Stowaway: solide!

Il devient de plus en plus difficile d’innover dans le genre cinématographique du voyage spatial. Sans totalement y parvenir, le réalisateur Joe Penna nous offre, avec Stowaway (Amazon Prime), un suspense aussi philosophique qu’intense.

Dans un futur dont la date n’est pas précisée, l’humain tente de coloniser Mars.

Un groupe de trois scientifiques décolle à bord d’un vol d’une durée de deux ans qui le mènera sur la planète rouge.

Quelques heures après le décollage, toutefois, les astronautes découvrent qu’un ingénieur (Shamier Anderson) victime d’un accident est demeuré à bord de la navette.

Comble de malheur, un appareil servant à évacuer le dioxyde de carbone de l’habitacle a été endommagé dans l’accident.

Les calculs du capitaine (Toni Collette) sont sans appel: les réserves de l’oxygène de la navette pourront permettre à trois personnes de se rendre sur Mars. Pas quatre.

L’heure des choix difficiles a sonné…

Philosophique

En lisant le synopsis de Stowaway, je m’attendais à un film dont la trame narrative serait calquée sur celle de The Martian (2015) ou Apollo 13 (1995).

En gros, j’anticipais un film où l’équipage frôlerait la catastrophe, mais serait sauvé in extremis par sa débrouillardise et son génie.

Il est vrai que Stowaway a du The Martian et du Apollo 13 dans son ADN (ainsi qu’un peu de Gravity, lancé en 2013).

Mais il est aussi beaucoup plus que ça.

Comme je l’indiquais, l’équipage est forcé de faire des choix: sacrifier un des siens et vivre avec les conséquences morales ou espérer que quelqu’un, quelque part, trouvera une solution. Et encore là, si l’option du sacrifice est choisie, qui sera le malheureux élu?

Intense

L’oeuvre de Pena (Artic) est donc moralement ambigüe, mais elle n’est pas ennuyeuse pour autant. L’intensité augmente à la 40e minute et encore plus à la 77e, pour finalement culminer sur une longue, angoissante et émouvante séquence de près de 30 minutes.

J’ai adoré cette gradation dans les enjeux, signe d’un scénario bien ficelé, porté par des comédiens au sommet de leur art (Collette et Anna Kendrick sont particulièrement bonnes).

Si je peux me permettre un bémol, c’est l’absence de vulgarisation (on n’est parfois réduit à deviner ce qui se passe, surtout dans les séquences impliquant de l’équipement scientifique) et la sous-utilisation d’images de la Terre vue de l’espace (le film manque de couleurs).

Pour le reste, Stowaway nous tient en haleine du début à la fin, en plus de nous mettre dans des souliers qu’on est heureux de ne pas chausser…

(Quatre étoiles sur cinq)

 

Love and Monsters: digne des classique des années 1980

Il était une époque bénie – appelons là les années 1980 – où faire un film demandait une certaine dose de folie et d’audace, autant au niveau du scénario que des effets spéciaux. Love and Monsters (Netflix) semble sorti tout droit de cette époque.

Vous vous souvenez de E.T. (1982)? L’histoire sans fin (1984)? Les Goonies (1985)? Labyrinth (1986)? La princesse Bouton d’Or (1987)? Willow (1988)?

Ces films avaient tous en commun un (relativement) petit budget, une idée de base totalement déjantée, des personnages attachants et des effets spéciaux créés sans ordinateur.

Chacun d’entre eux est aujourd’hui considéré comme un film culte.

Après une courte carrière en salle, Love and Monsters, du nouveau venu Michael Matthews, a été mis en ligne sur Netflix.

Il raconte l’histoire d’un monde post-apocalyptique dans lequel des insectes et des reptiles mutants ont décimé 95% de la population.

Les survivants sont forcés de vivre dans des bunkers sous-terrains depuis sept ans.

Un de ces survivants, Joel (Dylan O’Brien, de la saga Maze Runner), n’a jamais oublié celle qu’il aimait avant la fin du monde, Aimee (Jessica Henwick, des séries télévisées The Defenders, Games of Thrones et Silk).

Malgré sa peur paralysante des monstres qui peuplent maintenant la Terre, Joel partira à la recherche d’Aimee.

Effets visuels

La beauté de Love and Monsters, c’est que la très grande majorité des très originales créatures et des effets visuels ont été créés par des moyens qui datent d’avant les ordinateurs.

Pas de pixels ici, ou presque. Juste du bon vieux styromousse peinturé et rendu vivant à la manière des marionnettes.

C’est réussi, me demandez-vous? Ça doit puisque le film fait partie des cinq finalistes à l’Oscar des meilleurs effets visuels!

Émotif

Love and Monsters nous offre de plus une histoire bien tournée qui déborde d’originalité.

L’humour est parfois convenu, mais le scénario va plus loin que l’aventure banale et prévisible du chevalier qui part à la rescousse de sa princesse en péril. La dernière demi-heure est d’ailleurs particulièrement audacieuse.

Le film déborde aussi d’émotions et de messages positifs. Et Dylan O’Brien est parfait dans le rôle du maladroit pleutre qui s’improvise courageux.

L’oeuvre ne se prend non plus pas au sérieux, ce qui lui donne un petit côté satirique magistral – à la Zombieland (2009).

Reste que Love and Monsters est surtout un excellent divertissement. Une douce folie qui a tout pour devenir une franchise.

(Quatre étoiles sur cinq)