Au moment d’écrire ces lignes, au moins 31 enfants et 19 femmes figuraient sur une liste de 119 personnes tuées à Gaza alors que des frappes aériennes israéliennes pilonnaient ce petit territoire de 700 000 habitants placé sous l’autorité civile et militaire de l’Autorité palestinienne. Des militants palestiniens du mouvement islamique de résistance Hamas tiraient des roquettes en représailles.

À Jérusalem, la police israélienne continuait de tirer des grenades assourdissantes, des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur l’un des sites les plus saints de l’islam, faisant jusqu’à 830 blessés cette semaine. Israël a également appelé des réservistes, alimentant les craintes d’une invasion terrestre imminente à Gaza. Doit-on craindre le pire?

Israël et le Hamas se sont déjà affrontés dans trois guerres, ainsi que des batailles périodiques. Ils ont à chaque fois fini sur une trêve précaire. Le contexte n’est toutefois pas le même aujourd’hui. Peuplé à 60% par une jeune génération âgée de 18 ans ou moins, la frustration a progressivement grandi à Gaza, privé de travail, d’électricité ou d’eau potable.

L’inégalité criante observée lors des campagnes de vaccination en Israël et dans les territoires occupés en réponse à la COVID-19 ont aussi aiguisé chez les nouvelles générations à Gaza le ressentiment de vivre près l’influence d’un gouvernement israélien qui impose un contrôle asphyxiant sans offrir en retour un minimum de protection.

Le regain d’hostilités depuis lundi dans les villes arabes d’Israël démontre ainsi l’ampleur et la profondeur de la colère suscitée par les injustices accumulées. Ce constat a conduit l’organisme Human Rights Watch à accuser les responsables israéliens de commettre l’apartheid.

Aujourd’hui, les Nations Unies disent craindre «une guerre à grande échelle». Réaction molle du président Joe Biden qui se contente d’exprimer au premier ministre israélien Benjamin Netanyahu son «attente et espoir» de voir le calme revenir le plus tôt possible. En réponse, celui-ci a promis d’intensifier les attaques.

Or, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres a été la décision des autorités israéliennes d’empêcher les Palestiniens de se rassembler à la Porte de Damas après les prières nocturnes pendant le Ramadan, ce qu’ils ont toujours été autorisés à faire.

Les violences atteignaient depuis quelques semaines un sommet à Jérusalem par suite du récent mouvement controversé de centaines d’Israéliens juifs d’extrême droite qui ont défilé dans les rues de la ville en scandant «mort aux Arabes» et en affrontant des Palestiniens.

Les tensions à Jérusalem avaient enfin monté en flèche ces derniers jours en prévision d’une décision de la justice israélienne, aujourd’hui reportée, sur la question de savoir si les autorités peuvent expulser des dizaines de Palestiniens de Sheikh Jarrah – quartier à majorité palestinienne à Jérusalem-Est – et donner leurs maisons aux colons juifs.

En vertu d’une loi israélienne, les Juifs qui peuvent prouver un titre d’avant la guerre de 1948 peuvent réclamer des propriétés afin de retourner dans la ville. Le problème est qu’il n’existe pas une loi similaire pour les Palestiniens qui ont perdu leur maison dans les mêmes circonstances.

C’est pourquoi, un organe des Nations Unies pour les droits de l’homme a assimilé les expulsions israéliennes à un possible «crime de guerre». De même, les tactiques agressives utilisées par la police israélienne, comme à la mosquée al-Aqsa, ont été dénoncées comme reflétant une longue culture de l’impunité.

Cette explosion de la violence intervient dans un contexte politique qui lui est propice. Après quatre élections en deux ans, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a échoué à former un nouveau gouvernement. Ses rivaux ont été invités à former un gouvernement de coalition. Netanyahu fait aussi l’objet d’un procès pour corruption menaçant sa carrière politique.

Il tente de s’accrocher au pouvoir. Pyromane endurci, il provoque en affirmant qu’il poursuivra son plan de colonisation des territoires palestiniens.

Pour sa part, le président palestinien Mahmoud Abbas a reporté indéfiniment des élections que son Fatah perdrait vraisemblablement à nouveau au profit du Hamas qui contrôle Gaza. Privé du scrutin, le Hamas emploie des tactiques meurtrières pour réaffirmer son aspiration au leadership.

Pour le moment, l’administration Biden a adopté une position jugée à raison déprimante: des appels dénués de sens à la retenue des deux côtés, le blocage de l’action au Conseil de sécurité des Nations Unies, et se cacher derrière l’idée invraisemblable que Washington n’a aucun effet de levier sur l’un de ses plus proches alliés et des plus grands bénéficiaires de l’aide américaine.

Bien que Washington n’ait pas lancé ce nouveau cycle de violence, il se dérobe à ses responsabilités et feint d’ignorer les criantes injustices à l’origine du nouveau conflit israélo-palestinien qui était prévisible.

En l’absence d’un changement dans l’approche américaine, de nouveaux conflits seront inévitables. À chaque fois, les conditions de réengagement des protagonistes se détérioreront, rendant la paix encore plus improbable.

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