Un budget qui détonne

Le moins que l’on puisse dire, c’est que rien ne nous avait préparé au budget du premier ministre Blaine Higgs livré la semaine dernière par son ministre des Finances, Ernie Steeves.

En effet, depuis l’élection de septembre dernier qui lui a accordé sa majorité tant convoitée, Higgs avait clairement signalé que son unique obsession au-delà de gérer la pandémie était d’équilibrer les livres au plus vite, peu importe les conséquences. Or, le budget de la semaine dernière, avec son déficit de presqu’un quart de milliard de dollars, était loin de l’équilibre budgétaire jusqu’alors fétichisé par Higgs.

Que s’est-il passé pour que le premier ministre réalise si soudainement qu’il devait abandonner sa course effrénée au déficit zéro?

Nous ne le saurons probablement jamais. Il y a fort à parier, cependant, que plusieurs membres de son caucus se soient fait entendre.

Contrairement à Higgs, ils n’ont sans doute pas fait une croix sur l’idée de briguer les suffrages à nouveau lors des prochaines élections.

Certes, le gouvernement aurait pu en faire bien davantage dans son budget, en particulier pour aider les petites et les moyennes entreprises à se relever de la crise et faciliter la relance de l’économie. Il est fort probable également que le gouvernement exagère l’ampleur du déficit prévu puisqu’il présume que ses recettes en taxes et impôts n’augmenteront pas et qu’Ottawa ne lui offrira peu ou pas d’aide supplémentaire ponctuelle au cours de l’année fiscale sur le point de s’amorcer.

Il ne faut cependant pas sous-estimer l’importance du changement de cap effectué dans ce budget. Il y a à peine quelques mois, faut-il le rappeler, le premier ministre signalait ses intentions en matière de rigueur budgétaire, gelant les salaires de ses cadres et annonçant à l’ensemble des employés du secteur public qu’ils ne perdaient rien pour attendre. C’est ainsi qu’il prévoyait dire merci pour les efforts héroïques déployés par bon nombre d’entre eux durant la pandémie. Or, avec des dépenses en hausse de plus de trois pour cent par rapport au budget de l’an dernier, rien ne laisse présager qu’Higgs compte donner suite à ses propos.

Au cas où nous n’aurions pas compris son message de rigueur budgétaire, Higgs renchérissait pas plus tard que le mois dernier, lors de son Discours sur l’état de la province. Interrogé sur les investissements que son gouvernement pouvait faire pour relancer l’économie, il n’avait pas daigné en identifier un seul, préférant rappeler aux Néo-Brunswickois qu’il fallait «changer la philosophie selon laquelle dépenser de l’argent allait améliorer les choses».

Or, le voici soudainement dans son budget qui se met à dépenser de l’argent pour améliorer les choses, que ce soit au niveau du logement abordable ou encore des salaires des employés du secteur des services sociaux. Certes, les montants en cause sont nettement insuffisants, mais le contraste avec son entêtement idéologique affiché auparavant demeure néanmoins frappant.

Ce n’est finalement qu’au niveau de l’aide aux entreprises et les autres investissements pour relancer l’économie qu’Higgs persiste et signe.

Au-delà du renouvellement du programme d’incitation au voyage, son message aux nombreuses entreprises malmenées par la pandémie n’a pas changé: à moins d’être sur le point de déposer le bilan, nul besoin de communiquer avec son gouvernement. Et encore là, il promet de les traiter davantage comme des coupables que des victimes car il leur faudra prouver que c’est bel et bien la pandémie qui est en cause avant qu’il ne leur vienne en aide.

En d’autres mots, comme il l’a fait jusqu’à présent, Higgs s’en remet à Ottawa pour assurer la relance de notre économie. Il ne reste qu’à espérer que ce dernier ne se lavera pas les mains de cette tâche comme le fait notre gouvernement provincial.