Rien ne va plus dans les universités de l’Ontario français. La toute nouvelle Université de l’Ontario français (UOF), qui doit ouvrir ses portes à Toronto en septembre, a annoncé n’avoir reçu des demandes d’admission que d’une quarantaine d’étudiants, soit loin des quelques centaines de demandes espérées pour sa première rentrée. L’Université Laurentienne, université bilingue de Sudbury, s’est récemment mise à l’abri de ses créanciers. Sa dette s’élèverait à près de 100 millions $.

Parmi ce chaos, des voix s’élèvent: pourquoi ne pas faire de cette crise une occasion de réimaginer le système universitaire francophone de la province? Pourquoi ne pas enfin doter les Franco-Ontariens de l’université panprovinciale dont ils rêvent depuis des décennies? À ce titre, l’expérience de l’Université de Moncton pourrait être éclairante.

Il faut comprendre que la création du réseau des institutions postsecondaires en Ontario français, à partir des années 1950, s’est déroulée selon une logique différente de celle prévalant en Acadie. Les Acadiens du Nouveau-Brunswick ont eu la fibre autonomiste plus précoce, revendiquant dès le départ une université homogène de langue française, répondant (bien qu’imparfaitement, on le reconnaît) aux particularités des trois régions francophones de la province en y assurant une présence locale. En Ontario français, c’était plutôt le bilinguisme qui était en vogue à l’époque où les collèges confessionnels se transformaient en universités publiques. L’Université Laurentienne, une fédération de trois collèges – le Collège Sacré-Cœur, jésuite et français, devenu l’Université de Sudbury (bilingue), l’Université Thorneloe, anglican et anglais, et l’Université Huntington, appartenant à l’Église unie, aussi anglais – s’est constituée en institution bilingue. Idem pour l’Université d’Ottawa et pour le Collège Glendon.

Or, dès les années 1970, on signale des défis avec le modèle des institutions bilingues. Plutôt que de former les Franco-Ontariens, il les assimile. Leur poids démographique sur ces campus diminue de plus en plus. Des programmes ne sont offerts qu’en anglais et la qualité des programmes en français est moindre. Alors que les parents franco-ontariens, de chaude lutte, obtiendront leurs écoles homogènes de langue française à partir de la fin des années 1970, cette autonomie ne sera jamais octroyée dans le domaine postsecondaire, malgré des demandes répétées de la société civile, et ce, jusqu’à aujourd’hui.

Ce qui nous amène à la situation actuelle. L’Université de Sudbury a annoncé il y a deux semaines son vœu de redevenir française, fonctionnant «par et pour» la communauté franco-ontarienne. Les programmes actuellement offerts en français à la Laurentienne, en éducation, en santé, et en gestion au premier chef, sont en forte demande et pourraient être alléchants pour les étudiants de Toronto ne se retrouvant pas dans l’offre pluridisciplinaire (qu’est-ce qu’un baccalauréat en «pluralité humaine»?) de l’UOF. Et il y a aussi l’Université de Hearst, dont l’expertise en enseignement à distance pourrait soudainement devenir précieuse afin de connecter les étudiants à de multiples campus…

Une «Université franco-ontarienne» à trois campus, partageant ressources, étudiants, et curriculums, à l’instar de l’Université de Moncton, pourrait-elle voir le jour? La faisabilité d’un tel modèle se clarifiera bientôt, alors que le plan de restructuration de l’Université Laurentienne sera dévoilé le 15 avril.

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