La désolante immunité d’un faux brave

J’espère que Tom Wilson réalise aujourd’hui à quel point il est chanceux d’évoluer dans la permissive Ligue nationale de hockey.

Imaginons un instant qu’il soit un joueur de football et qu’il pose les mêmes gestes que lundi soir sur une super vedette de la NFL. Disons le porteur de ballon et retourneur de bottés Christian McCaffrey, des Panthers de la Caroline. Pas nécessairement le meilleur joueur du circuit, mais définitivement dans le top-10. McCaffrey a donc un peu le même genre de réputation qu’Artemi Panarin, des Rangers de New York, la pauvre victime de Wilson.

Et bien s’il s’en était pris ainsi à McCaffrey, il y a de bonnes chances que Wilson, un récidiviste notoire, aurait déjà reçu son 4% accompagné d’un bon coup de pied dans le cul vers la porte de sortie.

Si le président de la NFL était mon grand-père Samuel, malheureusement depuis longtemps décédé, je l’imagine aisément terminer son hiatus à Wilson par: «Pis que j’te vois plus jamais les pieds sur mon terrain».

Des joueurs comme l’attaquant des Capitals de Washington, jamais je n’en voudrais dans mon équipe, aussi bon soit-il. Jamais je ne voudrais d’un faux brave.

Vous vous doutez bien que faux brave est le qualificatif le plus gentil que j’ai pu trouver pour décrire ce gaillard de 6 pieds 4 pouces et 220 livres, qui s’est acharné lundi soir à un freluquet de 5 pieds 11 pouces et 170 livres (Panarin) qui figure parmi les meilleurs hockeyeurs sur la planète. Pour vous situer, même Wayne Gretzky était plus costaud que le frêle attaquant des Rangers.

Lundi, donc, Panarin était en position vulnérable (et sans son casque) quand Wilson, en faux brave qu’il est, l’a empoigné par les cheveux pour ensuite l’écraser sur la glace et continuer à le molester. Les images le prouvent et sont même disponibles sur internet avec le ralenti. Ça rappelle King Kong Bundy s’en prenant au pauvre Little Beaver lors de WrestleMania III en 1987.

Mais voilà, Tom Wilson est un joueur de hockey de la LNH. Et lorsqu’on atteint ce statut, il semble qu’on devient automatiquement détenteur d’un passeport diplomatique et, du même coup, sujet à l’immunité pour les conneries.

Ce n’est quand même pas nouveau. Dans le passé, Eddie Shore, Ulf Samuelsson, Marty McSorley, Sean Avery, Steve Downie, Matt Cooke et Raffi Torres, pour ne nommer que ceux-là, ont tous bénéficié d’une telle immunité dans la meilleure ligue de hockey au monde.

J’ai lu quelque part que George Parros, qui a le mandat avec son équipe (dont Stéphane Quintal) d’assurer la sécurité des joueurs, aurait jugé que Wilson et Panarin n’avaient en fait livré qu’un petit combat de lutte comme cela arrive régulièrement dans une mêlée de la LNH.

Si c’est vraiment ce que M. Parros a constaté en regardant la vidéo de l’incident, je lui conseille fortement d’aller se faire tailler la moustache parce qu’elle lui voile actuellement les yeux. «Stéphane, peux-tu t’assurer d’avoir un rendez-vous au Salon chez Suzanne pour George? Ça presse!»

Lundi soir, Tom Wilson n’a pas seulement tenté de briser la carrière d’Artemi Panarin, il a aussi écopé d’une ridicule amende de 5000$ pour son coup vicieux à l’endroit de Pavel Buchnevich, quelques secondes plus tôt, sans oublier qu’il a aussi maltraité quelque peu Ryan Strome. Et une fois au banc des pénalités, Wilson a complété son désolant spectacle en faisant son imitation de la légende acadienne du culturisme Ti-Jean LeBlanc au concours de Mr. Olympia. Avec un large sourire Pepsodent s’il-vous-plaît.

En passant, il serait vraiment temps que la LNH impose des amendes plus salées. Parce que 5000$ pour un gars comme Wilson, c’est comme lui vendre une paire de billets pour le tirage d’une livre de sucre brun. Simonac, quelqu’un pourrait-il prévenir Gary Bettman que nous ne sommes plus à l’époque de la Grande Dépression des années 1930.

