Samedi saint. La tombe est scellée. On y a déposé le cadavre hier soir. Le deuil peut commencer.

Les disciples se disent l’un à l’autre ce qu’ils retiennent de leur ami. Il leur manque déjà. Ils se demandent ce qu’ils auraient pu faire de plus pour le protéger. Dans les rues de Jérusalem lors du premier samedi saint, les pèlerins juifs demandent aux disciples ce que le crucifié de la veille avait de si extraordinaire pour le regretter autant. Et ils tentent de répondre.

Jamais homme n’a parlé comme cet homme. Chaque fois qu’Il ouvrait la bouche, tous se demandaient d’où lui venait cette sagesse (Mt 13). Au bord des lacs ou au sommet des montagnes, dans les vallées verdoyantes ou les déserts arides, sous l’ombre des oliviers ou des colonnades, il prenait la parole pour révéler la valeur inouïe des réalités humbles du quotidien.

Il s’émerveillait devant les fleurs des champs, les oiseaux du ciel, la vigne et son travail. Il s’extasiait devant l’aumône d’une pauvre et la sagesse des tout-petits. Il éveillait chacun à la beauté de la vie.

Ce qu’Il disait de son Père était réconfortant. Dieu ne peut pas être seulement un juge qui surveille et qui guette pour prendre en défaut. Il est davantage comme un père, une mère, qui se soucie de chacun de ses enfants. Il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants. Il n’en finit pas d’inviter à sa table tous ceux qui sont aux croisées des chemins: les itinérants, les exilés, les désabusées, les perdus.

Ses gestes montraient que chaque personne était aimée et respectée pour ce qu’elle était. Au lieu de condamner une femme, il s’était contenté de se pencher jusqu’à terre. Au lieu de rabrouer des enfants, il les avait montrés en exemple. Au lieu de dire aux pauvres qu’ils avaient « ce qu’ils méritaient», Il leur donnait du pain et du poisson à satiété.

Il était comme un printemps à longueur d’année: partout où Il passait, la vie reprenait. Il ne se contentait pas de faire vivre, Il faisait renaître à une vie en abondance, non plus limitée par des rites et des croyances qui peuvent rétrécir parfois la foi en l’être humain et en Dieu. C’est ainsi que les disciples se souvenaient de Lui. On peut comprendre leur déception lorsqu’ils l’ont vu suspendu au gibet d’une croix.

Nous connaissons la suite de l’histoire: l’ensevelissement, le repos sabbatique, le tombeau vide au matin du premier jour. C’est loin tout cela. Et pourtant, si proche de nos vies. La lumière de Pâques éclaire d’une lumière nouvelle la leçon du petit grain de blé: la vie, comme l’amour, doit passer par la mort.

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Cet homme est venu allumer un feu sur la terre. Mieux encore: un feu brûlant dans les cœurs. La flamme s’est propagée. De proche en proche, de génération en génération, de siècle en siècle. À certaines époques, la mèche a faibli. Elle ne s’est pas éteinte. Plusieurs ont annoncé son extinction et nombreux en étaient convaincus: autour de l’an mil, à la Renaissance, au Siècle des Lumières, lors de la Réforme. Or, la transmission a perduré.

Son amour est un feu auprès duquel une portion considérable de l’humanité vient encore pour se réchauffer. Parce que Ses paroles trouvent un écho favorable chez les assoiffés de justice. Parce qu’Il montre que nous sommes aidés au-delà de nos pauvretés. Parce qu’Il nous apprend comment aimer et pardonner à notre tour. Parce qu’Il nous aide à transmettre cette flamme fragile qui éclaire de l’intérieur.

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Qui se retrouve autour du feu aujourd’hui? Les mêmes qu’Il affectionnait il y a deux mille ans. Il y a des pauvres et des marginalisés par le pouvoir politique et religieux. Aussi des réfugiés qui approchent leurs mains des flammes pour se réchauffer auprès des feux à ciel ouvert dans les camps de fortune. Et des personnes racisées et opprimées qui allument des feux pour bloquer des rues et dénoncer des injustices.

Deux mille ans ont passé. Le message de l’Homme-Dieu peine à se frayer un chemin jusqu’à l’intime de la conscience. Il faudra encore beaucoup de temps pour comprendre: notre cœur est lent à croire tout ce qu’Il a dit. L’idéal de fraternité est encore défiguré par certains chrétiens aujourd’hui. Ceux-là mêmes qui le suivent de près peuvent Le renier, tout en restant auprès du feu (Mc 14). Quel mystère !

Malgré les incompréhensions et les troubles, ils sont des milliers à trouver l’apaisement en mettant leurs pas dans ceux de cet homme qui, tout disparu qu’il est, continue d’ouvrir le chemin. Ils vibrent aux mots qu’Il a dits et qui produisent en eux beaucoup plus qu’ils osent imaginer. Ils mettent en pratique le peu qu’ils ont saisi du message de Pâques. À savoir que le grand amour, c’est de se donner pour ceux qu’on aime.

Joyeuse fête!

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