L’autre dette du Nouveau-Brunswick

Dans son dernier rapport en tant que vérificatrice générale il y a un peu plus d’un mois, Kim Adair-Macpherson est revenue sur l’enjeu de l’endettement d’Énergie NB.

Le portrait qu’elle brosse est accablant. Comparant la société d’État avec six de ses homologues canadiens, elle note que, toutes proportions gardées, Énergie NB est de loin la plus endettée. Elle souligne également qu’au cours de la dernière décennie, Énergie NB est la seule qui n’a pas été en mesure de générer des recettes suffisantes pour couvrir les intérêts encourus sur sa dette.

À moins d’être assise sur une montagne d’argent, toute entreprise autonome qui ne peut à long terme défrayer les coûts de sa dette va se retrouver en faillite. Bien entendu, Énergie N.-B. n’est pas une entreprise autonome. En tant que société d’État, sa dette est entièrement endossée par son unique actionnaire, la province du Nouveau-Brunswick. En fait, pour réduire ses coûts d’emprunt, le gouvernement provincial emprunte en son nom l’argent dont elle a besoin.

En octobre 2019, Énergie NB a embauché un consultant pour estimer la cote de crédit qu’elle pourrait obtenir en tant que société autonome. Celui-ci a conclu que les obligations émises par Énergie NB seraient alors cotées tout juste un cran au-dessus des titres dits «de pacotille» (en anglais, junk bonds). Compte tenu de l’État lamentable des finances d’Énergie NB, le consultant s’est peut-être montré un peu trop tendre à l’endroit de son client.

Si la situation financière d’Énergie NB, avec sa dette à long terme de quelque 4,3 milliards, a de quoi inquiéter, imaginez-vous ce qui arriverait si on lui ajoutait encore quelques milliards au cours des prochaines années. C’est en somme ce qui va bientôt se passer en raison des travaux de réfection à effectuer sur le barrage hydro-électrique de Mactaquac.

Conçu à l’origine pour une durée de vie utile de cent ans, celui-ci se détériore plus rapidement que prévu. On estime désormais que la structure arrivera à la fin de sa durée de vie utile dans une dizaine d’années. Pour lui permettre de demeurer en fonction jusqu’à son centenaire, en 2068, des travaux de l’ordre de 2,7 à 3,7 milliards de dollars seraient nécessaires. Fait à noter, même si l’on décidait de ne pas effectuer ces travaux, une énorme somme serait tout de même requise pour démanteler la structure et défrayer les coûts d’approvisionnement en électricité pour remplacer la production perdue.

Il est bien connu que le pétrin financier dans lequel se trouve Énergie NB résulte d’un historique de mauvaises décisions d’investissement.

On parle cependant moins souvent du fait que les tarifs électriques au Nouveau-Brunswick sont en général plus faibles que dans bien d’autres provinces (Énergie NB prétend avoir les tarifs les plus bas du Canada atlantique) et que les hausses de tarifs d’Énergie NB au cours de la dernière décennie ont été plus faibles que celles accordées à la plupart de ses pairs.

Aussi désagréable que cela puisse sembler, il y aurait donc une certaine marge pour augmenter les tarifs d’Énergie NB. À son tour, la perspective de tarifs accrus nous rappelle qu’en tant que Néo-Brunswickois, nous sommes collectivement responsables de la dette d’Énergie NB, que ce soit en tant que contribuables ou en tant qu’usagers.

Pour l’instant, le premier ministre Blaine Higgs n’a pas affiché un grand intérêt pour remettre Énergie NB sur les rails et s’assurer de ne pas répéter les erreurs du passé. Cela dit, si jamais il décidait de s’atteler à la tâche, il serait souhaitable qu’il fasse preuve de compassion à l’endroit des moins fortunés parmi nous. Ce principe devrait par ailleurs s’appliquer à l’ensemble de sa gestion des finances publiques du Nouveau-Brunswick.