«Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent». Ce mois annonciateur des beaux jours se conjugue avec les fleurs et les mères. Avec le homard et les têtes de violon aussi! Dans la tradition catholique, c’est le mois de Marie. Et paradoxalement, il commence avec une fête pour saint Joseph.

Le premier mai, l’Église célèbre Joseph le travailleur. En Europe, ce jour est l’occasion de revendications pour des conditions de travail qui respectent la dignité humaine.

Cette année, les restrictions sanitaires auront raison de ces marches populaires. Chez nous, c’est davantage au début septembre, lors du congé de la fête du Travail que nous réfléchissons (trop peu!) sur le travail et son rôle structurant.

La pandémie nous a fait découvrir les travailleurs essentiels; or, tout travail est essentiel dans nos vies.

C’est inquiétant de voir des gens, en santé et avec des aptitudes diverses, refuser de travailler. À l’approche de l’été, des employeurs recherchent de la main-d’œuvre et ne trouvent pas.

Aux raisons données pour ne pas s’engager (désir de vacances, salaire trop bas, besoin de repos), plusieurs ne reconnaissent pas la valeur du travail.

À cette absence d’éthique du travail, il y a, selon moi, des environnements de travail difficiles et contraignants.

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Entre les gens surmenés et menacés par l’épuisement professionnel parce qu’ils ont trop à faire, et les autres qui ne font rien, il y a un équilibre à atteindre. Le travail n’est certes pas le tout de la vie, mais l’oisiveté non plus!

Plus je pense au travail que je fais, et que j’imagine celui qu’il me reste à faire, je pense qu’il doit être présent à tous les âges de la vie.

La différence se situe davantage dans l’intensité et le genre de tâches à accomplir.

Le travail donne un sens à la vie. Il m’arrive d’entendre des personnes qui ont été mises à l’écart, sans savoir quoi faire de leurs dix doigts, regrettant l’époque où elles se sentaient utiles.

C’est étrange: une large partie de notre société voudrait déjà être à la retraite, alors que des retraités sont nostalgiques de leurs années de travail. Le modèle monastique m’a toujours paru sage. Dans ces communautés, chacun a sa tâche, adaptée à ses capacités. Jusqu’à la fin, personne n’est exclu.

Le travail en ce monde n’est jamais fini. On s’engage dans un chantier, on y consacre les meilleures années de sa vie, et on quitte en laissant à d’autres le soin de continuer. La vie, c’est de l’ouvrage jamais fini. Chacun fait sa part pour faire tourner la roue.

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Cette fête des Travailleurs présente Joseph comme modèle. Pourtant, on ne parle pas beaucoup de son travail dans la Bible. On peut remplir ce silence avec notre imagination. Dans son travail, il a dû être créatif pour improviser un berceau lors de la naissance de son fils. Il a dû être vaillant pour trouver un logement et gagner son pain comme exilé en Égypte. Il a dû être patient pour sculpter le bois.

Le charpentier de Nazareth est un travailleur essentiel. Comme tous ces derniers, il accomplit son rôle sans éclat. Dans les nombreux écrits exégétiques et magistériels sur le saint paternel, on insiste sur sa vie humble et discrète. Il est un signe dans l’histoire que «nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues (…) mais qui sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire: médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soins à domicile, transporteurs, force de l’ordre…» (François, Méditation en période de pandémie, 2020).

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En ces temps de pandémie, il serait normal de se tourner vers Joseph pour trouver en lui un modèle et un intercesseur pour notre travail. Or, à cause de la bulle immobilière, il est davantage prié pour vendre sa maison. Au presbytère, toutes les statuettes de Saint-Joseph que nous avions sont parties; les fournisseurs nous disent aussi qu’ils sont en rupture de stock. Allez comprendre pourquoi!

Pourtant, dans le catéchisme on ne l’associe pas au domaine de l’immobilier; il est considéré comme le patron de la bonne mort et de l’Église universelle. En effet, il y a 150 ans cette année, Pie IX l’a déclaré patron de l’Église. À cette occasion, le pape François a écrit une lettre de «réflexions personnelles sur cette figure extraordinaire, si proche de la condition humaine de chacun d’entre nous». Il a déclaré que l’année présente serait consacrée dans l’Église à l’approfondissement de cet homme juste qui nous apprend à vivre «avec un cœur de père».

La dévotion de François pour Joseph ne date pas d’hier. Chaque jour, il récite une prière au saint patriarche pour les «choses impossibles». De plus, après son élection comme pape, il a demandé qu’on apporte à Rome une statuette de Joseph qui lui était chère à Buenos Aires. Le matin, il la soulève et pour déposer des bouts de papier avec ses intentions de prière. Les nombreux billets élèvent la statue, ce qui fait dire à François que Joseph continue ses miracles: il lévite!

Chez-nous aussi, les références à Joseph sont nombreuses. Depuis la Vallée-Lourdes jusqu’à celle de Memramcook, c’est sous le patronage de saint Joseph que le monde hospitalier et éducatif a pris son essor chez nous.

L’humble ouvrier de Nazareth continue d’inspirer. Il forme du monde à sa manière: discrètement, humblement, sans faire de bruit.

Panorama de la forteresse de l’île Royale. Auteur inconnu.
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