La paix est fragile. Dans nos vies, mais aussi entre nous. Les derniers mois ont montré les difficultés d’une coexistence pacifique avec les Premières Nations, avec les populations racisées, avec les complotistes, avec ceux qui ont une autre manière que soi de voir le monde. La paix est un défi. C’est aussi un souhait.

Nous avons parfois été déçus par des nouvelles annonçant la paix qui se sont avérées être sans lendemains. Lorsque nous entendons des bonnes nouvelles, nous avons peine à y croire: des filtres s’activent dans notre cerveau pour trouver les failles et s’assurer que ce n’est pas qu’un feu de paille. Nous devenons sceptiques.

Dans ce contexte, difficile d’annoncer Pâques. Et de souhaiter les réalités inhérentes à la fête. Au soir de Pâques, le Ressuscité n’a qu’un souhait pour ses disciples: la paix. Jamais Il ne veut les inquiétudes, la peur ou les soucis. Huit jours après Pâques, Il ne fait pas de reproche à Thomas sur son incrédulité, il l’invite plutôt à croire et lui souhaite la paix du cœur. En ce troisième dimanche de Pâques, c’est encore le don de la paix qui ressort de l’évangile.

 

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La paix est le plus beau cadeau à faire. À se faire. Pour y arriver, le chemin à prendre est celui de la réconciliation. Avec les autres d’abord: avec ceux qui nous ont blessés ou déçus. Se réconcilier avec toutes les dimensions de sa personne: accepter les pages ombrageuses de la vie qui viennent mettre en valeur les couleurs de notre histoire. Se réconcilier avec la création aussi: notre style de vie axé sur la consommation et la productivité nous met souvent en conflit avec la nature.

Vouloir la paix, c’est aspirer à une vie plus belle. C’est pressentir que je peux vivre autrement. Ce désir ne doit pas rester un vœu pieux; il est engageant. Lorsque je souhaite à un ami une vie paisible, moins tourmentée, je m’engage moi-même à ne pas être un irritant par mes paroles ou mes gestes. Si c’est en moi que je veux commencer l’œuvre de paix, il y a aussi des dispositions favorables à créer. Et des gestes à poser.

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Dans son premier grand discours, Jésus dit: «Heureux les artisans de paix.» J’aime cette manière de voir la mise en œuvre des conditions pour la concorde: travailler comme l’artisan dévoué à faire de l’artisanat. Dans un carré d’artisans, on s’attend à toutes sortes de trouvailles. Les objets sont faits par des gens créatifs. Les artisans fabriquent des choses utiles avec des objets inusités.

C’est beau l’artisanat: c’est un travail modeste, sans éclat, fait avec les mains. Jésus dit qu’on devrait bâtir la paix de cette manière: simplement, modestement, avec créativité. Les artisans de paix sont ceux qui choisissent de ne pas répondre au mal par le mal. Ceux qui essaient de faire régner la justice. Ceux qui réfléchissent avant de placer un commentaire blessant sur les médias sociaux. À côté de ces artisans, il y a aussi des architectes et des ingénieurs de la paix.

Ces gens qui dirigent les pays et les organisations humanitaires, qui essaient de mettre en place les conditions pour la paix. Celui qui est mis en terre aujourd’hui dans les jardins près du château de Windsor fait partie de ces architectes de la paix. En ce domaine, l’œuvre du prince Philip sera d’autant plus glorieuse si elle nous inspire à être artisan de paix.

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Pour un croyant, la paix n’est pas uniquement une réalité qui arrive au terme d’efforts personnel ou collectif. C’est aussi un don à accueillir. Avant sa mort, Jésus dit «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix.» Pourtant, à ce moment de sa vie, il est entouré de violence: on va venir le chercher avec des armes. De quelle paix parle-t-il?

Il parle d’une disposition du cœur qui peut se vivre au cœur même des épreuves. Les témoignages de vie de certains prisonniers dans les camps de concentration font l’éloge de gens qui ont réussi à garder la paix dans des conditions extrêmes. Elle peut sembler être au-delà de nos forces.

Elle est peut-être davantage un don qui s’accueille. Pour les chrétiens, elle est dispensée par le Prince de la Paix (Isaïe 9, 5). Pour les autochtones, du Maître de la vie. Pour les musulmans (engagés depuis mardi dans le jeûne du ramadan), de «Celui qui fait descendre la tranquillité dans les cœurs» (sourate 48). Que souhaiter de plus précieux pour la semaine qui vient? La paix!