Un budget «électoral»?

L’encre sur les 865 pages du dernier budget fédéral n’était pas encore sèche lundi dernier que le premier ministre Blaine Higgs le critiquait déjà, déclarant vertement que c’était un «budget électoral». Entre autres, M. Higgs a maintenu que le nouveau programme de places de garderies à 10$, qui a obtenu la part du lion des nouveaux investissements fédéraux, à la hauteur de 30 milliards de dollars sur cinq ans, était une mesure qui n’était faite que pour les grandes villes.

Les familles du Nouveau-Brunswick aimeraient peut-être dire un mot au premier ministre.

Bien sûr, les places de garderie au Nouveau-Brunswick ne sont pas aussi coûteuses qu’à Toronto ou Vancouver, mais elles sont loin d’être données. Selon une étude de 2020 du Centre canadien des politiques alternatives, le coût médian d’une place de garderie à temps plein pour un enfant en bas âge est de 835$ par mois à Fredericton, 856$ à Moncton, et 868$ à St-Jean – soit autour de 40$ par jour. Une somme assez importante pour qu’un parent y pense à deux fois avant d’entrer, ou de retourner, sur le marché du travail – surtout à 11,75$ de l’heure.

M. Higgs n’a peut-être pas non plus considéré l’impact de places de garderies abordables sur un enjeu crucial pour la province: la dénatalité. Le Nouveau-Brunswick a, pour reprendre les termes d’un article publié l’an dernier, «une pénurie de bébés». Chaque femme de la province donne en moyenne naissance à 1,5 enfants, ce qui est loin du 2,1 enfant nécessaire pour que la population de la province demeure stable.

Or, l’expérience québécoise avec les places de garderie subventionnées a déjà démontré non seulement que ce type de politique «s’auto-finançait», les dollars investis par le gouvernement lui revenant sous la forme d’impôts sur les revenus supplémentaires des mamans entrant sur le marché du travail, mais qu’il avait aussi un impact positif non négligeable sur le taux de fécondité. Le financement, à parts égales entre la province et le fédéral, de places de garderies à 10$ par jour peut dans un tel contexte être vu non comme une vulgaire babiole électorale, mais comme un élément important d’une relance économique sérieuse.

De plus, le premier ministre aurait pu remarquer les fonds mis de côté pour les langues officielles. L’un des enjeux de prédilection du premier ministre, l’immersion française, bénéficiera de pas moins de 180 millions de dollars sur trois ans. On y retrouve aussi 82 millions pour les infrastructures scolaires, et 121 millions pour l’éducation postsecondaire, en contexte minoritaire.

Une partie de ces fonds sera certainement investie dans la province, notamment à l’Université de Moncton, qui peine à joindre les deux bouts depuis quelques années.

Bref, concédons à M. Higgs que ce budget a, à certains égards, des allures de plateforme électorale (M. Trudeau est minoritaire à Ottawa, après tout), mais il contient aussi plusieurs mesures pouvant réellement bénéficier aux Néo-Brunswickois… Encore faudrait-il que
M. Higgs veuille leur en faire profiter.