L’établissement, en 1753, du village de Lunenburg, au sud d’Halifax, a été une expérience de peuplement très particulière en Nouvelle-Écosse. Comme tout bon plan de colonisation, celui-ci a connu de sérieux ratés au départ.

Après la guerre de Succession d’Autriche (1744-1748), la Grande-Bretagne cherche à asseoir son autorité en Nouvelle-Écosse. Elle décide de créer une nouvelle ville, Halifax, qui remplacera Annapolis Royal (Port-Royal) comme capitale, en guise d’avant-poste militaire pour contrer la forteresse de Louisbourg, sur l’île Royale (Cap-Breton), restituée à la France par le traité de paix.

On souhaite également mener – finalement – au peuplement de la colonie. Près de 40 ans après la conquête de 1710, les Acadiens constituent toujours la grande majorité de la population de la Nouvelle-Écosse. À l’époque, la Grande-Bretagne a tendance à décourager l’émigration de ses citoyens en grand nombre et les habitants de la Nouvelle-Angleterre estiment en général que la situation de la colonie est trop instable et peu sécuritaire pour s’y établir.

Le nouveau gouverneur, Edward Cornwallis, arrive sur le site d’Halifax le 21 juin 1749 avec environ 2500 colons. Peu de temps après, il écrit à ses supérieurs à Londres pour se plaindre que la plupart d’entre eux sont inutiles et se contentent de «profiter d’être nourris pendant un an sans participer aux travaux». Par contre, dans la même lettre, il vante les mérites des Suisses – qui étaient du groupe – comme étant des hommes «honnêtes et laborieux.»

Londres décide alors de recruter un autre contingent de colons, uniquement formés de non-Britanniques et, évidemment, protestants. À cette époque, une vague d’immigration allemande déferlait sur les colonies anglo-américaines, particulièrement en Pennsylvanie, à New York et en Virginie. C’est dans cette talle qu’on ira piger pour attirer des colons en Nouvelle-Écosse.

Le gouvernement britannique va dépêcher des agents recruteurs dans les contrées allemandes pour trouver des colons, en offrant 50 acres de terres gratuites à chaque chef de famille (ou célibataires) et 10 acres de plus pour les femmes et enfants. On promettait également de fournir de la nourriture pendant 12 mois, des outils et de l’équipement pour établir une ferme.

Entre 1750 et 1753, environ 2300 nouveaux immigrants arrivent à Halifax. La plupart sont de la région allemande de Brunswick-Lunebourg (ou Hanovre), dont le duc est George II, roi de Grande-Bretagne. C’est d’ailleurs de ce duché que viennent les noms Lunenburg et Nouveau-Brunswick. Il y a aussi parmi les émigrants des gens des régions franco-allemandes de la Suisse et des colons francophones protestants de la ville de Montbéliard, près de la frontière suisse, alors sous domination allemande (maintenant en France).

Malgré les promesses faites aux colons, les autorités n’ont pas de terres à leur offrir immédiatement. On doit les loger dans des habitations temporaires. Plusieurs partiront pour la Nouvelle-Angleterre. D’autres iront du côté de l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) qui appartient encore à la France.

Lorsque le nouveau gouverneur de la Nouvelle-Écosse, Peregrine Hopson, arrive à l’été de 1752, il doit composer avec environ 2000 colons frustrés et en colère, terrorisés par les attaques des Mi’kmaqs. À l’automne, Hopson écrit aux Lords of Trade à Londres pour exprimer son désarroi et leur demander de ne plus envoyer personne. L’agent qui a recruté les colons leur a incité de tout vendre avant de partir, même les objets de première nécessité, afin de pouvoir entasser le plus de gens possible dans les navires. Le groupe compte plusieurs personnes âgées et malades. «J’ai grande peine à voir comment je dois disposer d’eux», leur dit-il. Il refuse par exemple de les installer au milieu des établissements acadiens, comme le proposait le gouverneur Shirley du Massachusetts. «Si je les installe parmi les habitants français, ceux-ci s’en iront, ce qu’eux ni moi ne désirons», écrit-il dans la même lettre.

En 1753, Hopson trouve la solution: les colons iront fonder un nouvel établissement à quelques dizaines de kilomètres au sud d’Halifax sur l’emplacement de l’ancien village côtier acadien de Mirliguèche, qu’on rebaptise Lunenburg.

Là encore, les débuts sont difficiles. C’est le futur successeur de Hopson et architecte de la Déportation des Acadiens, Charles Lawrence, qui supervise le déplacement des colons et leur installation. Il faut les convaincre d’ériger des structures de défense avant de construire leurs abris. Mais le style autoritaire et l’attitude hautaine de Lawrence envers eux n’ont fait que lui mériter le mépris en retour.

À l’automne, Hopson retourne en Angleterre en raison d’une sévère maladie des yeux, laissant Lawrence aux commandes de la colonie.

En décembre, une petite révolte éclate à Lunenburg, où tentent de s’établir autant que mal environ 1500 personnes. Une rumeur circule au se

in du nouveau village que les fournitures venues de Londres à leur intention avaient été détournées et remises à d’autres personnes. Certains, convaincus de la véracité de la rumeur, enferment le juge de paix et une partie des troupes qui doivent défendre l’établissement. Le lieutenant-colonel Robert Monckton vient à la rescousse et, habilement, réussit à ramener l’ordre.

Le village a alors pris forme. Un raid autochtone est survenu en 1756, ainsi qu’un autre en 1782 – celui-là mené par des partisans de l’indépendance américaine.

Lunenburg deviendra avec le temps une attraction touristique. Elle est renommée pour la construction de la célèbre goélette de course Bluenose. Le quartier du vieux Lunenburg a été désigné lieu historique national du Canada, entre autres pour ses nombreux exemples exceptionnels d’architecture. Il figure également dans la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Lunenburg au 19e. – Oakley Hoopes Bailey

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