300 films plus tard: la crème de la crème

En voyant Nomadland il y a une dizaine de jours, votre dévoué serviteur a atteint un plateau pas banal: il a vu un 300e film à titre de chroniqueur.

Trois cent films depuis septembre 2015, ça équivaut à 600 heures d’écoute, soit l’équivalent de 25 jours consécutifs devant un écran!

Si on ajoute la recherche, la mise en page, la rédaction, la correction et la mise en ligne, on atteint le cap des 60 jours de travail!

Sachez de plus qu’à ces 300 films s’en ajoutent au moins 250 autres que j’ai regardé pour mon plaisir, en guise de recherche ou dans le cadre de ma chronique Votre télé sur le net.

Bref, le cinéma occupe une place prépondérante dans ma vie et j’ai pensé profiter de ce moment pour prendre un peu de recul et revenir sur les 10 films qui m’ont le plus fait vibrer à titre de chroniqueur.

En espérant vous convaincre de voir ou de revoir un de ces bijoux!

1) The Revenant (2015)
Parce que c’est plus compliqué et donc plus coûteux, peu de cinéastes nord-américains filment à la lumière naturelle. Alejandro G. Iñárritu l’a fait dans ce chef-d’oeuvre et la cinématographie est absolument sublime. Ajoutez à cela le magnifique décor des Rocheuses canadiennes, une histoire poignante, une attaque d’ours devenu culte et un Leonardo DiCaprio au sommet de son art et vous avez là, à mon sens, le meilleur film des six dernières années. À la fois film de répertoire et oeuvre à grand déploiement, ce récit d’un coureur des bois blessé et assoiffé de vengeance frôle la perfection.

2) Manchester by the Sea (2016)
Si The Revenant est un film cartésien, Manchester by the Sea, lui, repose entièrement sur les émotions qu’il nous fait vivre. C’est l’histoire d’un homme dépressif forcé de prendre soin de son neveu, dont le père vient de mourir. Casey Affleck nous offre une des grandes performances de la décennie dans le rôle d’un homme écrasé par un immense sentiment de culpabilité. Cette brillante oeuvre de Kenneth Lonergan est de loin celle qui m’a le plus affecté émotionnellement.

3) Arrival (2016)
La première fois que j’ai vu ce chef d’oeuvre de Denis Villeneuve, j’ai été happé par la qualité et l’intelligence de son récit. Arrival est assurément le film d’extra-terrestres le plus humain depuis E.T. (1983). Lors de mon second visionnement, c’est la qualité des images qui m’a impressionné. Un film – tourné dans le Bas-Saint-Laurent – puissant, qui pose un dilemme insoluble devant lequel il est totalement impossible de rester indifférent.

4) Parasite (2019)
Drôle et sérieux, puissant et léger, Parasite nous montre la relation symbiotique que développent deux familles sud-coréennes, l’une riche, l’autre pauvre. C’est ce rare type de films qui transcende efficacement les genres. Est-ce une comédie dramatique? Une satire? Un film d’horreur? C’est tout cela… et bien plus. Le réalisateur Bong Joon Ho nous a concocté une critique sociale totalement décadente qui illustre à merveille la lutte des classes. Une version intelligente et raffinée des Bouguon.

5) Au revoir là-haut (2017)
Ce drame d’Albert Dupontel mérite sa place dans ce palmarès, ne serait-ce que pour m’avoir fait découvrir les écrits de Pierre Lemaître, un des grands écrivains français de notre époque. Dupontel nous offre un film visuellement et émotionnellement magnifique dans lequel deux anciens combattants, dont un a été défiguré au front, tentent de se venger à leur façon d’une société qui refuse d’honorer leur sacrifice. Personne au monde ne fait du cinéma poétique (dans ses thèmes et ses images) comme les Français et Au revoir là haut en est la preuve ultime.

6) Antigone (2019)
Même si mes fonctions de chroniqueurs m’obligent à voir chaque film avec détachement, il m’arrive d’être ébranlé. Et le film québécois Antigone est peut-être celui qui m’a le plus secoué. Tournée de main de maître par Sophie Deraspe, cette interprétation moderne du classique de la mythologie grecque nous plonge dans le choix assumé d’une adolescente immigrée montréalaise qui souhaite se faire emprisonner à la place de son frère, menacé de déportation. Poignant et porté par une performance mémorable de la nouvelle venue Nahéma Ricci, Antigone demeure à ce jour le meilleur film québécois depuis Incendie.

7) The Post (2017)
Le journaliste en moi a sûrement un gros mot à dire sur le fait que ce film de Steven Spielberg se retrouve dans ce classement. Après tout, par le biais du scandale des Panama Papers, le cinéaste nous rappelle de façon éloquente à quel point le journalisme est nécessaire en cette époque où les fausses nouvelles se propagent plus vite que la vérité. C’est aussi difficile de ne pas aimer une oeuvre qui met en vedette Tom Hanks et Merryl Streep – probablement les deux plus grands comédiens de leur génération.

8) Cheval indien (2018)
Qu’une chose soit claire: ce film canadien ne remportera jamais de prix majeur de création ou d’interprétation. Sa puissance est ailleurs… C’est l’histoire de Saul, un Autochtone qui a grandi dans les horribles pensionnats mis sur pied par le gouvernement fédéral. Le jeune homme portera toute sa vie le fardeau des abus qu’il y a subis, au point de l’empêcher de faire carrière dans un sport où il excelle: le hockey. Véritable film coup de poing, Cheval indien nous conscientise sur l’impact qu’ont eu les pensionnats autochtones sur plusieurs générations de familles des Premières Nations. Je considère qu’il s’agit de l’oeuvre la plus importante et nécessaire que j’ai vue dans ma vie de cinéphile.

9) Only the Brave (2017)
J’écrivais qu’Antigone et Manchester by the Sea m’avaient ébranlé. C’est la même chose avec Only the Brave, du réalisateur Joseph Kosinski. C’est l’histoire de pompiers spécialisés dans les incendies de forêt qui, un jour, se retrouvent coincés du mauvais côté d’un gigantesque brasier. Chaque fois que je pense à la fin, je deviens très émotif. Doublement quand je me rappelle qu’il s’agit d’un film tiré d’une histoire vraie. Grâce au jeu de Josh Brolin, Miles Teller et Jeff Bridges, vous ressentirez un respect renouvelé pour les combattants du feu.

10) Rogue One: A Star Wars Story (2016)
C’est mon classement et le fanatique de Star Wars en moi a donc le droit d’y inclure ce que je considère être le meilleur film de la saga tourné depuis 1980. Pas convaincu? Je vous mets au défi de trouver, dans les dix autres films de la franchise, 50 minutes consécutives plus émouvantes, haletantes et mieux tournées que les 50 dernières de Rogue One. J’ai essayé et je n’ai pas réussi. Ce film de Gareth Edwards est un bijou sous-estimé du cinéma de science-fiction. n