Amour bienveillant

La violence et la haine nous laissent sans mots. Ainsi, même si la réalité douloureuse des pensionnats autochtones était connue, la découverte des cadavres d’enfants est venue mettre au jour l’atrocité des traitements. Les blessures sont si profondes qu’il faudra plus que des excuses (réitérées depuis 1991) pour arriver à la réconciliation. Dimanche dernier, de nombreuses communautés de croyants se sont faites solidaires des Premières Nations lors de la prière eucharistique.

Ce même dimanche soir, c’était la communauté musulmane qui était touchée par un acte de violence extrême. L’islamophobie, cristallisée dans la vie d’un jeune homme, est à l’origine de la mort des membres d’une famille de London. Les crimes haineux à l’égard de la communauté musulmane continuent d’augmenter dans notre pays. Il y a une urgence d’agir en faisant taire les préjugés et la propagande d’intolérance.

Un antidote puissant à cette haine: l’amour. Ça peut sembler un vœu pieux, mais j’y crois. Lorsqu’on a besoin de politiques pour faire régner la justice, c’est parce que l’amour a manqué quelque part. L’amour est le fondement de toute religion; elle a besoin de retrouver sa place au sein de celles-ci.

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L’amour, ça se choisit. Ça s’apprend aussi. D’abord dans la famille qui est le lieu premier et privilégié de l’amour. On peut aider un enfant, nos proches aussi, à s’ouvrir à la vie relationnelle, affective et sexuelle, en développant certaines attitudes qui sont des moyens au service de la relation à l’autre.

Plus que des paroles, c’est une implication dans l’éducation relationnelle qui importe. Cela est possible dans les gestes du quotidien, en apparence banale, mais avec tant de potentialités. Faire taire les préjugés sur les membres des Premières Nations, c’est plus bénéfique qu’un discours qui, à la longue, sonne creux. Apprendre la foi et les pratiques rituelles de l’islam, cela a plus de valeur pour une coexistence pacifique que de généraliser la violence d’un islam extrémiste.

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Parmi les attitudes liée à l’amour, il y en a une que la pandémie nous a fait redécouvrir: la bienveillance. Depuis un an, nous sommes invités à veiller les uns sur les autres. On découvre les dégâts sociaux lorsque la bienveillance à l’égard des personnes âgées vient à manquer. Ce mot est revenu en force dans le rapport québécois sur la maltraitance des enfants.

Nous sommes invités à retrouver la bienveillance: veiller sur soi et sur les autres. Non pas se placer au-dessus de l’autre pour le surveiller et le prendre en défaut. Plutôt se mettre à son niveau, comme lorsque nous sommes au chevet d’un malade: s’abaisser pour se rapprocher de lui.

La bienveillance, c’est aussi se réjouir du bonheur de l’autre. Si nous ne sommes pas capables de nous réjouir des réussites et des charismes d’autrui, on développe l’envie, la jalousie et le ressentiment. Lorsque des parents voient leur enfant réussir et aller plus loin qu’eux-mêmes ont pu aller, ils sont dans la joie. Cette joie est le plus bel effet de l’amour selon François.

Au lieu de chercher à s’élever en dénigrant ceux qui réussissent, pourquoi ne pas chercher à se réjouir de leur succès? Pour cela, il faut sortir d’une logique de compétition et de rendement à tout prix. Chercher à atteindre le même niveau de réussite que l’autre, c’est souvent chercher à produire ce dont je ne suis pas capable. C’est baliser un chemin pénible à marcher pour soi et pour les autres.

Le plant de fraise a beau envier les fleurs du pommier au printemps et la grosseur de ses fruits à l’automne, il ne réussira jamais à produire des pommes. Sa mission à lui, c’est de chercher à développer au maximum les fruits qu’il peut produire.

Nous sommes faits pour vivre la fraternité. Pour cela, il y a quelque chose qui relève d’un choix à faire: bien veiller sur les autres.

C’est un cadeau à leur faire. C’est aussi un cadeau à se faire: on se sent mieux en aimant.

Au cours de la semaine…

Conversé avec le pasteur de la paroisse Ste-Anne d’Esgenoôpetitj (Burnt Church) la fin de semaine dernière. J’ai conservé des amis et de bons souvenirs de collaborations avec cette communauté mi’kmaque. Connaissant leur pasteur, j’ai voulu lui redire mon soutien dans son rôle essentiel d’accompagner la communauté pour arriver un jour à vivre la réconciliation et la guérison.

Préparé un lieu symbolique à l’église pour commémorer le souvenir des enfants morts dans les pensionnats. Quelques objets pour rappeler l’enfance. Des lampions allumés pour manifester que l’espérance veille. Et les premières fleurs du printemps pour espérer une saison nouvelle dans notre histoire avec les Premières Nations.

Apporté un message à la communauté musulmane de Shippagan à l’occasion de la «prière du vendredi». J’ai voulu leur dire que je condamne sans réserve le geste islamophobe de dimanche dernier. Les musulmans apportent à notre région la richesse de leurs traditions, de leur culture et de leur foi. Leur présence apporte une diversité qui est un défi pour aller au-delà de nos différences et nous retrouver dans un même désir de vivre la fraternité et bâtir la paix. Inch’Allah!

Célébré la fête du Sacré-Cœur hier. Et préparé celle du cœur immaculé de Marie aujourd’hui. Dans notre région, les Eudistes ont apporté ce culte au Sacré-Cœur au point de mettre sous sa protection des paroisses, une université et une cathédrale. Méditer le cœur de Jésus, c’est s’enraciner dans un amour gratuit et miséricordieux capable de purifier et guérir les atrocités.

Relu quelques passages de Amoris Laeticia. Lors de la sortie de ce document papal il y a 5 ans, on a surtout commenté l’ouverture souhaitée par François aux divorcés remariés. On a passé à côté de l’essentiel: la valorisation des relations humaines. Loin d’être un sentiment éthéré, l’amour doit s’exprimer à travers des gestes et des mots simples à dire souvent «Merci, pardon, s’il-te-plait». C’est peut-être le temps d’une relance de ce texte programmatique du pontificat de François. Une lecture pertinente pour l’été.

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