Acheter le vote des aînés à rabais

Le moins qu’on puisse dire après le budget tant attendu des libéraux de Justin Trudeau, c’est que ça sent les élections à plein nez à Ottawa.

Dans son énoncé économique à l’automne dernier, le gouvernement fédéral prévoyait injecter entre 20 et 30 milliards $ supplémentaires pour relancer l’économie cette année. Cinq mois plus tard, malgré une économie qui se porte beaucoup mieux que prévu, c’est désormais 50 milliards $ de plus qu’il prévoit dépenser. Comme quoi le ridicule ne tue pas, mais peut coûter très cher.

Les dépenses électoralistes incluses dans le budget visent à peu près tout le monde et sont trop nombreuses pour les nommer ici. Parmi les plus flagrantes, on retrouve la décision du gouvernement de bonifier les prestations de la Sécurité de la vieillesse.

En août, juste à temps pour de probables élections à l’automne, les prestataires qui auront 75 ou plus en juin 2022 recevront un beau cadeau de 500$ comptant.

Comme carotte supplémentaire pour que ces derniers votent «du bon bord» lors des élections, les libéraux leur ont également promis une hausse des prestations de 10 pour cent l’an prochain.

Du point de vue des politiques publiques, cette annonce est très difficile à justifier. Les prestations de la Sécurité de la vieillesse sont disponibles à pratiquement tous les aînés, riches ou pauvres. Si le gouvernement avait vraiment voulu aider les aînés dans le besoin à joindre les deux bouts, il aurait été beaucoup plus approprié de cibler le Supplément du revenu garanti.

Le hic, c’est qu’environ seulement le tiers des aînés reçoivent des prestations du Supplément de revenu garanti. Or, les libéraux veulent que leurs cadeaux attirent tous les aînés, pas seulement les plus pauvres.

Cela dit, les libéraux se sont tout de même gardés une petite gêne. Ils auraient pu choisir d’accorder leurs cadeaux à tous ceux qui reçoivent des prestations de la Sécurité de la vieillisse, lesquelles sont disponibles à partir de 65 ans. Cela aurait cependant été bien plus coûteux puisque le groupe d’âge des 65 à 74 ans est entièrement composé de baby-boomers. Le Canada compte environ trois millions d’aînés âgés de 75 ans ou plus, mais près de sept millions âgés de 65 ans ou plus.

Les libéraux semblent donc avoir fait le pari que les aînés parmi les baby-boomers vont être attirés par la perspective d’obtenir des prestations plus élevées lorsqu’ils franchiront eux aussi le cap des 75 ans, plutôt que de se montrer indignés d’avoir été négligés dans le budget. Ce n’est qu’aux urnes que les libéraux apprendront si leur astuce pour acheter des votes à rabais a fonctionné.

Pour le reste, les grands perdants de ce budget électoraliste sont les gouvernements provinciaux et les contribuables canadiens.

Le 19 avril dernier, le gouvernement a annoncé pour plus de 130 milliards $ en nouvelles dépenses au cours des cinq prochaines années. De cette somme, pas un seul sou n’ira aux provinces sous forme de financement à long terme pour la santé.

En fait, plutôt que d’alléger le fardeau financier des provinces, le budget fédéral l’alourdit avec sa nouvelle initiative à frais partagés en matière de garderies. Quoique l’on pense du bien-fondé de cette initiative, le fait demeure que celle-ci va exiger un effort financier accru de toutes les provinces sauf le Québec.

Certes, les libéraux ont répété leurs promesses d’augmenter le financement à long terme pour la santé une fois la crise sanitaire derrière nous. Or, comme le budget l’a plongé dans une mer d’encre rouge à perte de vue, le gouvernement fédéral devra sans doute se tourner vers les contribuables s’il désire tenir sa promesse à l’endroit des provinces.