Personnellement, je m’attendais mardi à une suspension d’au moins 25 matchs et d’un «très» sérieux avertissement. Le genre d’avertissement qui laisserait sous-entendre que la prochaine fois, mon Tom, tu deviendras persona non grata dans la LNH.

Hier, en discutant de tout ça avec un lecteur, ce dernier a eu le front de me dire que Parros avait les mains liées et qu’il n’a fait que suivre le livre des règlements. C’est comme s’il m’avait dit qu’on ne peut sévir à l’endroit d’un joueur qui s’attaque à un autre avec une scie mécanique pour la simple raison qu’il n’y a rien qui l’interdit dans le livre des règlements. J’ai eu le goût de mordre.

J’ouvre ici une petite parenthèse pour vous avouer que j’ai plus tard décoléré un instant, mais pas longtemps, en prenant connaissance des propos d’Éric Bissonnette (lire la deuxième partie du texte qui est disponible sur le web). L’entraîneur-chef des Caps de Fredericton, qui est fort conscient d’aborder un sujet controversé, est d’avis que Tom Wilson est victime de sa grande force physique et qu’en analysant le tout comme il faut on en vient à la conclusion qu’il n’y a pas vraiment matière à une suspension.

J’ai pris la peine d’aller zieuter encore une fois la vidéo de l’incident pour m’assurer que mes yeux avaient bien vu. Et ma colère est rapidement revenue. Si je suis d’accord sur le fait que Wilson est un homme fort, il n’en demeure pas moins qu’il en a abusé. Et à mes yeux, de façon dégueulasse.

L’un de mes bons amis, le regretté Martin Pître, avait une façon particulière, lorsqu’il voyait une injustice, de nous faire savoir qu’il était hors de lui. Avec mimiques et gestes à l’appui, Martin nous mimait théâtralement la sortie de son âme de son propre corps en pointant au final un lui virtuel qui se trouvait juste à côté.

Je me sens un peu comme ça depuis la décision de George Parros, mardi.

Je suis hors de moi.

Réactions des connaisseurs

J’ai poussé la note en demandant à plusieurs personnalités du hockey néo-brunswickois de me donner leur avis sur ce qu’on peut désormais appeler l’Affaire Tom Wilson.

Presque toutes les personnes interrogées m’ont révélé qu’elles s’attendaient à une suspension. Certaines d’entre elles n’avaient d’ailleurs pas beaucoup de trucs gentils à adresser à l’attaquant des Capitals.

Je vous laisse en juger.

Marc-André Côté, ex-attaquant du Titan d’Acadie-Bathurst et des Foreurs de Val-d’Or et désormais entraîneur-chef des Aigles Bleues de l’Université de Moncton: «Définitivement, la suspension était de mise. On parle beaucoup de son historique (Tom Wilson), mais à la base est-ce vraiment le type d’incident que nous voulons voir? Les années 1990 sont terminées et les actions de lundi soir auraient pu être encore plus graves. C’est encore une autre tache sur la réputation de la Ligue nationale au sujet de la protection de ses joueurs».

Marlène Boissonnault, gardienne du programme national de l’équipe de hockey féminin: «Il s’agit d’un acte violent qui aurait pu facilement provoquer une blessure majeure. Il y a eu un grave manque de jugement et d’esprit sportive de la part de Tom Wilson dans ses actions. Je suis surprise et déçue, comme plusieurs, qu’il n’y ait pas eu de répercussions plus sévères. C’est un geste de méchanceté extrême quand il s’agit d’une attaque à la tête. C’était encore pire dû au fait que le joueur était au sol. C’est simplement inacceptable».

Éric Bissonnette, ex-joueur de la LHJMQ et entraîneur-chef des Caps de Fredericton: «Le problème est la réputation de Tom Wilson et sa force physique. L’altercation aurait pu être évitée au départ. Il méritait une punition sur le coup initial, mais par la suite Panarin s’est porté à la défense de son coéquipier. La grande force de Wilson a fait de ce match de lutte une bataille inégale. Est-ce que c’était nécessaire? Non. Mais ça ne méritait pas une suspension non plus. Je ne dis pas que ses actions étaient correctes. Je dis seulement qu’il n’y avait pas matière à suspension parce que c’est Panarin qui s’est d’abord attaqué à lui».

