La hache de guerre

La décision unilatérale du gouvernement de Blaine Higgs de mettre fin à une entente datant de 1994 concernant le remboursement par la province d’une portion de la taxe provinciale pour les entreprises situées sur les réserves des Premières nations n’a fait que de jeter de l’huile sur le feu. On ne peut pas dire que Blaine Higgs entretient des relations cordiales et encore moins amicales avec les Premières nations de cette province.

Cette décision cavalière de Blaine Higgs, sans consultation et la moindre discussion avec les leaders autochtones, ne fera que rendre plus difficile les nécessaires relations entre la province et les communautés autochtones. L’économie du Nouveau-Brunswick repose avant tout sur l’exploitation de ses ressources naturelles. Les traités ancestraux reconnus par la Cour suprême du Canada font en sorte que les Premières nations ne sauraient être ignorées et encore moins méprisées.

Contrairement aux propos de Blaine Higgs sur les ondes de la CBC à savoir qu’il y aurait dans cette province des réserves autochtones «super riches», la réalité est malheureusement toute autre. S’il est vrai que certaines communautés autochtones comme celle de la région d’Edmundston se tirent bien d’affaire, il faudrait plutôt s’en réjouir.

La façon dont la gouvernance autochtone des différentes réserves administre et partage les revenus provenant de leurs activités commerciales et d’exploitation des ressources naturelles relève de leur autorité exclusive. Elles n’ont pas de leçons à recevoir de la part de la majorité blanche.

Les communautés côtières de la province peuvent compter sur une source importante de revenus provenant des permis pour les lucratives pêches aux homards et aux crabes. Est-ce que cette richesse est distribuée de manière équitable auprès de tous les membres des communautés en question? Les travailleuses des usines des produits de la mer doivent se contenter de miettes si on compare leurs conditions salariales aux revenus des propriétaires de licences de pêche.

Les remboursements d’une partie des revenus de la taxe de vente sur les réserves autochtones s’élevaient à 47 millions $ en 2019-2020. Ce montant pourrait augmenter à 75 millions $ d’ici 2030-2032. Est-ce une somme importante? Le budget de la province pour l’année financière 2020-2021 s’élève à 10,2 milliards $. Les montants d’argent en jeu représentent une minime fraction des revenus provinciaux.

On pourrait croire qu’une partie des revenus de la taxe de vente versée aux Premières nations retourne à la province lorsque les membres des communautés autochtones y consomment des produits et services. Est-il nécessaire que Blaine Higgs déterre la hache de guerre alors que les sommes d’argent en jeu ne sont pas exorbitantes?

Il n’est pas dans les intérêts du Nouveau-Brunswick d’entretenir des relations sulfureuses avec ses Premières nations. La paix sociale passe par un respect des communautés autochtones qui ont longtemps été victimes de discrimination.

Le gouvernement de Blaine Higgs devrait le plus rapidement possible engager un véritable dialogue de nation à nation avec les Premières nations de la province. Ce ne sont pas les sujets de discussion qui manquent.