La présidence de Vladimir Poutine est le plus souvent associée à la réapparition d’une Russie économiquement faible, mais militairement forte et puissante défiant l’ordre mondial libéral post-guerre froide.

Elle peut être associée à une autre tendance émergente préoccupante, quoique moins connue du grand public occidental: l’utilisation croissante de «mercenaires» ou d’organisations de sécurité informelles «semi-étatiques» au service des ambitions géopolitiques de Poutine.

La République centrafricaine (RCA) en offre peut-être la meilleure illustration. Un rapport de l’ONU publié en mars mettait en lumière d’importantes activités mercenaires dirigées par la Russie dans le conflit en cours dans ce pays, déstabilisé par des groupes rebelles opposés au pouvoir du président Faustin-Archange Touadéra.

L’ONU identifie plusieurs cas où des «entrepreneurs militaires» russes auraient aidé le président Touadéra à combattre les groupes rebelles, former les forces gouvernementales et fournir une protection rapprochée aux personnalités du gouvernement centrafricain.

Le rapport de l’organisation mondiale attribue également aux mercenaires russes des actes de violation généralisée des droits de l’homme aux côtés des forces gouvernementales. En 2018, trois journalistes russes enquêtant sur les activités d’une société de sécurité privée ayant des liens troubles avec le Kremlin ont été tués mystérieusement en République centrafricaine.

La RCA est toutefois loin d’être un cas isolé. Fin janvier 2019, la décision du président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, d’augmenter les prix des carburants dans un contexte de crise économique dans ce pays d’Afrique australe y déclenchait des convulsions sociales.

Alors que les manifestations faisaient rage dans les villes du Zimbabwe, le président Mnangagwa se promenait, lui, dans les couloirs du Kremlin pour des entretiens stratégiques avec le président Poutine. Ce n’était que la visite inaugurale d’une longue série.

Du 23 au 24 octobre 2019, se tenait dans la ville de Sotchi, en Russie, le tout premier sommet Russie-Afrique, marquant en fait le point culminant du retour de la Russie en Afrique, avec plus de 50 dirigeants africains et 3000 délégués invités.

Bien qu’elle n’ait pas la puissance de feu financière de la Chine ou les relations commerciales de longue date des anciennes puissances coloniales, la Russie cherche à exploiter le mercenariat militaire, son expertise en matière de sécurité et ses sociétés spécialisées dans l’exploitation des ressources naturelles contrôlées par l’État pour s’implanter à travers le continent.

Moscou y a déployé des équipes d’instructeurs militaires pour former des gardes présidentiels d’élite, envoyé des cargaisons d’armes et aidé des autocrates chancelants avec des stratégies électorales. Il a également promis de construire des centrales nucléaires et de développer des puits de pétrole et des mines de diamants.

La détérioration accélérée de ses relations avec les pays occidentaux offre à Moscou un bon prétexte pour entreprendre ce pivot diplomatique vers l’Afrique. Et, dans des États en proie à des conflits, mais riches en ressources naturelles, se positionner en nouveau «courtier».

Des groupes mercenaires organisés par des personnalités russes proches du gouvernement Poutine ont également été identifiés dans des États aussi divers que la Libye, la Syrie, Madagascar et le Soudan.

Yevgeny Prigozhin, un proche collaborateur de Poutine ayant précédemment travaillé au Kremlin, serait l’un cerveau derrière les activités mercenaires de la Russie. Ses actions comprennent le financement du «Groupe Wagner» ainsi connu.

Cette organisation aurait employé des centaines de blogueurs pour diffuser la désinformation en ligne, critiquer les actions des gouvernements occidentaux et promouvoir des opinions favorables du régime de Poutine, comme lors de l’élection américaine de 2016.

Elle aurait la charge de sous-traitants militaires recrutés pour protéger les principales installations, agences et bâtiments russes au Venezuela, mais aussi employés dans des cas plus directs de combat contre les rebelles syriens ou d’affrontements avec des commandos américains en février 2018 en Syrie.

L’utilisation de forces mercenaires (plutôt que l’armée russe ou le processus plus «traditionnel» de fourniture d’armes) dévoile tout le génie de l’ex-patron du KGB (ancien service de renseignement russe).

Elle procure au régime de Poutine la possibilité de commettre des violations des droits de l’homme, sans être pour autant imputable par-devant les juridictions internationales. Une stratégie cynique qui n’est pas sans rappeler le soutien apporté par l’Union soviétique aux régimes africains tout au long de la Guerre froide.

La liste des engagements commerciaux russes avec l’Afrique est particulièrement longue. Le groupe russe Rusal, producteur d’aluminium, extrait de la bauxite en Guinée. Alrosa, entreprise publique d’extraction diamantifère russe, possède des actifs en Angola et au Botswana, lorgnant désormais le Zimbabwe.

Le Mozambique et l’Angola sont d’autres exemples du genre. En 2018, la Russie a battu la France en obtenant le monopole pour des contrats miniers lucratifs RCA.

Joe Biden a promis d’inverser le repli global des démocraties face aux autocraties comme la Russie et la Chine. Mais, à Washington, s’est-on vraiment accordé sur l’identité de l’adversaire principal?

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