Logement: au moins, le gouvernement reconnaît le problème

Dans son discours sur l’état de la province en février, le premier ministre Higgs annonçait un examen de 90 jours sur le marché du logement locatif au Nouveau-Brunswick.

À l’époque, tout portait à croire que celui-ci serait un exercice bidon visant à justifier l’inaction de son gouvernement en pleine pandémie. En effet, le premier ministre avait alors indiqué qu’il en confierait la tâche à Service NB, lequel avait passé des mois à nier l’existence même de tout problème. Pis encore, comme quoi il craignait que les faits ne lui plaisent pas, le premier ministre refusait de s’engager à rendre publiques les conclusions de l’examen.

Or, sans doute parce que les attentes étaient à peu près nulles, le rapport publié le 7 mai dernier est arrivé comme une bouffée d’air frais. Réalisé sous la direction de Cheryl Hansen, la plus haute fonctionnaire de l’administration provinciale, il offre un portrait juste et équilibré des défis auxquels la province est confrontée.

Contrairement à ce que faisait le gouvernement il y a à peine quelques mois, Madame Hansen ne tente pas de cacher le problème sous le tapis. Au contraire, elle rapporte notamment que le marché du logement «ne fonctionne pas pour tout le monde», que «les gens ne se sentent pas protégés» et qu’ils «font des choix difficiles pour rester logés».

Cela, ajoute-t-elle, est particulièrement le cas pour le 20 pour cent des locataires aux revenus les plus faibles. Au cours de la dernière décennie, ceux-ci qui ont dû débourser 34 pour cent de plus pour le logement alors que leurs revenus n’ont augmenté que de 18 pour cent.

Pour Madame Hansen, le logement n’est pas un bien parmi tant d’autres. Elle considère plutôt qu’un logement adéquat et abordable est essentiel à la santé mentale et physique des Néo-Brunswickois. Elle parle aussi du logement comme un droit humain fondamental et comme faisant partie de l’infrastructure essentielle pour accueillir les nouveaux arrivants dont nous avons tant besoin.

Les fonctionnaires n’ont pas l’habitude de faire des déclarations publiques sur des questions litigieuses sans d’abord s’entretenir avec leurs maîtres politiques. Tant les platitudes auparavant offertes par Service NB que les propos équilibrés de Madame Hansen ont sans doute été approuvés préalablement par le premier ministre ou ses conseillers politiques. Il est donc permis de croire que l’opinion du premier ministre sur la question du logement locatif aurait passablement évolué depuis son discours sur l’état de la province.

Plusieurs ont été déçus par le recommandations émises par Madame Hansen. Celle-ci manquent effectivement d’audace, notamment en ce qui concerne les mesures visant à accroître l’offre de logements abordables.

Certains ont également dénoncé le fait que le rapport ne recommande pas une politique de contrôle des loyers. Cela dit, le rapport milite en faveur de meilleurs contrôles en ce qui a trait aux augmentations déraisonnables. Il reste à voir si le gouvernement se montrera lui-même raisonnable quand viendra le temps de définir ce qu’il entend par «déraisonnables». Si l’on se fie à ce que Higgs a affirmé à ce sujet, ne retenez pas votre souffle: des augmentations salées sur le dos des plus vulnérables pourraient demeurer permises.

Malgré tout cela, le rapport de Madame Hansen constitue un pas dans la bonne direction. Certes, ses recommandations ne sont pas à la hauteur de ses conclusions, mais c’est sans doute vers Higgs et non pas Madame Hansen qu’il faut se tourner pour comprendre pourquoi.

La première étape pour résoudre un problème est de reconnaître son existence. Après la publication de ce rapport, l’inaction et l’irrésolution sur ce dossier deviennent encore plus difficiles à défendre.