Lukas Cormier mérite le titre de meilleur défenseur

Peu importe qu’on place (ou pas) un astérisque au début ou à la fin de son nom, quelle saison extraordinaire que nous livre jusqu’ici Lukas Cormier des Islanders de Charlottetown.

J’utilise le présent parce qu’avec les séries éliminatoires en cours, bien que les Islanders attendent le gagnant du tournoi à la ronde de la division Maritimes pour les quarts de finales, le surdoué de Sainte-Marie-de-Kent a encore la possibilité de faire saliver davantage l’organisation des Golden Knights de Vegas.

En fait, on a l’impression que l’Acadien de 19 ans n’a de cesse de faire passer le directeur général Kelly McCrimmon pour un génie, depuis que ce dernier a eu la bonne idée de le sélectionner au troisième tour (68e au total) de l’encan annuel en octobre dernier.

Lukas connaît une saison tellement époustouflante que je ne vois pas comment la LHJMQ pourrait envisager de ne pas lui remettre le trophée Butch-Bouchard à titre de meilleur défenseur du circuit. Et cela, n’en déplaise au gagnant en titre Jordan Spence qui, après avoir brillé à Moncton, est allé rejoindre son pote Jakob Pelletier à Val-d’Or pendant la période des Fêtes.

Sans dénigrer des gars comme Philippe Myers (Rouyn-Noranda, 2015-2016) et Kevin Gagné (Saint-Jean/Rimouski, 2012-2013), qui ont eux aussi eu le bonheur de connaître des saisons de rêve dans le passé, j’irais même jusqu’à dire que Lukas nous a concocté la meilleure saison par un défenseur néo-brunswickois dans l’histoire de la LHJMQ depuis celle du regretté Luc Bourdon en 2005-2006.

Rappelez-vous, quelques semaines après avoir été choisi le défenseur par excellence du Mondial M18 en aidant l’unifolié à ramener l’argent au pays, Ti-Luc avait quitté l’anonymat pour de bon en étant repêché en première ronde par les Canucks de Vancouver, la 10e prise au total. Puis, lors du Mondial junior qui a suivi, il en avait mis une autre couche en menant le Canada à la médaille d’or tout en étant choisi au sein de la première équipe d’étoiles.

Une saison historique qui avait mené la fierté de Shippagan tout droit au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick, trois ans après son décès accidentel en 2008.

Certes, la saison de Lukas n’a pas le glamour international de Ti-Luc, mais elle n’en est pas moins historique.

Question de vous donner une meilleure idée de ce qu’il a accompli dans les derniers mois, j’ai pensé vous donner cinq bonnes raisons qui résument assez bien pourquoi Lukas doit devenir le deuxième arrière acadien après Kevin Gagné, en 2012-2013, à mettre la main sur le trophée Émile-Bouchard.

