Le mal de vivre dans une oeuvre convaincante

À la fois intimes et immenses, les deux œuvres de cette chronique nous proposent un regard touchant et sensible sur la vie. Le roman graphique de Mirion Malle aborde la dépression, tandis qu’avec son premier album, Belle Grand Fille nous fait visiter sa maison et son héritage du Lac-St-Jean en poésie et en musique.

C’est comme ça que je disparais, Mirion Malle

Superbe roman graphique très touchant, C’est comme ça que je disparais relate le parcours de Clara, une jeune femme qui vit une dépression. On suit son quotidien et ses émotions. Clara a une vie qui paraît normale, avec un emploi qui accapare beaucoup de son temps, des rendez-vous, des fêtes et plusieurs amis. Elle a aussi des rêves et des projets d’écriture. Or, son mal de vivre et son sentiment de vide qui l’occupent de plus en plus l’empêchent d’avancer. Le mal s’installe de façon insidieuse. Elle vit des moments de panique et de tristesse profonde, faisant en sorte qu’elle s’isole de plus en plus. Elle n’a plus envie de vivre, mais cherche-t-elle vraiment à mourir?

«La première fois où j’ai eu le goût de mourir, j’avais genre euh 12 ans? Mais ça compte pas, ça compte pas celle-là» ainsi s’ouvre le récit.

L’auteure et dessinatrice arrive à décortiquer la dépression avec sensibilité et justesse sans tomber dans le sensationnalisme. Les dessins aux traits noirs illustrent bien les émotions contradictoires que traverse Clara. Ses amis qui tentent de comprendre ce qui lui arrive essaient tant bien que mal de l’aider, mais ils ne font que l’éloigner davantage. Ce n’est pas évident de s’ouvrir aux autres.

Dans ce récit, on est loin des scénarios catastrophes, hyper dramatiques. On assiste davantage à un voyage intimiste qui expose avec pudeur et humanité la détresse d’une jeune femme. Il y a aussi des moments de lumière et surtout le désir de s’en sortir. C’est aussi une œuvre très contemporaine qui s’inscrit tout à fait dans son temps, à l’ère des réseaux sociaux. En lisant cette bande dessinée, m’est apparu l’album Pourchasser l’aube de Caroline Savoie qui traite aussi de la dépression avec sensibilité.

Pendant l’écriture de ce livre, la bédéiste a écouté beaucoup de musique, dont celle de France Gall, de Clara Luciani et du groupe américain My Chemical Romance. Le titre du livre est d’ailleurs une traduction de la chanson This Is How / Dissappear de My Chemical Romance. Auteure française habitant à Montréal, Mirion Malle a publié, entre autres, des bandes dessinées sociologiques et féministes. Première œuvre de fiction, C’est comme ça que je disparais a reçu plusieurs mentions, dont une nomination au Prix Bédélys Québec 2021. Invitée au Festival Frye, elle participe à une table ronde virtuelle vendredi. (Éditions Pow Pow, 2020). ♥♥♥♥

Nos maisons, Belle Grand fille

«Amène-moi camper au bord d’un lac que je pourrai boire pis me noyer dedans comme si c’était d’la bière, à m’en saouler, à m’en lasser, t’enlacer toi jusqu’à m’en oublier…», chante Belle Grand Fille dans Camping sauvage. Non, il ne s’agit pas du film kitch de Guy A. Lepage, mais bien d’une chanson tirée de l’album Nos maisons qui arrive dans nos écouteurs tel un vent chaud et réconfortant. Un voyage musical intimiste dans un folk contemplatif inspiré par la maison-tanière des grands-parents et les territoires de l’enfance de la pianiste chanteuse.

Ce premier opus de neuf chansons propose de grandes mélodies orchestrées finement reposant en grande partie sur le piano, bercées aussi par les cordes, les percussions, la flûte et la clarinette. Dans le court documentaire qui accompagne la sortie du disque, elle explique que le fait d’honorer les lieux et les gens de sa famille constitue le moteur de son processus artistique. L’amour, la nature, les grands territoires, la famille, la beauté, la naissance se retrouvent dans ses chansons. Elle conclut l’album avec une belle reprise de la pièce Le vent m’appelle par mon prénom de Michel Rivard et Louis-Jean Cormier. Cet album qui n’atteindra peut-être pas les sommets des palmarès radio s’installe tout de même très bien dans nos chaumières, apportant beaucoup de réconfort. Il s’écoute assis confortablement dans un fauteuil. Belle Grand Fille qui avait lancé un premier EP en 2019 a collaboré notamment sur l’album Greatest Hits Vol.1 de P’tit Belliveau. Nos maisons est paru à la mi-mars. ♥♥♥½