Bien que la participation du président américain Joe Biden au sommet du Groupe des Sept (G7) cette fin de semaine à Cornouailles en Angleterre ait été accueilli avec un enthousiasme compréhensible, il est toutefois permis de douter qu’elle permettra de démontrer clairement que cette réunion annuelle informelle les dirigeants du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis serve aujourd’hui à quelque chose de vraiment significatif.

Une taxation internationale sur les plus grandes multinationales comme Google, Apple et Amazon, l’aide aux pays en développement, le changement climatique, la reprise économique mondiale après la pandémie de COVID-19, la démocratisation de l’accès aux vaccins et la cybersécurité devraient être abordés. Cependant, sur ces questions internationales importantes et bien d’autres, le G7 ne peut agir efficacement sans la coopération d’autres nations importantes.

Les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et l’Allemagne de l’Ouest formaient le Groupe des Six en 1975 pour permettre aux puissances non communistes de répondre aux préoccupations économiques urgentes, notamment l’inflation et une récession déclenchée par l’embargo pétrolier de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Le Canada s’y joignait l’année suivante.

Le G7 est de plus en plus considéré comme relevant d’une époque révolue. Dans les années 1970, lorsque le G5 a été élargi pour inclure le Canada et l’Italie, il dominait réellement l’économie mondiale. Le Japon était en plein essor, et beaucoup s’attendaient à ce qu’il rattrape les États-Unis. L’Italie se développait et la Chine ne pointait pas encore à l’horizon géopolitique.

Mais depuis quelques années, la puissance asiatique a quasiment surclassé l’ensemble de la zone euro. Par ailleurs, les sept principales économies émergentes (E7: Chine, Inde, Brésil, Mexique, Russie, Indonésie et Turquie) pourraient surclasser celles du G7 d’ici à 2030. En 2018, on estimait déjà que 85% de l’augmentation du PIB mondial (en dollars américains) depuis 2010 provient des États-Unis et de la Chine, avec près de 50% de la seule Chine.

Il y a trois décennies, le produit intérieur brut (PIB) agrégé des États membres du G7 représentait près de 70% de l’économie mondiale en termes nominaux, contre environ 45% aujourd’hui. En d’autres termes, la seule légitimité mondiale que le G7 peut revendiquer est qu’il représente quelques grandes démocraties.

À la lumière de ces réalités, certains analystes pensent que le G7 serait beaucoup plus pertinent si le Canada, la France, l’Allemagne et l’Italie étaient remplacés par la Chine, l’Inde et qu’une seule délégation représentait la zone euro.

La Russie rejoignait officiellement le groupe en 1998, ce qui en a fait le G8, dans l’espoir que son admission encouragerait ses dirigeants à se rapprocher de l’Occident et aiderait à apaiser Moscou face à l’expansionnisme de l’OTAN qui ouvrait ses portes aux anciens satellites soviétiques en Europe de l’Est.

Mais la Russie a renoué avec l’autoritarisme sous le président Vladimir Poutine et l’annexion par Moscou de la région ukrainienne de Crimée en mars 2014 a entraîné sa suspension indéfinie du groupe.

Quant à elle, la Chine pose un « triple défi » pour les pays du G7 – économiquement, idéologiquement et géopolitiquement. L’impitoyable répression des Ouïghours par Pékin dans la région du Xinjiang et sa répression à Hong Kong ont suscité la condamnation unanime des membres du G7.

De même, son initiative massive «Belt and Road» (BRI) a suscité des inquiétudes quant à l’influence de Pékin sur les pays en développement et le monde développé. L’Italie y a officiellement adhéré, de même qu’un groupe de 17 pays européens incluant la Grèce.

La dynamique interne a également sérieusement ébréché l’influence mondiale du G7. Les quatre années de la présidence de Donald Tump ont été éprouvantes pour la cohésion du G7. Or, il n’est pas sûr que son départ de la Maison Blanche change radicalement la donne.

Jeudi, en conférence de presse à l’Élysée, le président français Emmanuel Macron disait ne plus croire aux vertus d’un simple retour dans le giron américain, dès lors que Joe Biden se trouve à la Maison Blanche. Il parle d’une «nouvelle donne européenne» et d’«un nouveau partenariat avec les Etats-Unis pour que «nous puissions avoir aussi notre voie, communauté de valeurs mais indépendance quand il s’agit de notre stratégie à l’égard de la Chine».

Un cinglant camouflet pour Justin Trudeau et Biden dont l’ambition est de former une ligue des démocraties contre les grandes puissances autoritaires. Que reste-il donc du G7? Depuis la crise financière mondiale de 2008, le Groupe des Vingt (G20), incluant également les puissances émergentes, absentes du G7, paraît plus légitime.

Aujourd’hui, un nouveau «Concert de puissances», sur le modèle du «Concert européen» du XIXe siècle, comprenant les États-Unis, la Chine, l’UE, l’Inde, le Japon et la Russie, ne serait-il pas encore plus pertinent?

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