Son nom est Peel. Tim Peel.

Mettons tout de suite les choses au clair, je considère que le métier d’arbitre est l’un des plus difficiles qui soit. Et cela, dans tous les sports sans exception.

Parce que peu importe ce que l’arbitre décidera, il se trouvera toujours des gens pour crier à l’injustice. Et je ne vous apprendrai rien en vous disant que les mots utilisés à son endroit n’ont souvent rien à voir avec ce qu’on nous enseigne à la maternelle.

Croyez-moi, ça prend des nerfs d’acier pour encaisser la pluie d’insultes, quand ce ne sont pas des menaces, que provoquent chacune des décisions ne faisant pas l’affaire des partisans de l’équipe pénalisée.

J’en ai une petite idée parce qu’en plus de 35 ans de carrière, je me suis souvent fait accuser de favoritisme par des lecteurs et des lectrices qui m’avaient pris en grippe pour une raison ou une autre. Dites-vous que c’est 100 fois pire pour un arbitre.

D’ailleurs, vous connaissez probablement tous une histoire dénigrant un arbitre en particulier, même si les bonnes décisions du même officiel sont oubliées aussi vite que le dernier numéro d’une partie de bingo.

Cela dit, ce que Tim Peel a fait, mardi soir, dépasse l’entendement. Il y a quand même des limites à ce qu’on peut pardonner à un arbitre. Peel, un Néo-Brunswickois de Hampton, a commis l’irréparable.

Pour ceux et celles qui n’ont aucune idée de ce dont je parle, sachez que Peel, qui avait laissé son micro ouvert avant une pause publicitaire du match opposant les Red Wings de Detroit aux Predators de Nashville, a eu le temps, avant que le son ne soit coupé, de dire en direct sur la chaîne de télévision Fox Predators: «Ce n’était pas grand-chose, mais je voulais donner une pénalité contre Nashville tôt dans la…»

Il s’agit bien sûr d’une traduction de l’anglais: «It wasn’t much but I wanted to get a fu**ing penalty against Nashville early in the…»

Peel a dit ces malheureuses paroles quelques secondes après qu’il ait signalé une infraction de deux minutes à Viktor Arvidsson pour avoir fait trébucher un adversaire au début du deuxième vingt.

Inutile de vous dire que Peel a ainsi donné des munitions ad vitam aeternam à ceux et celles qui croient dur comme fer que les arbitres sont pour la plupart des «vendus» à la solde des plus offrants.

Ce qui est faux, bien sûr. Mais n’allez surtout pas débattre là-dessus aujourd’hui, vous risquez de perdre des amis pour la vie.

Mardi soir, Tim Peel a choisi de son propre chef d’oublier que la qualité première d’un arbitre est d’être impartial. Après tout, sans impartialité, le sport n’est qu’une tricherie.

C’est pourquoi je suis à peu près convaincu que les paroles de Tim Peel vont faire histoire. Dans 20 ans, si un jeune homme a le malheur de dire à son futur beau-père qu’il arbitre des parties de niveau senior ou interscolaire, il se pourrait fort bien que ce dernier se tourne vers sa fille pour lui dire: «Je ne veux pas d’un Tim Peel dans la famille!».

J’exagère bien sûr, mais peut-être pas tant que ça.

Un CV bien rempli

Et vous savez quoi? Bien que la LNH ait pris la bonne décision en congédiant Tim Peel, ça ne peut quand même pas faire oublier que le meilleur circuit de hockey au monde l’a bien cherché.

Après tout, ce n’est pas comme si Peel en était à ses premières maladresses majeures. L’homme âgé de 54 ans (bientôt 55) a régulièrement défrayé les manchettes pour ses décisions douteuses dans les dernières années. Allez demander aux Hurricanes de la Caroline s’ils sont malheureux du congédiement de Peel aujourd’hui.

Le journaliste Mark Jones raconte d’ailleurs cette histoire dans un texte publié il y a quelques années dans le Bleacher Report.

Il y parle entre autres de la gaffe du 8 février 2012, lors d’un match opposant les Hurricanes et les Ducks d’Anaheim. Ce soir-là, à mi-chemin en prolongation, Peel a choisi d’ignorer une infraction évidente d’un joueur des Ducks (Corey Perry) à l’endroit de Jussi Jokinen dans le territoire des Hurricanes. Six secondes plus tard, ce même Perry marquait le but gagnant.

Malgré les plaintes, la LNH a choisi d’ignorer l’incident.

Le 3 mars de la même année, toujours dans un match impliquant les Hurricanes, mais cette fois-ci face au Lightning de Tampa Bay, les deux équipes sont en prolongation quand Brandon Sutter, fin seul, se trouve à pourchasser une rondelle que tente également d’atteindre le gardien Mathieu Garon. Au moment où Sutter saute au-dessus du gardien du Lightning, le joueur des Hurricanes est poussé intentionnellement par Steven Stamkos sur Garon. Peel ne trouve pas mieux à faire que de donner un deux minutes à Sutter pour rudesse. Et devinez quoi, Stamkos a donné la victoire à son équipe 96 secondes plus tard.

Encore une fois, la LNH n’a rien dit sur le travail de Peel.

Et en passant, ce n’est pas la première fois que les Predators sont victimes d’une décision controversée de Peel.

En mai 2011, alors que les Predators et les Canucks de Vancouver sont à égalité 1-1 dans leur série, Peel décerne une pénalité mineure fort douteuse à Shea Weber en prolongation. Les Canucks en ont profité pour marquer quelques instants après.

Eh oui, la LNH n’a encore rien dit à ce sujet.

Alors vous comprendrez que je ne peux m’empêcher d’avoir un sourire en coin quand Colin Campbell rapporte que «…rien n’est plus important que d’assurer l’intégrité de notre jeu. La conduite de Tim Peel est en contradiction directe avec le respect de ce principe fondamental que nous exigeons de nos officiels et que nos partisans, joueurs, entraîneurs et tous ceux qui sont associés à notre jeu attendent et méritent. Il n’y a aucune justification à ses commentaires, peu importe le contexte ou son intention, et la Ligue nationale de hockey prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger l’intégrité de notre jeu».

Je souris parce que dans le fin fond de cette histoire, le fait demeure que ce n’est qu’une simple petite tape sur les doigts que reçoit Peel. L’homme avait déjà fait savoir, en 2019, que la saison 2020-2021 serait sa dernière.

Bref, Tim Peel se retrouve finalement à la retraite qu’un mois à l’avance.

C’est quasiment un cadeau de départ.