Nouvelle-Hollande: la phase «orange» de l’Acadie

L’Acadie, on le sait bien, a changé de mains à plusieurs reprises entre la France et l’Angleterre. Mais une autre puissance d’Europe en a pris – brièvement – le contrôle: la Hollande. En 1674, un capitaine aventurier du nom de Jurriaen Aernouts, va facilement se saisir des postes français et des dirigeants d’Acadie et tout détruire sur son passage. Mais la «conquête» sera de courte durée. En fait, ce sont les autorités du Massachusetts qui vont chasser l’occupant hollandais.

Cette entreprise n’est pas une affaire d’État mais bien d’un homme, Jurriaen Aernouts (parfois Aernoutsz), capitaine de marine basé à Curaçao, petite île des Antilles, près du Venezuela. Contrôlée par la Hollande, ou plus précisément les Provinces-Unies, l’île était alors une plaque tournante des corsaires et des marchands néerlandais. La traite des esclaves y était très active.

En 1672, éclate la Guerre de Hollande, opposant principalement les Provinces-Unies à la France et à l’Angleterre. En 1673, une flottille hollandaise provenant des Antilles remonte l’Atlantique. Le 9 août, les Hollandais reprennent New York qu’ils avaient fondée en 1624, sous le nom de Nouvelle-Amsterdam, et perdue aux mains des Anglais en 1664. Cette fois, les Hollandais lui donnent le nom de «Nouvelle-Orange», du nom du maître des Provinces-Unies, Guillaume III, futur roi d’Angleterre, et qui portait le titre de «prince d’Orange».

L’année suivante, Aernouts reçoit – ou dit avoir reçu – du gouverneur de Curaçao une commission, au nom du prince d’Orange, lui donnant l’autorité «de piller et spolier les ennemis de la Hollande». À bord de son navire, le Cheval Volant, il arrive à New York, devenue Nouvelle-Orange, où il apprend que la paix a été conclue entre son pays et l’Angleterre. Celle-ci récupère définitivement New York.

Plus question alors d’attaquer les Anglais. Mais la guerre n’est pas finie avec la France. Or, Aernouts fait la rencontre de John Rhoades, de Boston, aventurier et pirate accompli, qui lui parle d’un territoire français situé au nord des colonies anglaises, nommée l’Acadie.

John Rhoades y a déjà séjourné pour marchander. Il connaît le pays et le sait mal défendu. Aernouts y voit une occasion en or. Il s’entend avec Rhoades qui prête serment d’allégeance au prince d’Orange et qui lui servira de pilote. Les deux hommes préparent l’expédition.

La «conquête» hollandaise de l’Acadie

En août 1674, Aernouts et Rhoades, accompagné d’une centaine d’hommes, remontent la côte. Leur première cible est le fort de Pentagouet (maintenant Castine, Maine), qui fait alors office de capitale de l’Acadie, avec la présence du gouverneur Jacques de Chambly.

Chambly et son lieutenant, le baron de Saint-Castin, ne peuvent cependant offrir qu’une faible défense avec seulement 30 ou 40 hommes, incluant des habitants. L’attaque se solde par plusieurs morts du côté français. Chambly est sérieusement blessé, ayant reçu plusieurs balles. Aernouts et sa bande brûlent le fort et détruisent les maisons qui l’entourent.

Affiche marquant l’endroit où Jurriaen Aernouts a enterré une bouteille, au fort Pentagouet (Castine, Maine), lors de son attaque en 1674, afin d’officialiser la possession hollandaise de l’Acadie. – Archives

Le Cheval volant poursuit sa route vers le nord. D’autres postes français sont attaqués et pillés. Évitant Port-Royal, l’expédition longe la rive ouest de la baie Française (baie de Fundy), remonte la rivière Saint-Jean jusqu’à Jemseg, où se trouve un fort commandé depuis un an par le sieur Pierre de Joybert de Soulanges et de Marson. Celui-ci ne fait pas le poids non plus et se rend.

Joybert et Chambly sont faits prisonniers. Aernouts restera un mois en Acadie qu’il renomme «Nouvelle-Hollande», avant de retourner à Boston avec ses prisonniers. Chambly a eu par contre le temps de confier une lettre à Saint-Castin qui l’apporte au gouverneur Frontenac à Québec à travers les bois. Frontenac enverra des hommes constater la situation en Acadie et ramener à Québec les occupants du fort Jemseg, dont la femme et les enfants du commandant Joybert. Frontenac paiera aussi la rançon demandée pour les deux hommes, mais ceux-ci ne seront libérés que l’année suivante. À la même occasion, Frontenac se plaint vertement au gouvernement du Massachusetts pour cette action «malveillante» contre l’Acadie, alors que l’Angleterre et la France sont en paix.

Aernouts part, mais la mainmise hollandaise se poursuit

De son côté, Aernouts vend à Boston les fruits de ses pillages, dont même un canon qu’il a ramené du fort Pentagouet. Puis, il retourne à Curaçao en octobre, confiant à Rhoades la mission de retourner en Acadie afin de maintenir le territoire en possession hollandaise.

Les marchands du Massachusetts qui étaient interdits de séjour en Acadie par les autorités françaises voient dans cette nouvelle situation une occasion de reprendre les affaires dans la région, surtout qu’ils considèrent que cette «conquête» a été rendue possible avec l’aide de leur colonie.

Mais Rhoades ne l’entend pas ainsi. Il défend farouchement son autorité sur le territoire. Son groupe attaque et pille quatre navires du Massachusetts. Les propriétaires se plaignent aux autorités coloniales. Le gouverneur envoie une expédition armée qui détruit les postes de traite de Rhoades, capture celui-ci et ses compagnons qui seront emprisonnés à Boston.

Fin de l’Acadie orange

Rhoades et quelques autres subissent un procès pour piraterie et sont condamnés à la pendaison. Ils sont cependant graciés par la suite et contraints de quitter la colonie.

Pendant que la France profite du départ de Rhoades pour reprendre tranquillement le contrôle de l’Acadie, la Hollande va vainement continuer à la revendiquer. Elle nomme même un gouverneur, Cornelius Steenwyck, marchand prospère de New York et ancien maire de la ville en période anglaise.

Steenwyck organise une expédition afin de reprendre Pentagouet, mais celle-ci se fait bloquer la route par trois navires anglais de Boston. En 1678, la Hollande abandonne toute prétention sur l’Acadie qui pourra retourner à son ballottage traditionnel entre la France et l’Angleterre.