la province a perdu environ 12 000 travailleurs, pour s’établir à 254 000. Le secteur des soins de santé et de l’assistance sociale (lequel renferme les foyers de soins) a quant à lui augmenté d’un peu plus de 10 000, pour s’établir à 62 300.

Bref, depuis maintenant une décennie, le moteur de la croissance du Nouveau-Brunswick n’est ni ses cités ni ses collectivités rurales, mais plutôt le vieillissement démographique.

La solution la plus prometteuse s’applique à toutes les collectivités, les petites comme les grandes: l’immigration. Si le Nouveau-Brunswick compte avoir une chance réaliste de renforcer son tissu industriel et exportateur, de répondre aux besoins locaux grandissants de sa population vieillissante et de s’engager sur la voie de l’autosuffisance plutôt que celle d’un endettement accru et d’une plus forte dépendance envers Ottawa, il devra accueillir bien davantage de gens de l’extérieur de ses frontières.

L’immigration, faut-il le rappeler, n’est pas seulement une priorité pour les grands centres, mais plutôt pour l’ensemble de la province. De fait, les enjeux économiques associés à l’immigration sont d’autant plus grands dans les collectivités rurales que celles-ci vieillissent plus rapidement et que le secteur privé y renferme une plus forte concentration d’emplois liés à l’exportation que dans les grands centres.