1758: Louisbourg tombe pour une deuxième et dernière fois

Avec le traité d’Aix-la-Chapelle, qui a mis fin à la guerre de Succession d’Autriche en 1748, la situation dans les colonies de l’Amérique du Nord et, en majeure partie, en Europe, est revenue à ce qu’elle était avant le conflit.

De ce côté-ci de l’Atlantique, cela voulait dire la restitution par la Grande-Bretagne de Louisbourg et toute l’île Royale (Cap-Breton), conquises en 1745 (voir chronique du 1er mai).

La paix de 1748 n’a donc rien réglé et tous s’attendaient à une reprise des hostilités dans les prochaines années. Pour faire contrepoids au retour des Français à Louisbourg, la Grande-Bretagne riposte en érigeant une toute nouvelle ville en Nouvelle-Écosse, Halifax, qui remplace Annapolis Royal (Port-Royal) comme capitale de la colonie.

La perte de Louisbourg est accueillie avec colère en Nouvelle-Angleterre, où l’expédition victorieuse avait été organisée. La pression qu’exerce la Nouvelle-France, particulièrement aux frontières ouest des colonies américaines, se fait de plus en plus grande et plusieurs rêvent de mettre fin à la présence française sur le continent.

En 1757, Lord Loudun, commandant des forces britanniques en Amérique du Nord, propose à Londres un plan pour attaquer Québec. On lui répond par l’ordre moins ambitieux de reprendre Louisbourg. La France a vent des intentions de son vieil ennemi et envoie plusieurs navires en renfort à Louisbourg.

Au mois d’août, Loudun mène plus de 5000 hommes et une flottille de 15 navires devant Louisbourg. La forteresse est cependant très bien défendue par dix vaisseaux en forme de demi-cercle. Les Britanniques hésitent à passer à l’attaque, partent, mais reviennent le mois suivant.

Le 25 septembre, une forte tempête décime la flottille. Les Britanniques battent en retraite.

Retour à Louisbourg en 1758: Amherst et Wolfe se démarquent

La bataille est perdue, mais pas la guerre. Dès l’année suivante, on organise une nouvelle attaque. Pour mener l’expédition, John Liognier, commandant en chef des armées britanniques, a les yeux sur son ancien aide de camp, Jeffrey Amherst. Le peu d’ancienneté de celui-ci au sein de l’armée et le fait qu’il n’a jamais commandé de troupes au combat rend sa candidature plus difficile à faire accepter au roi. Selon le Dictionnaire biographique du Canada, «William Pitt, secrétaire d’État pour le département du Nord, et le duc de Newcastle, premier ministre, semblent avoir demandé l’aide de la maîtresse du roi, lady Yarmouth», pour obtenir gain de cause.

Si l’attaque de Louisbourg en 1745 avait été surtout l’affaire du Massachusetts et des colonies avoisinantes, celle de 1758 est orchestrée directement par la Grande-Bretagne. Amherst, nommé major général en Amérique pour l’expédition, a sous son commandement 13 000 soldats et 14 000 marins, répartis sur environ 150 bâtiments, dont une quarantaine de vaisseaux de guerre.

Du côté français, on ne réussit pas à recréer la défense navale de 1757. Le gouverneur de l’île Royale et commandant des troupes, Augustin de Boschenry de Drucour, ne disposait que de 3500 soldats et d’un nombre un peu plus élevé de matelots, ainsi que de 11 vaisseaux.

Le 2 juin, la flotte britannique est en face de Louisbourg. Le 8, des troupes menées par le brigadier général James Wolfe, le futur vainqueur de Québec, réussissent un débarquement effectué dans des conditions très difficiles. L’un des commandants de brigade qui viendra le rejoindre peu après est le gouverneur de la Nouvelle-Écosse, le tristement célèbre Charles Lawrence.

La tactique des attaquants est similaire à celle de 1745: débarquement au sud de la forteresse, contournement à l’intérieur des terres, à l’ouest, prise de position au nord pour commencer le bombardement, avec comme l’un des buts de rendre inopérante la batterie de l’île, située juste à l’entrée du havre.

L’encerclement réussi, on resserre l’étau vers le fort, très méthodiquement. Quant aux navires français, ils sont bombardés un à un.

La défense française a été plus active et plus habile qu’il y a 13 ans. Plusieurs escarmouches ont eu lieu. Mais Drucour lui-même ne semble pas douter de l’issue de l’expédition; son but est de retarder la chute le plus longtemps possible.

L’inévitable dénouement et les conséquences

Le 21 juillet, il ne reste plus que deux navires français en état de fonctionner dans le havre. Le 25, l’artillerie anglaise perce des brèches dans les murs. Le 26, des navires britanniques entrent dans le havre et saisissent les deux derniers navires français. Après 45 jours de siège, Drucour capitule. Les vainqueurs refusent à la garnison les honneurs de la guerre et les troupes sont emmenées en Angleterre.

Cette prise définitive de Louisbourg aura des conséquences désastreuses pour les quelques milliers d’Acadiens vivant à l’île Saint-Jean. Contrairement à 1745, les forces britanniques réussissent à prendre le contrôle de l’île et à déporter environ 3000 habitants. Mais pour près de 1000 d’entre eux, le voyage vers la France sera fatal, soit en raison de la maladie, mais surtout par les naufrages du Duke William, du Violet et du Ruby. D’autre part, on croit qu’environ 1500 Acadiens vont réussir à fuir l’île pour se réfugier à la baie des Chaleurs ou à Québec, tandis que plusieurs centaines d’autres se cacheront dans les bois pendant plusieurs années.

Louisbourg prise, la voie maritime vers Québec sera libre. L’année suivante, Amherst prendra le commandement de l’attaque contre le Canada, lors de laquelle Wolfe, partant d’Halifax et Louisbourg, réussira à faire tomber Québec, mais en y laissant sa peau.