Sylvain Couturier n’est pas content

Ça fait 19 ans que je connais Sylvain Couturier et je l’ai très rarement vu de mauvaise humeur. Et même dans ses mauvais jours, il garde toujours le contrôle de ses émotions.

Mais c’était avant dimanche soir.

C’était avant que des partisans ne lui suggèrent fortement, via textos et appels téléphoniques, d’aller jeter un œil sur l’émission d’après-match de Sur la route du Junior, un podcast animé par un maniaque de hockey, Jonathan Roy.

Dimanche, à la suite du revers de 5 à 3 encaissé par la troupe de Mario Durocher devant les Wildcats de Moncton, l’animateur en a beurré pas mal trop épais au goût du directeur général du Titan d’Acadie-Bathurst.

Et en écoutant les diatribes de Roy et de son acolyte, un certain Mark, il est facile de comprendre sa colère. Jonathan Roy n’est pas le genre à faire dans la dentelle. Et à l’évidence, Jeff Fillion et André Arthur sont parmi ses modèles. Disons simplement que ça ne volait pas haut.

Il n’était pas très loin de 21h30 quand Sylvain Couturier m’a invité à l’appeler aussitôt que possible. Comme c’est plutôt rare qu’il me demande quelque chose aussi tard, j’ai décidé de le rejoindre sans plus tarder même si j’étais en congé. Laissez-moi vous dire qu’il était fâché en s’il vous plaît.

En gros, il reproche à l’animateur, dont il ne nommera jamais le nom, d’avoir abusé de sa tribune pour faire ce qu’il considère comme de l’intimidation auprès de jeunes hockeyeurs amateurs, dont la moitié n’est même pas en âge de voter.

Ce qui est loin d’aider Jonathan Roy, c’est qu’il s’exprime d’une façon qui ferait presque rougir Mike Ward. Par exemple, alors qu’il s’apprêtait à vanter les Wildcats pour leur belle victoire, nous l’entendons s’exclamer: «Le Titan mérite d’avoir un char de mar.. et il va avoir un char de mar.. après». Et vers la toute fin des 15 minutes de cet après-match tout en finesse, il a cru bon de lancer «Cri… de Mario Durocher de tabar…».

Vive la langue Molière!

Après avoir écouté les doléances de Couturier pendant une bonne vingtaine de minutes, je lui ai suggéré de se reparler le lendemain matin, afin d’en discuter à tête reposée.

Mais lundi matin, l’homme de hockey n’avait toujours pas décoléré.

«Je ne peux pas concevoir qu’un adulte puisse s’attaquer en ondes à des jeunes de 16 à 20 ans tout en blasphémant à tous les trois ou quatre mots. Dans le cas de certains joueurs, c’était carrément des attaques personnelles», affirme Couturier.

Pendant l’envolée oratoire de Roy et son acolyte, le gardien Jan Bednar, ainsi que les attaquants Bennett MacArthur, Cole Huckins et Mathieu Desgagnés sont ceux qui y goûtent le plus.

On y apprend, entre autres, que Bednar n’est pas de calibre pour jouer dans la LNH, que Huckins ne répond pas aux attentes et qu’il est très loin du niveau de jeu offert par Riley Kidney, que MacArthur joue d’une façon pathétique en commettant des erreurs de colon et que le capitaine Desgagnés ne se présente pas lors des matchs à domicile.

Ils vont même jusqu’à dire que Desgagnés, MacArthur et Logan Chisholm sont des vétérans qui nuisent à la performance de l’équipe. On parle pourtant ici de joueurs qui ont compilé à eux trois 20 buts et 14 mentions d’aide en huit duels depuis la reprise des activités le 9 mars dernier.

«Il a carrément manqué de classe, mentionne Couturier. Il fait des déclarations gratuites sans rien mettre en contexte. Il n’est probablement pas assez intelligent pour faire la part des choses. S’il connaissait son hockey, il aurait dit que l’équipe avait disputé un match la veille à Saint-Jean et que les gars sont arrivés à la maison aux environs de 3 heures du match. En temps normal, nous n’aurions pas accepté un tel calendrier et de toute façon, jamais la ligue nous aurait offert de disputer un match dès l’après-midi suivant contre une équipe reposée en plus. Mais à cause de la COVID-19, nous n’avons pas le choix de faire des compromis.»

«Et ce qu’il ne dit pas également, c’est que notre capitaine joue actuellement blessé. Sans entrer dans les détails, Mathieu a été un véritable guerrier pour nous en fin de semaine. Il a joué parce que nous étions déjà à court d’attaquants avec les absences de Félix-Antoine Marcotty et Alexis Dubé», confie Couturier.

Des énormités dommageables

L’ancien attaquant des Kings de Los Angeles n’en avait pas terminé, loin de là.

«Comment peut-il dire que Bednar n’est pas de calibre après seulement six matchs? C’est la première fois que le jeune quitte son pays et ça se peut qu’il s’ennuie de sa famille. Nous, nous sommes convaincus qu’il va finir par nous donner du très bon hockey», indique le d.g. du Titan.

«Qu’il me critique moi ou Mario Durocher, je n’ai aucun problème avec ça. C’est correct. Nous avons tous les deux plus de 50 ans. Nous sommes des personnages publics et nous nous attendons à ça. Nous sommes payés pour ça. Ce n’est pas la même chose pour des jeunes joueurs amateurs de 16 à 20 ans. Et comme un peu tout le monde, ils vont voir les médias sociaux et nous savons qu’ils regardent ce qu’on dit ou écrit sur eux. Le problème c’est que de se faire dire de telles énormités peut être très dommageable. Tu peux détruire une carrière en disant de telles choses sur un adolescent de 17 ans, comme dans le cas de Huckins justement. À mes yeux, c’est de l’intimidation. Ça dépasse les bornes. Il se croit en spectacle et semble se foutre des conséquences», estime-t-il.

«Bien sûr, il a le droit de critiquer. Mais de le faire en s’attaquant personnellement à nos jeunes, c’est inacceptable. Ça aurait pourtant été facile de dire que notre équipe n’a pas bien joué sans attaquer nos jeunes. Mais lui il préfère y aller de déclarations de coin de table. Sommes-nous déçus de notre défaite de dimanche? Évidemment. Mais personne ne «s’en fout dans le vestiaire» comme il s’amuse à dire. Je suis allé dans le vestiaire après la partie et tu pouvais entendre une mouche voler tellement les gars étaient déçus. Il n’y a pas un gars qui s’en fout dans ce vestiaire», martèle-t-il.

«Cela dit, nous sommes satisfaits de notre saison jusqu’ici. Nous croyons que l’équipe est même en avance dans son cheminement. Nous avons une fiche de 13-8-2 alors que nous avons débuté la saison sans gardien régulier, quatre recrues en défensive et plusieurs attaquants âgés de 16 et 17 ans. Mais ce personnage connaît tellement peu son hockey qu’il préfère dire que nous avons perdu contre un club en reconstruction. Pourtant, notre équipe est parmi les plus jeunes de la ligue. En fait, notre moyenne d’âge est exactement la même que celle des Wildcats», ajoute Sylvain Couturier.