Godzilla vs. Kong: un grand spectacle sans âme… ni valeur

Godzilla vs. Kong est probablement le plus grand «film pop-corn» de notre époque. Aucune subtilité, aucun deuxième degré: c’est plutôt un deux heures où tout et rien deviennent prétextes à ce qu’un gorille renfrogné et un lézard atomique détruisent tout sur leur passage en se tapant dessus.

Godzilla vs. Kong (en salles depuis mercredi) est le quatrième chapitre de la saga MonsterVerse des studios Legendary (voir tableau).

Dans cet univers un brin futuriste, des monstres gigantesques appelés titans font leur apparition sur Terre après avoir vécu pendant des millénaires dans la mythique Terre creuse.

Dans chacun des films précédents, le reptile Godzilla ou le singe Kong ont protégé l’humanité de la menace titanesque.

Dans Godzilla vs. Kong, ces deux titans sont les seuls survivants. Le premier fait ses petites affaires sans déranger les humains alors que le second, grisonnant, vit sur son île, où il est étudié.

Ce délicat équilibre entre les deux titans alpha sera toutefois perturbé quand un industriel est convaincu que Kong peut conduire son équipe dans la Terre creuse, où se trouverait une formidable source d’énergie.

Godzilla va toutefois profiter du transport de Kong pour attaquer et confirmer son titre de souverain suprême des titans…

Spectaculaire!

Soyons honnête, le seul attrait de Godzilla vs. Kong repose sur ses scènes d’action. Et croyez-moi, elles sont spectaculaires!

Malheureusement, celles-ci semblent davantage tirées d’un jeu vidéo que d’un film à proprement parlé. En voulez-vous des images de synthèses? En v’là!

Je lève toutefois mon chapeau aux programmeurs: il a fallu des heures et des heures de travail pour que l’animation soit au point. C’est particulièrement vrai lors de la bataille finale, qui se déroule en pleine ville, et où les dommages collatéraux sont énormes.

On est loin, disons, des maladroites images en animation de volume (stop motion) qui ont marqué la naissance au cinéma de Godzilla, en 1954, et de Kong, en 1933.

Ridicule

J’écrivais plutôt que le film d’Adam Wingard (You’re Next, Blair Witch) avait l’apparence d’un jeu vidéo. La triste vérité, c’est que l’intrigue en a aussi la profondeur.

On s’entend que, de nos jours, le défi n’est plus de créer des séquences d’action spectaculaire sur grand écran. Il suffit d’investir. Plus un studio paie, plus les scènes sont réalistes.

Non, de nos jours, le défi est de tourner un film dans lequel le contexte entourant l’action est crédible et où le spectateur se sent investi. À ce niveau, Godzilla vs. Kong est un échec total. Je ne compte plus les fois où j’ai levé les yeux au ciel devant la stupidité du scénario…

Deux éléments importants de l’histoire – que je tairai puisqu’ils ne sont pas montrés dans la bande-annonce – sont particulièrement ridicules.

Le MonsterVerse est de plus un regroupement de films fantastiques qui flirtent avec la science-fiction, mais dans ce cas-ci, la saga a perdu toutes attaches avec la réalité… ADN extra-terrestre, technologies utopiques, gravité inversée… Tout ça serait hilarant si le film ne se prenait pas autant au sérieux.

Une absurdité qui passerait aussi si le film affichait une petite dose d’humanité. Ce n’est malheureusement pas le cas.

Vous aurez peut-être remarqué que je n’ai pas nommé le moindre comédien depuis le début de ce texte. C’est voulu. Parce que dans ce film, les humains jouent un rôle secondaire, un peu comme des fourmis qui observeraient un combat de boxe entre deux Terriens.

On ne connaît rien de l’histoire des personnages principaux. Ils n’évoluent pas. Leur sort est accessoire. Ils ne servent qu’à observer ce qui se passe et à nous aider à mettre tout ça dans son contexte.

C’est surréel de voir à quel point temps, argent et énergie ont été investis pour que les bêtes soient montrées en 3D et même plus, alors que les personnages ont moins de profondeur qu’une écaille de reptile…

Au final, Kong vs. Godzilla est un grand spectacle. Intellectuellement, toutefois, il est l’équivalent d’avoir passé deux heures dans le coma…

Triste quand on sait que le Godzilla original est une puissante et indémodable métaphore sur la vengeance de la nature face à l’utilisation de l’arme nucléaire sur le Japon.

Les temps changent, il faut croire. Le bon peuple ne veut plus réfléchir. Kong vs. Godzilla le satisfera donc pleinement. Parce qu’en matière d’abrutissement et d’inutilité, ce film est le titan de tous les titans.

(Deux étoiles et demi sur cinq)