Le maître des mers

Une lettre à l’éditeur dans mon journal local m’a interpellée la semaine dernière. Écrite par un ancien capitaine de pêche de Plaisance, elle avance que ce sont les phoques qui vont décider de l’avenir du Terre-Neuve rural.

Ça m’a d’autant plus secouée que cette même semaine, la France et le Canada annonçaient qu’ils s’étaient entendus pour le quota total de pêche à la morue sur la côte sud de Terre-Neuve et autour de Saint-Pierre et Miquelon, dans la zone du 3PS: 1346 tonnes, soit 50% de moins que l’an dernier dont le quota était lui-même 55% de celui de l’année précédente. Je ne suis pas forte en maths mais ça signifie qu’en deux ans on a coupé l’effort de pêche par plus de 75%.

Pourquoi une telle réduction pour une espèce qui, rappelons-le, avait survécu au moratoire de 1992? Pêches et Océans explique que la morue de cette zone est dans un état critique et que les causes en sont naturelles. On s’en doutait puisque, cette fois-ci, on ne peut pas blâmer les flottes étrangères, elles n’ont pas accès au 3PS! Dans le même temps, quand on consulte l’état de santé d’autres espèces on réalise que le maquereau, le hareng, la plie et le capelan pour ne nommer que celles-là, sont aussi (selon le classement de Pêches et Océans) dans un état «critique», «incertain» ou «préoccupant».

Dans sa lettre, le Capitaine Bartlett explique que des chasseurs de Fleur de Lys, à Terre-Neuve, ont, cette année, trouvé du crabe des neiges en quantité dans l’estomac des phoques. Crabe, morue, hareng, maquereau, capelan, saumon, tout est bon pour se nourrir et l’explosion des stocks de phoques dans notre région – qu’on compte par millions, toutes espèces confondues – doit compliquer considérablement leur quête de nourriture.

Il y a aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, dans notre coin de l’Atlantique, un déséquilibre considérable des espèces marines. En haut de la pyramide, et principal prédateur, se trouve le phoque. C’est un déséquilibre que nous, les humains, avons causé et il menace aujourd’hui, non seulement, les petits ports de pêche de ma province mais ceux de toute notre région Atlantique et, avec, tout un écosystème.