Nomadland: un dépaysement qui fait beaucoup de bien

Gagnant du Lion d’or à Venise, du prix du public à Toronto, du Golden Globe du meilleur film et nominé pour six Oscars, Nomadland est débarqué sur Disney+ vendredi avec une feuille de route extrêmement enviable. Une liste d’accolades parfaitement méritée pour ce film qui donne envie de s’extirper de la normalité.

En 2011, une usine de gypse du Neveda a fermé ses portes, entraînant l’exode de pratiquement tous les citoyens de la ville d’Empire.

Fern (Frances McDormand), une femme dans le début de la soixantaine, travaillait à l’usine en question, tout comme son mari, qui est décédé quelque temps après la fermeture.

Dépourvue d’économies et incapable de vendre sa résidence, Fern prend donc la route à bord d’une camionnette – sa nouvelle maison.

Elle passe d’un petit boulot saisonnier à l’autre, faisant au passage des rencontres, certaines éphémères, d’autres durables et marquantes.

Fern parviendra-t-elle à s’épanouir et à survivre grâce à ce mode de vie marginal?

Atypique

Nomadland est un road movie, mais pas un road movie comme les autres.

Pas de course contre la montre, ici. Pas de tentative de s’échapper de la police. Pas de parcours parsemé d’embuches pour se rendre du point A au point B.

Lente, contemplative et magnifique, l’oeuvre de Chloé Zhao (The Rider) se compare beaucoup plus à Into the Wild (2007) et The Motorcycles Diaries (2004) qu’aux grands classiques commerciaux du genre comme Badlands (1973), Easy Rider (1969), Midgnight Run (1988), Smokey and the Bandit (1977) ou Thelma & Louise (1991), notamment.

Nomandland est ce genre de film où le voyage est plus important que la destination.

C’est une réflexion sur la place qu’occupe le travail dans notre vie et sur ce système qui fait qu’un humain passe les meilleures années de sa vie à se tuer à l’ouvrage en espérant être assez en santé pour pouvoir profiter de sa retraite.

C’est aussi un émouvant essai sur la valeur de l’amitié, l’instinct de survie et la débrouillardise.

Oscarisée pour Fargo (1997) et Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (2018), McDormand pourrait devenir, le 25 avril, la quatrième femme à soulever le prestigieux trophée pour une troisième fois. Son interprétation de la très simple Fern est vivifiante.

Nomadland n’est peut-être pas le meilleur divertissement. Mais, en ces temps difficiles, c’est un bienvenu dépaysement qui a le mérite d’ébranler les idées convenues.

(Quatre étoiles sur cinq)

 

Run: simple, intense, efficace

Sarah Paulson et Kiera Allen dans une scène de Run (Netflix). – Gracieuseté

Envie de passer 90 minutes en compagnie de deux excellentes comédiennes dans ce qui est un des meilleurs suspenses des dernières années? Je vous conseille très fortement Run (Netflix).

En raison de divers problème de santé, dont une paralysie des jambes, Chloe Sherman (Kiera Allen) est scolarisée à la maison par sa mère, Diane (Sarah Paulson).

Brillante, déterminée et positive, l’adolescente espère être acceptée dans une université, ce qui la forcerait à quitter le nid familial.

Un jour, en fouillant dans les achats récents de sa mère, Chloe découvre un médicament dont elle ignore tout.

Elle tente d’en apprendre davantage en secret, mais elle réalise qu’elle est totalement à la merci de sa mère: elle ne sort jamais de la maison, elle n’a pas d’amis et elle n’a pas accès a internet.

Chloe commence alors à douter des bonnes intentions de sa mère. Se pourrait-il que celle-ci n’aille pas son mieux-être à coeur?

Un clone de Misery?

À la lecture du résumé, vous avez peut-être l’impression d’avoir affaire à un clone du film culte Misery (1990).

J’avoue avoir eu la même préoccupation. À tort. Si certains éléments du film d’Aneesh Chaganty (la scénariste de l’excellent Searching) ressemblent à ceux de l’adaptation du bouquin de Stephen King, l’ensemble a sa propre personnalité.

Chaganty est d’ailleurs consciente de la proximité entre le récit des deux films. Elle fait deux magnifiques clins d’oeil à l’oeuvre de King dans son film, citant anecdotiquement la ville fictive de Derry, au Maine, en plus de nommer un de ses personnages Kathy Bates (nom de l’actrice qui jouait la tortionnaire dans Misery!).

Un suspense intense

Run n’est pas Misery, donc. C’est plutôt un suspense vraiment intense qui, après un deuxième acte assez prévisible, prend une tournure totalement inattendue à la 60e minute.

On pénètre alors de plain-pied dans le cauchemar de Chloe et dans la folie assumée de sa mère. C’est extrêmement troublant. Au point qu’on en oublie par moment de respirer…

Minimaliste dans son récit et ses décors, le film repose entièrement sur les épaules de Paulson et d’Allen – qui, dans la vie, se déplace réellement en fauteuil roulant.

La jeune femme est une révélation. Son jeu la rend si attachante et vulnérable qu’il est impossible de ne pas souhaiter qu’elle s’en sorte.

Paulson est tout aussi bonne, mais dans un tout autre registre. Elle interprète une manipulatrice dérangée avec un visage de marbre qui ferait l’envie des meilleurs joueurs de poker.

Simple, intense et efficace, Run est ce genre de film qui hante les esprits pour un bon petit bout de temps…

(Quatre étoiles sur cinq)