Français, anglais, hindi, italien, grec, espagnol, chinois, arabe, russe, en voulez-vous, en vlà! Il y en a plein le quartier et le building où j’habite. C’est merveilleux de constater l’ampleur des sons que l’être humain a pu créer avec deux simples cordes vocales!

Et ces sons, avec leur couleurs euphoniques ou cacophoniques, font que nous sommes capables de communiquer avec des vis-à-vis, en exprimant nos émotions, nos questionnements, nos affirmations. De nos doléances à nos aspirations, de notre universalité à notre spécificité, la langue nous permet de traverser la vie avec un outil unique par sa polyvalence, capable de nous faire évoluer.

Et de nous perdre aussi quand on s’accroche à celle des autres croyant qu’elle est supérieure.

Au Canada, à cause de l’histoire, la langue a perdu de son lustre culturel pour devenir fâcheusement politique. Et c’est dangereux.

L’outil de l’évolution peut devenir une arme de destruction.

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Et tout ça me ramène à la situation des francophones du Niou-Brunswick.

Qu’ils soient du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest; qu’ils soient à l’origine Brayons, Acadiens, Québécois, Frônçais, Belges, Sénégalais, Togolais, Marocains, Algériens, Tunisiens, Ivoiriens, Vietnamiens ou autres; qu’ils soient pêcheurs ou professeurs, travailleurs saisonniers ou routiers, étudiants, bûcherons ou ingénieurs, tous (et toutes, bien sûr) sont en droit de s’attendre à ce que le gouvernement provincial, quel qu’il soit, respecte la réalité linguistique des francophones.

Ce qui n’est pas le cas présentement. L’histoire de la pénurie d’infirmières francophones à Moncton n’en est que le plus récent exemple. Mais cette histoire n’est qu’un scandale parmi d’autres scandales qu’on finit par oublier, parce qu’on réagit trop souvent dans l’urgence du moment, dans la fébrilité émotive.

On oublie alors de mettre tout cela en perspective, d’avoir une vue d’ensemble sur les tendances lourdes; et de prendre garde, car certaines tendances lourdes rampent dans l’histoire comme de gros serpents venimeux.

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À certains moments de notre histoire collective de francophones du Niou-Brunswick, on profite d’une accalmie, parce qu’un gouvernement nous fait de l’œil au lieu de nous faire la baboune.

Et là, on s’assoit sur nos lauriers, convaincus que la question linguistique est résolue. Pensons au Gallant gouvernement.

Pourtant la question linguistique, ce n’est pas seulement une affaire de services gouvernementaux. C’est beaucoup plus vaste que ça.

C’est également le travail, l’éducation, les loisirs. Et c’est aussi la tragédie de l’assimilation qu’on fait mine de ne pas voir, parce qu’elle ne nous tombe pas dessus soudainement, comme la foudre.

L’assimilation agit comme un déchet toxique qui s’infiltre dans la nappe phréatique de notre identité, à notre insu. Et finit par nous empoisonner la vie.

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Ces dernières années, les francophones du Niou-Brunswick n’ont pas été très gâtés en matière de gouvernements.

Aucun champion linguistique francophone, au pouvoir ou dans l’opposition, ne s’est présenté à la barre, visière levée, pour affirmer haut et fort qu’il faisait de la «cause linguistique» son cheval de bataille. (Une étoile, quand même, aux députés Robert Gauvin et Kevin Arseneau.)

Certes, quelques personnes ont déploré, à l’occasion, et plutôt mollement, que telle ou telle situation linguistique n’était pas correcte, qu’il y aurait lieu de ceci, ou de cela, ou de blablabla…

Rien que des petites mesures timides, pour ne pas effaroucher quelques irréductibles anti-français, comme si les bateaux de la Déportation étaient toujours à quai, attendant d’embarquer une nouvelle génération.

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Et ce qui n’aide en rien, à l’heure actuelle, c’est d’entendre un premier ministre, handicapé par un déficit de crédibilité politique majeur eu égard au fait français, s’interroger à voix haute sur la possibilité de fusionner des services en santé, faisant fi de la dualité comme si de rien n’était, pour pallier une situation que la dualité vise justement à régler!

Ce faisant, il ne tente pas de solutionner les problèmes des francophones par rapport aux services de santé, il tente plutôt de solutionner le problème que certains anglophones ressentent face au bilinguisme officiel!

En santé, les francophones étaient parvenus au fil des ans à mettre les bœufs devant la charrue, et voilà que le premier ministre s’active à remettre la charrue devant les bœufs!

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La tentation est forte de penser qu’il agit par opportunisme politique, que son nid est fait, qu’il ignore les francophones comme ils l’ont ignoré à la dernière élection.

À moins qu’il n’ait jeté la serviette. Et qu’il se contente de jouer au gros sous-ministre unilingue jusqu’à sa pension.

Une chose est claire: sous sa gouverne, le fait français n’avance pas, il régresse.

C’est un retour en arrière, au temps d’avant Louis Robichaud. Ça aussi, c’est un scandale, alors que l’humanité du 21e siècle, enlisée dans les sables mouvants d’une pandémie qui ne fait pas de quartier, tâtonne vers un futur incertain qui semble fuir devant elle.

Ce n’est pas d’un retour en arrière dont la province a besoin, c’est d’un élan vers l’avenir! Que dis-je! C’est un saut quantique qu’il lui faut faire!

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Justement, parlant d’avenir, le Parti libéral se cherche un chef. Est-ce que l’alternance linguistique primera, ou est-ce que, cette fois, ce sera une alternance de genre?

À l’heure actuelle, aucune figure majeure à l’horizon. Voudra-t-on choisir une personne francophone qui n’a pas froid aux yeux et ne craint pas d’afficher sa francité? Optera-t-on plutôt pour quelqu’un susceptible de rallier un bon nombre d’anglophones… même si cela devait se faire au détriment de la défense et de la promotion du fait français?

Bref: un vrai chef ou un poodle?

C’est aujourd’hui que cette réflexion doit se faire, pas à la prochaine crise linguistique.

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Au Canada, je l’ai souvent observé, les francophones semblent toujours dans l’attente de quelqu’un, d’un quelque chose, quelque part. Comme si de ce flou politique pourrait surgir le salut!

À un moment donné, on ne peut plus se contenter d’être en attente. Si l’on veut sauver sa peau, il faut prendre les devants et s’affirmer. Aussi simple que ça.

Han, Madame?

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