Judes Vallée, ex-entraîneur-chef des Tigres de Victoriaville et du Phœnix de Sherbrooke dans la LHJMQ et maintenant entraîneur-chef des Aigles Bleus de l’Université de Moncton: «Dans le hockey d’aujourd’hui, c’est évident que ça méritait une suspension. Il est fini le temps où ces actes étaient tolérés. On peut jouer dur et on peut jouer avec hargne, mais la violence volontaire n’a plus sa place».

René Labbé, ex-vedette de la LHJMQ et membre du Temple de la renommée du Nouveau-Brunswick avec les Tigres de Campbellton: «Oui il méritait d’être suspendu et pour plusieurs raisons. Le geste était disgracieux et dangereux. L’autre joueur (Pavel Buchnevich) était dans une position vulnérable et nous parlons ici d’un récidiviste qui n’apprend pas de ses actions antérieures. De plus, il a ensuite blessé l’un des meilleurs joueurs de la LNH (Artemi Panarin). Le jour n’est pas loin où Wilson va blesser quelqu’un gravement. En ne suspendant pas Wilson, la LNH manque une belle occasion de démontrer son désir de protéger les joueurs».

Andrew McKim, ex-vedette de la LHJMQ, ex-joueur de la LNH et membre du Temple de la renommée du Nouveau-Brunswick: «La LNH chercher à éliminer les combats et la violence du jeu, mais ils laissent cela se produire. Si j’étais un dirigeant des Rangers, j’irais chercher 15 costauds pour affronter les Capitals mercredi soir. Tu ne voyais jamais un crétin blesser ou malmener la vedette d’une autre équipe quand je jouais. Je me demande ce que la LNH aurait fait si ça avait été Matthews ou McDavid à la place de Panarin. La LNH est construite autour de leurs joueurs étoiles et ils ont complètement foiré ici. C’est une vraie farce».

Roger Shannon, ex-directeur des opérations hockey des Wildcats de Moncton et aujourd’hui président des Red Wings de Fredericton et directeur général adjoint du Titan d’Acadie-Bathurst: «Oui, il méritait une suspension. Si tu frappes un joueur quand il est couché sur la glace, ça devrait être automatiquement une suspension comme ça se fait dans plusieurs autres ligues à travers le monde».

Jeff LeBlanc, ex-défenseur dans la LHJMQ et désormais directeur général des Ramblers d’Amherst: «Il aurait mérité au moins deux matchs pour avoir tiré les cheveux de Panarin. Par contre, je ne crois pas que le coup contre Buchnevich méritait une suspension. Cela dit, il n’y a pas un dirigeant de hockey qui ne voudrait pas de Tom Wilson dans son équipe».

Mika Cyr, ex-vedette des Wildcats de Moncton et désormais attaquant des Aigles Bleus de l’Université de Moncton: «Wilson a commencé tout ça sur Buchnevich après un arrêt du jeu et les gars des Rangers ont bien défendu leur coéquipier. Par contre, je crois que Wilson est allé trop loin à l’endroit de Panarin. C’est le genre de chose qu’il a déjà fait assez souvent et il ne semble pas vouloir comprendre. C’est pourquoi je l’aurais suspendu jusqu’aux séries éliminatoires. La LNH défend habituellement des joueurs McDavid et Crosby, alors c’est plutôt injuste pour Panarin qui est selon moi l’un des meilleurs. Les meilleurs joueurs doivent être protégés parce que ce sont eux qui rendent notre sport si beau. En même temps, si une vedette fait la même chose que Wilson il ne devrait pas y avoir de passe-droit pour lui aussi. Je prends pour exemple le coup de coude de McDavid l’autre jour à l’endroit de Kotkaniemi».

Pierre Durepos, ex-défenseur des Aigles Bleus de l’Université de Moncton et des Sea Dogs de Saint-Jean: «Le geste méritait soit une amende ou une suspension d’un match. Mais comme il s’agit de Tom Wilson, je crois qu’il aurait dû être suspendu. Il va finir par blesser sérieusement quelqu’un. Il est le nouveau Raffi Torres ou Matt Cooke de la LNH. Mais cela dit, si un autre joueur avait fait la même chose, je dirais que ça ne méritait pas plus qu’une amende».

