Une histoire d’exil et d’amitié

Le Festival Frye approche à grands pas. Voici donc la première d’une série de chroniques consacrée en partie à des ouvrages d’écrivains invités au festival. Tout d’abord le merveilleux roman de Melchior Mbonimpa suivi d’une nouveauté musicale signée par la Franco-manitobaine Jocelyne Baribeau.

Au sommet de Nanzerwé il s’est assis et il a pleuré, Melchior Mbonimpa

Ce septième roman de l’écrivain de l’Ontario, d’origine burundaise, raconte l’histoire de deux demi-frères et amis, Mupagassi et Gassongati, qui fuient leur pays sur le point d’être ravagé par la violence ethnique. Ne se sentant plus en sécurité, Mupagassi, qui a appris un terrible secret, entraîne son frère sur la route de l’exil.

Ce récit de nature philosophique se déroule quelque part dans l’Afrique des Grands Lacs. Contraints à vivre dans un camp de réfugiés, ils tenteront tant bien que mal de composer avec leur nouvelle réalité. Le camp d’Ulyankulu ressemble à une prison à ciel ouvert, un trou chaotique où les habitants s’ennuient à mourir. Petit à petit, une sorte de vie s’installera grâce au sport, aux travaux agricoles, à l’école en plein air et à l’arrivée de travailleurs humanitaires. Ils feront alors des rencontres déterminantes, dont un précieux allié, Karagata, un albinos.

Devenu capitaine, l’aîné Gassongati choisira la lutte armée afin d’essayer de reconquérir son pays d’origine, tandis que son frère ira s’établir au Canada afin de poursuivre ses études et fonder une famille. Ce dernier part avec l’idée de ne plus jamais revenir, mais la vie en décidera autrement. Les deux frères se retrouveront lors de négociations pour un cessez-le-feu et le retour de la paix dans leur pays qui depuis plusieurs années est aux prises avec une guerre civile. Mupagassi reviendra dans sa région natale où il refera le chemin qui le menait à son école en passant par le mont Nanzerwé.

Ce récit qui s’étend du début des années 1960 à nos jours aborde des thèmes contemporains et universels tels que l’amitié, l’amour, la loyauté, l’éducation, la filiation, l’importance de la mère et le métissage culturel dans un monde parfois très cruel. Si au départ, j’ai eu un peu de difficulté à plonger dans l’histoire, au fil des pages, je me suis laissée emporter par ce récit fabuleux. C’est bien raconté avec sensibilité, sans tomber dans le sensationnalisme ou la complaisance. Ce que j’ai aimé aussi c’est que cette histoire nous fait voyager en mettant en scène des personnages des quatre coins du monde.

À travers ce récit qui s’appuie sur une connaissance profonde des réalités africaines, l’auteur propose plusieurs pistes de réflexion sur les injustices, les conflits, les deuils et les inégalités. Si le récit nous expose à des réalités difficiles, il reste que la beauté et la lumière se pointent à plusieurs reprises comme en témoigne cet extrait: «En constatant que la majorité des objets symboles du pays présentés par les participants étaient des œuvres d’art, il avait compris que malgré la laideur de l’histoire immédiate de son peuple, au-delà des massacres, des deuils impossibles et des destructions de toutes sortes, ses compatriotes parvenaient à associer la pays à la beauté…». (Éditions Prise de Parole, 2020) ♥♥♥½

L’écrivain Melchior Mbonimpa. – Gracieuseté: Rachelle Bergeron

Portraits, volume 1, Jocelyne Baribeau

Connue en Acadie comme la moitié du duo Beauséjour qu’elle forme avec Danny Boudreau, Jocelyne Baribeau est une auteure-compositrice-interprète manitobaine qui se distingue sur la scène musicale country au pays. Elle vient tout juste de faire paraître une nouvelle collection de six chansons sous la forme d’un mini disque.

«Avant le lever du jour, trouverons-nous un peu de paix, une miette d’amour», chante celle qui chausse ses bottes de cowboy avec conviction. Une voix solide, puissante, riche en nuances qui évoque les grands espaces des plaines. Elle est authentique, assumée et son country énergique est teinté de diverses influences: traditionnel, blues, rock, folk. Les amateurs de country seront assurément conquis par le talent indéniable de cette artiste.

Dans ce premier volume de Portraits, elle a été inspirée par ses moments d’isolement et de recul pour aller au plus profond d’elle-même et présenter sa vision de la vie. Pour réaliser cet album, elle s’est entourée de plusieurs musiciens, dont la violoniste américaine Jenee Fleenor qui apporte une couleur particulière à l’univers musical de Jocelyne Baribeau. Ce volume très réussi est le premier volet de deux à sortir en 2021. ♥♥♥