Il aura fallu environ 20 après les premiers balbutiements de l’Acadie, en 1604, avant de voir naître un véritable début d’une colonisation du territoire.

Il faut dire que les débuts de l’aventure acadienne ont été ardus: après les premières années, les efforts d’implantation sont presque abandonnés. La jeune Port-Royal est attaquée et détruite par Samuel Argall.

Dès lors, quelques braves dont Charles de Biencourt et Charles de La Tour, maintiennent la présence française en survivant grâce à la pêche et à la traite. Charles de Biencourt avait succédé à son père, Jean de Poutrincourt comme commandant de l’Acadie. Malgré ses efforts, Biencourt ne réussit pas à établir des colons et meurt en 1623 ou 1624.

Charles de La Tour devient à ce moment l’homme responsable de maintenir à la France ce semblant de colonie qu’est alors l’Acadie. L’Angleterre revendique également le territoire et accorde «à l’Écossais William Alexander», en 1621, toute la côte atlantique au nord de la rivière Sainte-Croix. Sir Alexander mènera deux expéditions près de l’Acadie en vue de s’établir, mais ne touchera pas terre.

Après le traité de Saint-Germain-en-Laye de 1632, qui réaffirme la possession française de l’Acadie, entre en jeu Isaac de Razilly. Fort d’une carrière remarquable dans la marine, Razilly présente au cardinal de Richelieu – à sa demande – un plan ambitieux qui donnerait à la France la maîtrise de la mer propose la création d’une grande compagnie de commerce pour la Nouvelle-France afin d’empêcher les Anglais installés en Virginie et au Massachusetts de s’étendre vers le nord.

Richelieu, qui est le premier ministre de Louis XIII, y donne suite et fonde la Compagnie des Cent-Associés – ou Compagnie de Nouvelle-France. Elle détiendra le monopole du commerce terrestre et aura pour tâche d’apporter 4000 colons d’ici 1653.

En mai 1632, Razilly, par une commission royale, est nommé gouverneur de l’Acadie avec comme mission de prendre possession de Port-Royal. Le véritable établissement de la colonie allait pouvoir commencer.

L’Acadie avait alors deux maîtres. Étrangement, la nomination de Razilly n’avait pas annulé celle de La Tour, qui avait reçu l’année précédente de la part de Louis XIII le titre de «gouverneur et lieutenant général de l’Acadie», un rôle qu’il assumait officieusement depuis la mort de Biencourt. Finalement, on départagera des zones d’influence pour les deux gouverneurs; la cohabitation pacifique ne le sera plus lorsque d’Aulnay succédera à Razilly et qu’une véritable guerre civile éclatera.

Razilly arrive donc en Acadie le 8 septembre 1632, mais au lieu de s’établir à Port-Royal, où il reste encore quelques Écossais, il choisit plutôt un endroit sur la côte atlantique: La Hève (maintenant LaHave), à une dizaine de kilomètres au sud de l’actuel Lunenburg.

Pourquoi La Hève? Son havre est excellent et le lien avec la France est plus direct. Le fait que l’emplacement soit plus près de l’important poste de pêche de Canseau aurait également joué. Ce sera la capitale de facto de l’Acadie pendant trois ans.

Razilly arrive à bord de l’Espérance de Dieu, accompagné de deux autres navires. Il est accompagné de Charles Menou d’Aulnay et de Nicolas Denys (qui peut-être viendra l’année suivante). Ce dernier se fera attribuer plus tard toute la côte ouest et sud du territoire situé à l’ouest et au sud du golfe du Saint-Laurent.

Razilly ne perd pas de temps à accomplir son premier devoir de chasser les Anglais et les Écossais de la colonie. Au cours de l’automne, ceux-ci seront rapatriés en Angleterre.

Environ 300 hommes – des «hommes d’élite» selon un journal de l’époque – arrivent avec Razilly en 1632. L’année suivante, environ 300 autres hommes s’y rendent, mais les deux tiers retournent en France. Certains historiens soutiennent qu’un nombre de femmes faisait partie du groupe, mais l’historienne Naomi Griffiths en doute.

L’arrivée du Saint-Jehan: le début de la colonisation acadienne

C’est trois ans plus tard qu’aura lieu ce voyage si important dans l’histoire du peuple acadien. Le 1er avril 1636, Le Saint-Jehan part de La Rochelle avec à bord 78 passagers et 18 membres d’équipage. De toutes les traversées entre la France et l’Acadie de 1632 à 1636, il s’agit du seul navire dont la liste détaillée des passagers existe encore.

C’est ainsi qu’on peut savoir que parmi les passagers se trouvait Jeanne Motin, venue épouser Charles d’Aulnay, en compagnie de certains membres de sa famille. Le Saint-Jehan transportait aussi un groupe de colons venant des villages de Bourgueil et de Chinon, près du domaine de Razilly en Anjou.

Certains de ces colons étaient accompagnés de leur femme et de leurs enfants. Au moins trois de ces familles feront souche. Il s’agit d’abord de Guillaume Trahan et de sa femme Françoise Charbonneau, leurs deux filles ainsi qu’un «valet» ou serviteur, puis de Pierre Martin et de son épouse, Catherine Vigneau, ainsi que leur fils. Le gascon Bernard Bugaret dit Saint-Martin, le futur beau-père de Claude Petitpas de Lafleur, est aussi du voyage.

Il revient à Catherine Vigneau, en 1639, de mettre au monde le premier enfant né de parents français en Acadie: Mathieu Martin. Ce dernier recevra la région de Cobeguid (Truro) comme seigneurie en 1689 par le gouverneur de la Nouvelle-France, le marquis de Denonville, car il provenait «d’une des plus anciennes familles de l’Acadie, y estant le premier nay».

La plupart des historiens affirment que Razilly est mort avant l’arrivée du Saint-Jehan, mais Clarence-J. d’Entremont soutient le contraire. Toujours est-il que peu après le débarquement des nouveaux colons, La Hève est abandonnée au profit de Port-Royal. C’est là où les premières familles françaises s’installeront, auxquelles s’ajouteront plusieurs autres dans les années à venir.

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