Il vient un moment où un secret bien gardé doit voir le jour et être partagé. Comme une urgence de crier haut et fort qui on est vraiment. Sans cachette. Sans mystère. Au risque de décevoir, voire peut-être même choquer. Tout le monde cache quelque chose, et aujourd’hui le temps est venu d’ouvrir la porte de mon garde-robe pour vous laisser voir une facette de ma personnalité que j’ai gardée trop longtemps pour moi tout seul.

Je me lance.

Moi… Hugo Bourque… j’aime la musique country!

Là, lecteur, lectrice, prends deux minutes pour digérer ça. Tu liras le reste de mon texte quand tu te sentiras prêt. Je vais t’attendre…

Je disais donc que j’aime le country. Country et/ou western, appelle ça comme tu voudras, j’aime ça. Si ça sent un peu le cheval ou la vieille selle, j’embarque. Je sais que ça a l’air banal comme annonce et que personne n’a avalé sa chiquée de gomme en lisant ça, mais il faut savoir que plus jeune, simplement entendre une mandoline me donnait mal au cœur.

Je n’ai pratiquement pas eu de crise d’adolescence, alors il fallait bien que je me rebelle quelque part. Comme mes parents écoutaient beaucoup de country, je me «devais» de haïr ça. Qu’auraient pensé mes amis s’ils avaient su que j’aimais la même musique que «mes vieux»? Je me suis donc convaincu, bien malgré moi, que je haïssais ça. Mais j’avais beau le crier à qui voulait bien l’entendre, cet univers-là faisait tout de même partie de ma vie.

Avant de partir pour aller à la messe le samedi soir, mes parents tournaient la roulette de notre vieille télé Toshiba sur CBC pour être certains de poigner un bout du Tommy Hunter show en revenant.

Pour les plus jeunes d’entre vous, Tommy Hunter, c’était le Patrick Norman du Canada anglais. Il recevait chaque semaine des vedettes du country pour chanter avec lui. À la fin de pratiquement chacune de ses émissions, lui et ses invités se réunissaient autour d’un seul micro et performaient tous ensemble en tapant du pied. C’était une vraie fête. Un genre de Soirée canadienne sans le monsieur pas de dents, la madame avec des fonds de bouteille de 7up devant les yeux, ou le maire qui mâchouille une chanson «qu’on-n’est-pas-capable-de-répondre».

Moi, j’attendais patiemment que ça finisse, parce qu’après, c’était Le monde merveilleux de Walt Disney. Et pendant que j’attendais, le country traçait subtilement son chemin dans ma tête…

J’ai déjà vu mes parents partir de chez nous avec la chemise à carreaux rentrée dans les pantalons et le chapeau de cowboy en pailles tressées sur la tête pour quelques soirées country du carnaval de L’Étang-du-Nord. Sinon, ils ont aussi connu quelques veillées westerns au défunt Bar des Îles. Tous ces rendez-vous country imprimaient le genre lentement mais sûrement dans mes veines.

Plus jeune, le country c’était aussi les 8 tracks de Buck Owen dans notre vieux pickup brun. C’était les vinyles de Julie et les frères Duguay et ceux de Paul Daraîche qu’on avait chez nous aussi. C’était les cassettes d’Albert Babin et de Georges Hamel qui roulaient sans arrêt dans le p’tit garage à papa.

C’était également Jean-Louis à Ned et «Manu sur son cellu» Déraspe qui nous faisaient jouer cette musique-là chaque fin de semaine sur CFIM. Je n’écoutais pas ces émissions-là, mais tout en faisant ma petite promenade hebdomadaire au Havre avec papa et maman, j’ai enregistré au fin fond de mon ciboulot des paroles, des interprètes… Je connais maintenant mes classiques, dont l’une de mes chansons préférées aujourd’hui, À ma mère, de Paul Daraîche, qui me donne le motton chaque fois que je l’entends.

Une autre occasion qui a contribué à la tradition country en moi me vient de l’école. Il y avait certaines journées avant Noël ou à la fin des classes où on avait le droit d’apporter nos guitares et nos violons. On poussait alors les bureaux dans un coin, on tirait nos chaises, et on faisait de la musique tous ensemble. Évidemment, on ne chantait pas Quand les hommes vivront d’amour de Raymond Lévesque. On criait plutôt: «Tu m’as laissé tout seul» de 1755. Ces refrains, ainsi que tout plein d’autres, resteront dans nos mémoires à jamais… qu’on se l’avoue ou non.

Il y a aussi eu les danses en ligne de la salle D, à la polyvalente. Les jours où la radio étudiante faisait jouer du country, un troupeau d’amateurs s’improvisait une piste de danse et se marchait sur les pieds en pratiquant leurs pas de cowboy préférés. Ces midis-là, c’était presque dangereux de passer par la salle D. Sans avertissement, on pouvait recevoir un coup de botte d’une fille de la Grande-Entrée motivée dans l’devant des jambes. Quand t’assistes à ça deux à trois fois par semaine, ça devient un terrain connu pour toi.

Alors, si t’as grandi dans le même genre d’environnement que moi, t’as peut-être un coming out à faire toi aussi. Aujourd’hui, je peux affirmer que j’aime cette musique et que je l’ai, au fond, toujours aimée. Le country c’est simple, facile. C’est le quotidien chanté avec cœur et passion. C’est un peu nos ancêtres qui nous parlent, c’est la tradition qui nous salue, c’est le folklore qui vit et qui survit. Alors avant de dire qu’on n’aime pas la musique country, on doit se poser la question: un arbre peut-il survivre longtemps sans ses racines?

On se r’parle!

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