La décision récente du réseau de santé Vitalité de dérouter pendant une fin de semaine les ambulances à destination du Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont était loin d’être triviale. Lorsque l’institution qui trône au sommet du réseau de santé francophone n’est plus à même de s’acquitter de l’une de ses responsabilités les plus élémentaires, les gens en prennent note.

Certes, le cirque médiatique et la levée de boucliers qui ont suivi cette annonce ont en grande partie été alimentés par les propos de la nouvelle PDG de Vitalité, Dre France Desrosiers.

Bien qu’elle ait eu l’effet d’une bombe, l’erreur de débutante commise par celle-ci n’a cependant été que l’étincelle dans la poudrière. Le dossier s’est enflammé et a pris toute son ampleur non seulement parce que le système de santé se retrouve dans un état critique, mais aussi parce que d’autres intervenants-clés sont venus jeter de l’huile sur le feu.

La première fut Paula Doucet (photo), présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick. Craignant non sans raison que le système ne s’écroule, celle-ci a notamment suggéré au gouvernement de fusionner temporairement certains services offerts par les deux régies.

Le premier ministre Blaine Higgs s’est empressé d’accueillir chaleureusement la suggestion de Doucet. Incapable de se retenir, il en a rajouté une couche en revenant sur son dada du bilinguisme comme obstacle au recrutement du personnel.

Bien sûr, les propos du premier ministre étaient absurdes. Personne dans la profession des soins infirmiers n’est au chômage au Nouveau-Brunswick parce qu’il ou elle n’est pas bilingue. Chacun sait qu’un grand nombre de postes vacants dans la régie Horizon n’exigent pas le bilinguisme.

Comme on pouvait s’y attendre, les réflexions à voix haute du premier ministre ont ravi le chef de l’Alliance des gens, Kris Austin.

Malheureusement, elles ont aussi été chaleureusement accueillies par de nombreux membres du parti au pouvoir, qui se sont levés en chambre pour applaudir leur chef. Ce faisant, ils ont une fois de plus souillé l’image de leur parti auprès de l’électorat francophone.

En bout de ligne, Madame Doucet a cependant raison: le statu quo n’est pas viable. Il est donc grand temps de poser des questions difficiles sur la pénurie de personnel qui ne cesse de s’aggraver. Parmi ces questions figurent les suivantes:

  • L’organisation du travail dans le système de santé permet-elle au personnel infirmier de se concentrer sur des tâches que seul celui-ci peut effectuer, le reste étant confié à des employés moins qualifiés?
  • Comme le système est en crise et qu’il faut se concentrer sur le plus pressant, comment faire pour s’assurer que le personnel infirmier soit affecté aux fonctions les plus critiques à l’intérieur de chaque réseau?
  • Pourquoi tant d’infirmiers et infirmières francophones se retrouvent-ils à la Moncton Hospital? Les pratiques du réseau Vitalité en matière de ressources humaines sont-elles à la hauteur?

Ce ne sont là que quelques-unes des questions les plus urgentes. Il est tout aussi important de s’atteler aux autres problèmes fondamentaux du système de santé, comme celui d’augmenter drastiquement le nombre d’étudiantes et étudiants en sciences infirmières dans nos établissements d’enseignement.

Espérons que l’examen du système de santé de la ministre Dorothy Shepherd traitera de front ces problèmes plutôt que de miner la paix sociale en remettant en question le bilinguisme et la dualité, qui n’ont rien à voir avec la crise actuelle.

L’heure est grave. Nous n’avons vu que la pointe de l’iceberg en ce qui a trait à l’impact du vieillissement démographique sur notre système de santé. Face à ce qui nous attend, mieux vaut s’atteler à trouver des solutions viables qui nous ressemblent et nous rassemblent plutôt que de continuer à s’entre-déchirer.

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