Pour les croyants, Pâques est un baume en cet hiver pandémique, un feu dans la nuit. Lors de la Veillée Pascale, nous avons prié pour l’Église d’Edmundston, privée de célébrations communautaires encore cette année. En espérant que la lumière s’est frayé un chemin, je reprends ici des extraits de ma méditation du premier dimanche de Pâques.

«Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil.» (Marc, ch.16) Voilà le plus ancien récit de ce premier matin historique. L’évangéliste Marc est le premier à avoir rassemblé les souvenirs des témoins du tombeau vide. C’est ainsi qu’on se souvenait.

Cela a donc commencé par la venue de femmes au tombeau. Comment en être surpris? Ce sont les femmes qui sont là lorsque la mort survient: elles veillent et accompagnent jusqu’au bout. Elles sont là aussi au commencement de toute vie. Elles ont un lien particulier avec la mort et la vie.

U U U

Les femmes, essentielles dans les récits de résurrection. Essentielles aussi dans nos vies.

Elles sont toutes des travailleuses essentielles.

Celles qui dénoncent et qu’on cherche parfois à faire taire.

Celles qui, aujourd’hui encore, gagnent moins que les hommes.

Celles qui doivent faire le travail que personne d’autre ne veut faire.

Celles qui tiennent leurs enfants dans leurs bras, à bout de bras.

Celles qui sont sous-représentées aux postes décisionnels du monde politique, religieux et économique.

Celles qu’on assassine. Les féminicides ne se passent pas seulement chez nos voisins. J’ai présidé récemment, avec tristesse et consternation, les funérailles d’une jeune mère retrouvée morte, violentée.

Les femmes étaient là au pied de la croix, alors que les disciples avaient fui. Elles sont aussi là au matin du premier jour de la semaine, dès le lever du soleil. Les pas sont lourds, mais les cœurs sont ardents parce que remplis d’espérance: elles ne peuvent se résigner et elles cherchent l’invraisemblable. Elles demandent aux gardes «Avez-vous vu Celui que mon cœur aime?» (Ct 3, 5).

Elles Le trouvent là où elles ne l’attendaient pas.

Grâce à ces femmes, la Bonne Nouvelle s’est rendue jusqu’à nous. Grâce à celles-là qui furent les premières. Mais aussi grâce aux autres qui ont marché dans leurs traces.

Hommage à celles qui ont donné leur vie pour ne pas compromettre le message. À celles qui ont raconté l’histoire à leurs enfants et à leurs petits-enfants en les berçant. À toutes les Pélagie qui ont mis la Bible et les livres de prières dans leur charrette autant que dans leurs cœurs. Aux Mathilda, Claudette et Audrey qui en ont entraîné d’autres avec elles dans leurs combats pour la justice. Aux Irène Léger, Marie-Esther et Edna Hébert qui, même sans être mère, ont laissé une belle descendance. Hommage à toutes ces Linda, Denise, Julie, Sarah et aux autres qui donnent chair aux paroles et aux gestes de Jésus.

Les femmes nous apprennent que nous sommes aimés et aidés au-delà de nos faiblesses. Elles montrent l’accueil inconditionnel en le pratiquant. Elles nous poussent à aimer à notre tour, même celui qui déçoit. Elles connaissent le secret de la vie plus forte que la mort, de la vie qui se révèle dans les épreuves.

Elles savent que c’est souffrant de faire advenir la vie: elles connaissent les larmes et les joies de l’enfantement. Elles savent tout de cette expérience, alors que nous les hommes, nous n’en savons rien.

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Pâques! Fête de la vie humaine que nous devons tous à une femme: notre mère. Fête de la vie éternelle que nous devons au premier-né d’entre les morts: Jésus.

Mon souhait pour la cinquantaine pascale: que nous puissions accueillir en nous la paix et la joie du Ressuscité. Chérir ces réalités d’évangile précieusement, comme une femme porte un enfant, pour pouvoir ensuite les donner à un monde qui en a tant besoin.

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