John Nadeau, détenteur du record du plus grand nombre de points en carrière dans le Circuit régional de hockey: «Il aurait dû être suspendu parce que ça risque d’entraîner de la vengeance comme ça avait été le cas quand Martin McSorley s’en était pris à Donald Brashear. Tous les coups que Tom Wilson fait aux autres joueurs sont pour les blesser. Personnellement, je l’aurais suspendu pour quatre matchs au total, soit pour deux parties et les deux prochaines rencontres contre les Rangers. Je suis également pour qu’un joueur qui met fin à une carrière avec un coup salaud mérite aussi que sa carrière soit terminée. Des petites amendes de 5000$, ça pourrait peut-être suffit dans le hockey senior, mais pas dans la LNH. C’est vraiment plate pour les vedettes qui manquent beaucoup de jeux parce qu’ils doivent aussi regarder pour ne pas se faire arracher la tête. La LNH devrait mettre ses culottes. Là, c’est une vraie farce. Ça ressemble au gars qui se fait dire que c’est sa faute s’il a été volé parce qu’il n’a pas bien ramassé ses affaires. Un récidiviste comme Wilson méritait au moins 20 matchs».

Dean Ouellet, ex-joueur étoile de la LHJMQ et des Aigles Bleus de l’Université de Moncton: «Il aurait dû être suspendu pour ses actions selon moi. La LNH essaye d’éliminer les bagarres et du même coup les hommes forts depuis quelques années. Si c’est ce que la ligue veut, elle doit prendre ses responsabilités et agir en conséquence lorsqu’un homme fort s’en prend gratuitement à un joueur étoile comme Panarin. Il y a des lois non écrites dans le hockey qui doivent être respectées et dans cette situation c’est à la ligue d’agir. Est-ce qu’une situation comme ça se serait produite si les Rangers avaient eu un ou deux hommes forts dans leur alignement? Je crois que poser la question c’est y répondre».

John LeBlanc, ex-joueur de la LNH et membre du Temple de la renommée du Nouveau-Brunswick: «Je crois qu’il méritait au moins quelques matchs de suspension. Il a dépassé les limites. Il n’a démontré aucun respect. En temps normal, les mauvaises actions reviennent toujours te hanter. Mais dans la LNH d’aujourd’hui, je ne sais pas si ça va arriver. Je suis pourtant prêt à parier que la majorité de ses propres coéquipiers ne sont pas impressionnés par ce qu’il a fait. Et la pause qu’il a prise au banc des pénalités est digne d’une ligue de garage. L’arbitre avait non seulement la possibilité de le chasser du match pour tentative de blessure, mais il aurait pu aussi le chasser pour inconduite grossière pour s’être moqué du sport avec cette pause au banc des pénalités. Ils ne pourront jamais résoudre ce problème avec des amendes et des suspensions d’un ou deux matchs. Particulièrement avec un gars qui a déjà été suspendu plusieurs fois pour des coups à la tête et des coups dans un angle mort. Tous les joueurs peuvent frapper un autre joueur dans un angle mort, mais peu le font par respect pour l’autre gars. Malheureusement, il y en aura toujours qui n’ont pas cette considération».

Allain Saulnier, ex-vedette des Wildcats de Moncton et des Aigles Bleus de l’Université de Moncton: «Il méritait une suspension pour son geste envers Buchnevich qui était dans une position vulnérable couché sur la glace et la tête près de la glace. Il n’était pas en mesure de se défendre. Même chose pour son geste à l’endroit de Panarin. Une fois que Wilson l’a lancé sur la glace, il a continué de lui donner des coups alors que ce dernier n’avait même plus son casque. Wilson a un long historique de coups dangereux et il a prouvé à plusieurs reprises dans sa carrière qu’il n’avait aucun respect pour les autres joueurs».

Pete Belliveau, ex-entraîneur des Aigles Bleus de l’Université de Moncton: «Tom Wilson mérite une suspension sévère, car il ne cesse de répéter des gestes très dangereux depuis qu’il joue dans la LNH. Pourtant, la sécurité devrait toujours primer quand vient le temps de protéger les joueurs. Je suis très déçu du département de sécurité et du commissaire Gary Bettman. Ils ne protègent pas les joueurs de ces gestes disgracieux et dangereux. Être George Parros, j’aurais suspendu Wilson pour le reste de la saison et les séries éliminatoires. La LNH doit sortir des années 1970 et démontrer qu’elle est déterminée à protéger les joueurs en tout temps».