  1. Grâce à une récolte de 54 points (16-38), qui lui a permis de terminer au quatrième rang des marqueurs, Lukas est devenu le premier défenseur dans l’histoire de la LHJMQ à figurer dans le top-5 des meilleurs pointeurs du circuit. Un exploit que même les Raymond Bourque, Patrice Brisebois, Thomas Chabot et autres Samuel Girard n’ont jamais réussi. L’ancienne marque, qui doit depuis la saison 1978-1979, était la propriété de Pierre Lacroix, des Draveurs de Trois-Rivières, qui avait pris le sixième échelon grâce à un total de 137 points (37-100). Guillaume Gélinas (Val-d’Or, 2013-2014, 92 points, 7e) et Derrick Walser (Rimouski, 1997-1998, 110 points, 9e) sont les deux seuls autres qui sont parvenus à figurer dans un top-10.
  2. Avec 188 lancers en direction des gardiens adverses, Lukas a été le joueur qui a le plus de tirs au but parmi tous les joueurs de la LHJMQ en 2020-2021. C’est la première fois qu’un hockeyeur du Nouveau-Brunswick parvient à un tel classement. Nick Layton, alors avec les Juniors de Montréal, possédait le record précédent avec une quatrième place grâce à 268 lancers en 2008-2009. Je précise que cinq autres gars d’ici sont parvenus à se retrouver dans un top-10 au fil des ans. Il s’agit de Sean Couturier (Drummondville, 2009-2010, 262 tirs, 5e), Brett Lutes (Montréal, 2002-2003, 306 tirs, 6e), Dean Ouellet (Cap-Breton, 2007-2008, 278 tirs, 7e), Dominic Noël (Cap-Breton, 2001-2002, 299 tirs, 9e) et Zack Phillips (Saint-Jean, 2010-2011, 230 tirs, 10e).
  3. En terminant au quatrième rang des pointeurs, toutes positions confondues, c’était seulement la cinquième fois qu’on retrouvait un Néo-Brunswickois dans le top-5 de la LHJMQ. Sean Couturier de Bathurst est évidemment le seul à avoir terminé en première place en 2009-2010. Les quatre autres fois ont mis en vedette Lukas, Peter Trainor (Rimouski, 2012-2013, 100 points, 4e), Couturier à nouveau (2010-2011, 98 points, 5e) et Dean Ouellet (2007-2008, 97 points, 5e). Trois autres gars ont réussi des top-10, soit Zack Phillips (2010-2011, 95 points, 7e), Andrew McKim (Hull, 1989-1990, 130 points, 7e) et Alex Saulnier (Moncton, 2010-2011, 85 points, 8e). Évidemment, Lukas est le seul défenseur du quintette.
  4. Avant la saison 2020-2021, Sean Couturier et Alex Saulnier étaient les Néo-Brunswickois qui avaient obtenu le meilleur classement parmi les passeurs au cours d’une saison. En 2010-2011, il y a 10 ans donc, Couturier et Saulnier avaient tous les deux pris le quatrième rang avec une récolte identique de 60 mentions d’aide. Ce record est désormais la propriété de Lukas qui a pris la troisième place avec ses 38 passes en seulement 39 duels. Pour ceux et celles qui aiment tout savoir, sachez que Todd Sparks (Hull, 1991-1992, 76 passes, 5e) est le seul autre joueur de notre province qui a réussi à terminer dans le top-5 au cours d’une saison.
  5. Depuis 2003-2004, saison où la LHJMQ a commencé à comptabiliser le différentiel des joueurs, il est arrivé deux fois que des Néo-Brunswickois ont terminé la campagne en première place. Les deux heureux élus sont Sean Couturier (2009-2010, +62) et Philippe Myers (2015-2016, +52). Avec son +35, Lukas, lui, a pris la deuxième position comme l’ont fait avant lui Couturier (2010-2011, +35) et Jean-Claude Sawyer (Cap-Breton, +40). Pour la petite histoire, à noter également les troisièmes places de Matt Murphy (Halifax, 2013-2014, +51), Zack Phillips (2011-2012, +47; 2010-2011, +48) et Pierre Durepos (Saint-Jean, 2010-2011, +48).

La domination des Islanders

Même s’il s’en trouvera plusieurs pour dénigrer la réalisation de cette nouvelle marque, les Islanders de Charlottetown sont devenus la première équipe à voir leurs joueurs occuper les quatre premières positions du championnat des pointeurs.

Les membres du premier trio Cédric Desruisseaux (42-36=78), Thomas Casey (34-40=74) et Brett Budgell (15-43=58) ont pris les trois premières places, suivi du défenseur Lukas Cormier (16-38=54).

Dans l’histoire de la LHJMQ, il était arrivé à quatre reprises que des équipes voient trois de leurs porte-couleurs occuper les trois premières places. La dernière fois remonte à la saison 2004-2005, alors que l’Océanic de Rimouski avait vu un certain Sidney Crosby (66-102=168) aider ses compagnons de trio Dany Roussin (54-62=116) et Marc-Antoine Pouliot (45-69=114) d’accaparer les trois premières positions.

En 1998-1999, saison où le Titan d’Acadie-Bathurst a remporté sa première coupe du Président, Mike Ribeiro (67-100=167), James Desmarais (63-73=138) et Jérôme Tremblay (38-94=132) avaient permis aux Huskies de Rouyn-Noranda de prendre les trois premières places.

En 1991-1992, le Laser de Saint-Hyacinthe a réussi le même exploit grâce à Patrick Poulin (52-86=138), Martin Gendron (71-66=137) et Charles Poulin (38-97=135).

Il faut cependant reculer jusqu’en 1970-1971 pour retrouver le premier triplé du genre. Cette saison-là, les Remparts de Québec peuvent dire un gros merci au brio de Guy Lafleur (130-79=209), Michel Brière (51-93=144) et André Savard (50-89=139) pour les conquêtes de la coupe du Président et de la coupe Memorial.

L’équipe qui est toutefois passée le plus près de réussir le même exploit que les Islanders sont les Castors de Sherbrooke de 1977-1978. Si Ron Carter (88-86=174) a terminé au premier rang, ses coéquipiers Sylvain Locas (83-81=164), Mark Green (56-100=156) et Rick Vaive (76-79=155) ont pour leur part pris les 3e, 4e et 5e positions. C’est un certain Kevin Reeves, des Juniors de Montréal, qui avait pris le deuxième rang avec 171 points (62-109).

Quand même étrange que, mis à part les deux petits matchs de Ron Carter avec les Oilers d’Edmonton, ce soit le cinquième du classement Rick Vaive qui ait finalement connu la plus belle carrière. Vaive a même réussi trois saisons de plus de 50 buts avec les Maple Leafs de Toronto au début des années 1980.