À chaque fois, c’est la même rengaine. Un juge de la Cour suprême du Canada (CSC) annonce son départ. Les rumeurs commencent à se répandre au sujet des candidats possibles qui pourraient leur succéder. Et, comme à chaque fois, le commentariat canadien-anglais en profite pour discréditer au passage le bilinguisme comme critère de sélection. Après l’annonce du départ à la retraite de la juge Rosalie Abella le 1e juillet prochain, on a encore eu droit à ces élucubrations dans les colonnes éditoriales anglophones du pays.

Autrefois, on disait s’inquiéter de l’impact du bilinguisme sur l’étendue du bassin de candidats éligibles. En s’entêtant à trouver un juge bilingue, ne disqualifierait-on pas les meilleurs candidats à ce poste convoité?

Nombreux ont alors été les juristes francophones à faire valoir que d’être entendu par un juge dans la langue officielle de son choix n’était pas un luxe, mais une nécessité. Notamment, l’interprétation simultanée, imparfaite, avait empêché des plaideurs d’être bien compris. Il y avait là une question fondamentale de justice.

Plus récemment, l’argument contre le bilinguisme a pivoté vers la représentation de la diversité culturelle du pays à la Cour. De fait, depuis sa création en 1875, la CSC n’a jamais eu de juge autochtone, noir, ou issu d’une communauté racialisée. En d’autres mots, le banc de la Cour est blanc, trop blanc, surtout pour un pays qui se darde d’être multiculturel. L’exigence de bilinguisme est désormais montré du doigt car il nuirait à l’accès à la magistrature pour les juristes issus de ces communautés.

Cet argument met au grand jour l’un des grands préjugés de la majorité anglophone: que seul l’anglais est une langue d’accueil au Canada. Que nous francophones ne sommes pas, comme eux, capables d’intégrer en notre sein la diversité culturelle et raciale.

Autrement dit, la vision que se fait le Canada anglais de la francophonie ne colle plus avec la réalité depuis des décennies.

Pour trouver les barrières systémiques à l’accès des Autochtones et des membres des communautés racialisées, il faut chercher ailleurs. Comme au sein même des écoles de droit du pays, où les frais de scolarité représentent, en général, près du triple des frais d’un baccalauréat dans une autre discipline. Pour les jeunes autochtones ou issus d’une communauté racialisée, statistiquement plus enclins à provenir de familles à revenus modestes, c’est là que se trouve la réelle difficulté à accéder à la profession.

À cet égard, on peut d’ailleurs féliciter l’Université de Moncton de ne pas avoir adopté ce modèle et de maintenir l’accès à son École de droit à peu près aussi accessible, financièrement parlant, que pour ses autres programmes.

Qu’on se le dise une fois pour toutes: la diversité au Canada existe dans les deux langues officielles. Le bilinguisme est nécessaire au plus haut tribunal du pays. Mais l’enjeu de l’accès à la discipline juridique, et l’objectif d’une magistrature plus inclusive, sont réels et devraient concerner toutes les facultés de droit, francophones comme anglophones.

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