Des congrès partisans à saveur électorale

Les trois grands partis politiques fédéraux sont en mode remue-méninges ces jours-ci. Après le congrès national du Parti conservateur du Canada il y a deux semaines, ceux des néo-démocrates et des libéraux auront lieu dans quelques jours. Alors que le mot «élections» est sur toutes les lèvres à Ottawa, un coup d’œil aux programmes respectifs de ces conventions nous donne déjà une bonne idée de ce à quoi aura l’air la prochaine campagne.

La convention conservatrice a pris les airs d’un test pour le chef Erin O’Toole, ce dernier faisant face à des problèmes d’unité au sein de son parti. Dans son grand discours, M. O’Toole a mis l’accent sur ses priorités: la sécurité des Canadiens, la création d’emplois, la corruption, et la santé mentale. Et mettant de l’avant ces priorités de court terme M. O’Toole fait le pari que les Canadiens ne veulent pas de changements trop brusques et qu’ils cherchent avant tout à sortir de la pandémie.

Il a aussi insisté que son parti devait changer, notamment en s’engageant à prendre au sérieux les changements climatiques (tout en maintenant qu’il ne soutenait pas la taxe carbone). Malheureusement pour lui, une majorité de ses partisans a fait entendre son désaccord, votant contre une résolution reconnaissant l’existence des changements climatiques. Voilà un beau cadeau pour les adversaires de M. O’Toole, immédiatement mis dans l’embarras.

Pour leur part, les libéraux et les néo-démocrates, à moins d’une surprise, vont avoir beaucoup à faire pour se distinguer les uns des autres, leurs idées étant à ce point semblables. Un virage vert, une relance économique féministe, l’investissement dans les soins de longue durée, la création d’un régime d’assurance-médicaments national, la mise en place d’un revenu de base garanti, le racisme systémique dans les corps policiers et la réconciliation avec les Autochtones sont autant de politiques à l’agenda des deux partis.

Le seul élément sur lequel le NPD détonne des libéraux est sur la question du commerce international et des relations sino-canadiennes, où il se rapproche plutôt des conservateurs. Reste qu’en comparaison avec les conservateurs, on voit auprès de ces deux partis une approche très différente, plus ambitieuse à l’après-COVID. On veut profiter de la conjoncture pour effectuer des changements profonds à l’économie et à l’État-providence canadiens. Reste à savoir si cette approche aura pour effet d’effrayer ou d’inspirer les Canadiens.

Parmi toutes ces propositions de politiques, les langues officielles brillent par leur absence. Aucune résolution présentée par les membres des trois partis ne porte sur le bilinguisme ou la Loi sur les langues officielles. Erin O’Toole, dans son discours, a bel et bien fait sa profession de foi envers la langue française, mais on se rendait compte rapidement qu’il cherchait surtout, comme c’est le cas depuis l’été dernier, à séduire les nationalistes québécois. De toute évidence, il reste du travail à faire pour s’assurer que les langues officielles soient bel et bien un enjeu électoral et qu’elles ne soient pas, encore une fois, reléguées aux oubliettes.