Des œuvres à découvrir au Festival Frye

L’envie de voyager vous tenaille… voici deux œuvres qui explorent le monde. Je vous propose le roman étonnant de Laurent Binet qui imagine autrement la conquête de l’Europe, suivi du souffle poétique de Félix Perkins qui explore à sa façon de nouveaux territoires.

Civilizations, Laurent Binet

Si on réinventait l’histoire du monde… C’est un peu ce que s’est imaginé l’auteur français Laurent Binet avec ce roman. Véritable épopée présentée un peu sous la forme de chroniques historiques, ce récit est fabuleux. Pas surprenant qu’il ait remporté le grand prix du roman de l’Académie française. Une œuvre qui nous fait voyager tant sur la planète que dans le temps. On part de la Norvège pour se rendre au Groenland en suivant les côtes de l’Amérique jusqu’au Pérou et l’île de Cuba pour revenir en Europe où l’on traverse différentes villes.

Dans cette reconstruction historique qui allie fiction et réalité, l’auteur revisite les conquêtes du monde au tournant du 16e siècle. Que serait-il arrivé si Christophe Colomb avait échoué dans sa mission pour découvrir l’Amérique et que les Incas avaient traversé l’océan pour devenir les maîtres d’une bonne partie de l’Europe et instaurer leur empire du Soleil? Ce qui est merveilleux avec ce récit, c’est qu’il repose sur des lieux et des acteurs marquants de l’histoire, mais dont l’auteur a transformé leur parcours. On se transporte dans une époque bouillonnante où les religions croisent le fer. C’est aussi une période marquée par les conflits de pouvoir et les guerres nombreuses. La cruauté est parfois sans égal.

L’histoire commence avec les Norvégiens sous la gouverne d’Érik le rouge qui débarque sur les côtes du Groenland. Sa fille Freydis, éprise aussi par le goût du voyage, mettra le cap sur le sud. Avec sa flotte, elle longera les côtes jusqu’à Cuba pour terminer son périple au Pérou. Le second segment est consacré au récit de Christophe Colomb qui découvre les Antilles en 1492, mais qui n’arrive pas à rejoindre l’Espagne de nouveau.

La troisième partie, plus imposante et palpitante, relate l’épopée d’Atahualpa. Contrairement à l’histoire, ce chef inca perd la guerre contre son frère. Il sera donc poussé à quitter les côtes de l’Amérique du Sud pour se rendre en Europe. Avec ses trois vaisseaux et 200 personnes, tout au plus, il débarque d’abord à Lisbonne au Portugal. D’événement en événement plus étonnant les uns que les autres, il arrive à s’imposer comme chef d’un empire qui prend le nom de Cinquième Quartier. Puis viendront les Mexicains qui, à leur tour, voudront conquérir ce territoire.

Au-delà des conquêtes, ce livre suscite des réflexions sur les religions, le métissage culturel, les iniquités, la justice, le pouvoir. Les descriptions sont remarquables. On a presque l’impression d’y être. Si parfois, on a le sentiment d’être un peu perdu dans tous ces lieux et ces personnages, il reste que l’aventure en vaut vraiment la peine. J’ai été captivée.

Un entretien avec Laurent Binet est présenté au Festival Frye, le 17 avril en après-midi. Civilizations est son cinquième ouvrage. (Éditions Grasset, 2019). ♥♥♥♥

Boiteur des bois, Félix Perkins

Premier recueil de poésie de l’auteur de Saint-Hilaire près d’Edmundston, Boiteur des bois nous propose un long poème qui se traverse un peu comme un sentier en forêt. C’est une sorte de métaphore de la vie. Jonché de doutes et de questionnements, le parcours n’est pas toujours facile. Tel un «boiteur», le personnage se bute à des obstacles avant de reprendre sa route. «Avec ce recueil, c’est un peu comment on s’enfarge dans la vie, quand on prend des décisions, on se plante et on se revire de bord pour faire autre chose. On essaie d’avancer, même si on trébuche un peu partout», souligne le poète de 19 ans.

Amoureux de la nature, il se voit d’ailleurs un peu comme ce «boiteur» des bois. Il confie qu’il aurait aimé être un genre de coureur des bois. Ce recueil est aussi une sorte de quête de soi et identitaire pour le poète aux héritages culturels divers: wendat, espagnol, italien et québécois. Ses origines influencent son écriture.

Il est venu à la poésie par le rap. C’est cette musique qui lui a donné l’étincelle pour se lancer. Aussi musicien à ses heures, il cherche à donner un rythme à sa poésie. Pour l’écriture, il a été accompagné de l’auteur Sébastien Bérubé qui a agi comme mentor. En écrivant ses textes, il avait l’image du trappeur dans le film Jeremiah Johnson avec Robert Redford. Félix Perkins qui est le fils du romancier Philippe Perkins, participe de façon virtuelle au Salon du livre d’Edmundston et au Festival Frye. Il sera de la soirée Prélude vendredi soir. (Éditions Perce-Neige, 2020). ♥♥♥

Félix Perkins. – Gracieuseté