Tom Clancy’s Without Remorse: une mitraille de clichés

La télévision et le cinéma d’espionnage ont eu leurs moments forts au cours des dernières années. Des franchises comme Mission: Impossible et Jason Bourne, de même que les séries Homeland et The Americans ont mis la barre très haute. C’est peut-être ce qui explique pourquoi Tom Clancy’s Without Remorse (Amazon Prime) dégage une si forte odeur de réchauffé.

John Kelly (le toujours excellent et énergique Michael B. Jordan) est un soldat d’élite de l’armée américaine.

Il fait partie d’une équipe dont le mandat officiel est de récupérer un espion américain détenu en Syrie.

Sur place, les militaires réalisent qu’ils ont en fait mis les pieds dans un dépôt d’armes russe très bien gardé. Un soldat tombe au combat, d’autres sont blessés, mais l’otage est sauvé.

De retour à la maison, John coule de doux moments en compagnie de sa conjointe, qui est sur le point d’accoucher.

Un soir, deux de ses coéquipiers qui ont participé à l’opération en Syrie sont assassinés. Des mercenaires se rendent ensuite à la résidence de John, qui réussit à éliminer deux assaillants. Sa femme est toutefois tuée.

Assoiffé de vengeance, John se lancera à la poursuite des vrais coupables.

Le «Clancyverse»

Le nom de Tom Clancy vous est peut-être familier. Il s’agit d’un auteur de Baltimore qui, avec John LeCarré, a été un des pionniers du roman d’espionnage.

Il a pondu une vingtaine de livres, dont six ont été adaptés au cinéma (voir tableau). L’oeuvre de l’écrivain a aussi fait l’objet d’au moins deux séries télévisées et de plus d’une demi-douzaine de jeux vidéos immensément populaires (comme Rainbow Six, Ghost Recon et Spinter Cell).

La plupart des adaptations de l’oeuvre de Clancy mettent en scène un agent de la CIA du nom de Jack Ryan – un nom aussi connu dans le genre que ceux de Jason Bourne, James Bond et Ethan Hunt.

Without Remorse, le plus récent film tiré des écrits de Clancy, met de son côté en scène John Kelly (John Clark dans les livres), un autre personnage très populaire du «Clancyverse».

Réchauffé

Comme dans plusieurs films d’espionnage, le scénario de Without Remorse est tiré par les cheveux. C’est davantage un prétexte pour nous transporter d’une scène d’action à une autre qu’un chef d’oeuvre d’écriture.

Le problème avec le film de Stefano Solima (Sicario: Day of the Soldado), c’est qu’il a un gênant air de déjà-vu. Tous les éléments de son scénario, sans exception, ont déjà été traités des dizaines de fois au grand ou au petit écran.

  • Le militaire invincible? Oui.
  • La quête de vengeance? Oui.
  • Le héros qui va à l’encontre de ses supérieurs? Oui.
  • La grande conspiration internationale? Oui.
  • L’individu ordinaire sur qui repose le sort de toute la planète? Oui.
  • Les soldats qui sont les pions de forces invisibles? Oui.
  • Des références à la Guerre froide? Oui.

Les motivations du gros méchant sont de plus ridicules et usées (je vous donne un indice: «déclencher une guerre est bon pour l’économie»…).

Typiquement américain

Si les scènes d’action sont convenables et que l’amerrissage d’un avion a été fort bien tourné, Without Remorse reste un film américain, dans le mauvais sens du terme.

Par exemple, en sol étasunien, seulement trois personnages sont tués. Mais quand l’action se déplace en Russie, là, adieu la retenue. Les victimes assassinées de sang-froid se comptent par dizaines, la plupart innocentes.

À croire qu’à Hollywood, les vies russes ont moins de valeur que les vies américaines…

Cette «logique» est également perceptible dans le fait que la mort de la femme de Kelly justifie que le soldat abatte tout ce monde.

Des gens qui – même s’ils sont russes… – sont probablement des pères, des maris, des frères, des amis. Qui va venger ces victimes?

Et en quoi leur mort devrait-elle être, aux yeux du public, moins «importante» ou «justifiable» que celle de la femme de Kelly?

Il devient aussi abrutissant de voir l’Américain constamment sortir vivant de fusillades où il affronte seul 20 ou 30 dangereux ennemis…

Bref, Without Remorse est un film bourré de clichés et dont l’éthique est très douteuse.

Pour fanatique du genre seulement.