Chine-Canada, par où la sortie?

Tout a basculé entre le Canada et la Chine lorsque, en décembre 2018, la police canadienne a arrêté à Vancouver la directrice financière de la compagnie chinoise des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou, alors qu’elle changeait d’avion à destination du Mexique.

Le gouvernement américain l’accuse de fraude pour avoir prétendument conspiré pour induire en erreur plusieurs banques entre 2009 et 2014. En apparentes représailles, les autorités chinoises ont alors pris des mesures spectaculaires.

Neuf jours après l’arrestation de Meng, et seulement deux jours après avoir averti le Canada, ils ont arrêté deux citoyens canadiens en Chine, le diplomate Michael Kovrig et l’homme d’affaires Michael Spavor, accusés de mettre en danger la sécurité nationale de la Chine.

La Chine bloquera également les expéditions de canola, de porc, de bœuf, de pois, de soya et d’autres produits canadiens. Le premier ministre Justin Trudeau cherchera généralement à éviter de prendre des mesures qui pourraient aggraver la situation.

Trudeau annulera toutes les initiatives ministérielles qui pourraient irriter la Chine. Une décision fédérale sur la compagnie de technologie mondiale chinoise, Huawei, dans le développement du système 5G du Canada, restera ainsi «à l’étude» pendant trois ans, alors même que certains des alliés canadiens l’ont déjà rejetée.

Les choses ont changé depuis les élections de l’automne 2019 qui ont donné un gouvernement minoritaire aux Libéraux. Les autres partis politiques ont travaillé ensemble pour contraindre le Parlement à former un Comité spécial sur les relations Canada-Chine.

En outre, le sous-comité des Droits de l’homme de la Commission parlementaire des affaires étrangères et du commerce international a entrepris un examen du sort des Ouïghours et d’autres musulmans turcs en Chine.

Son rapport, auquel la presse canadienne a donné un large écho, documente «les crimes contre l’humanité, y compris la stérilisation forcée, la séparation des familles, la détention dans les camps de concentration, le travail forcé, les disparitions forcées et l’interdiction des pratiques religieuses».

Le sous-comité a qualifié les actions de Pékin de «génocide». Position partagée par l’envoyé spécial du Premier ministre pour la préservation de la mémoire de l’Holocauste, l’ancien ministre de la Justice Irwin Cotler, qui appelle à des sanctions. Plus de 50 experts mondiaux des droits de l’homme l’ont appuyé.

Le 22 février, le Parlement canadien adoptait une motion non contraignante qualifiant de «génocide» les actions de la Chine contre la minorité ouïgoure dans le Xinjiang. Le gouvernement libéral s’était abstenu de voter cette motion introduite par le porte-parole du Parti conservateur en matière d’affaires étrangères, Michael Chong, et approuvée par les autres partis (266-0).

Le 22 mars, le Canada se joignait aux États-Unis, au Royaume-Uni et à l’Union européenne pour sanctionner quatre fonctionnaires et une organisation en réponse aux allégations de violations des droits de la personne commises par la Chine dans le Xinjiang.

En réponse, la Chine a sanctionné des organisations et des individus de l’UE, du Royaume-Uni, des États-Unis et du Canada. Elle a évité les ministres canadiens, sanctionnant de préférence le Sous-comité des droits de la personne ainsi que le député Michael Chong.

Une Déclaration plus tôt cette année du gouvernement canadien condamnant la détention arbitraire dans les relations d’État à État a rallié l’adhésion de 61 pays. De même, les diplomates de huit autres pays se sont mobilisés avec ceux du Canada à l’extérieur du palais de justice où Michael Spavor étaient jugés récemment en Chine.

Quelques jours plus tard, les diplomates de 23 pays se tenaient coude à coude avec les diplomates canadiens à l’extérieur du palais de justice pour le procès de Michael Kovrig.

Le 11 avril, on apprenait que le gouvernement canadien tentait de bloquer une initiative du très influent Forum sur la sécurité d’Halifax qui a décerné à la président taïwanaise Tsai Ing-wen son Prix John McCain pour le leadership dans la fonction publique. La politique d’«une seule Chine» reconnue par le Canada lui interdit d’avoir des relations officielles avec Taïwan.

Peut-on espérer un dénouement dans l’impasse juridico-diplomatique entre le Canada et la Chine? Mardi, l’ambassadeur de Chine au Canada, Peiwu Cong, et Pierre-Marc Johnson, ancien premier ministre du Québec, ont échangé dans le cadre d’une conférence organisée par le Conseil des relations internationales de Montréal.

Intitulé «Relations Chine-Canada, quelle voie suivre?», les médias ont noté que la courtoisie entre les deux conférenciers n’a pas empêché l’événement de tourner au dialogue de sourds, s’agissant en particulier des arrestations de Meng Wanzhou et des deux «Michael».

Il est clair que le mécontentement de la Chine résulte du sentiment qu’Ottawa a agit d’une manière inamicale et hostile envers Pékin, au profit des États-Unis.

Si tel paraît être le problème fondamental, cela suggère que la meilleure façon de le résoudre serait une négociation triangulaire, impliquant les États-Unis, la Chine et le Canada.